2001/04/06 - La Dépêche

HAUTE-GARONNE : Matériaux de construction, cosmétique, papier, alimentaire :découvrez ce week-end à Labège les produits dérivés du "cannabis sativa" Le chanvre industriel, c’est stupéfiant !

Dentelées, charnues, d’un vert foncé, les feuilles de chanvre n’ont pas bonne réputation. Coupables de contenir un principe actif psychotrope, le vilain tetra-hydro-cannabinol (THC), ces feuilles sont scandaleuses, prohibées, traquées.

Mais, attention, tous les chanvres ne sont pas à mettre dans le même sac. Il y a le chanvre cultivé pour ses fibres, faible en THC, le cannabis sativa, et puis l’autre, le cannabis indica bichonné pour son côté hallucinogène. La culture du chanvre indica est illicite, l’autre est une production agricole aux multiples applications très étendues. Etudiants en seconde année de BTS production horticole au lycée La Cadenne de Labège, Audrey Nivey, Fabien Ducourneau, Hubert Lemayou et Benoît Colotto ont décidé ce week-end de faire leur exposition d’étude sur ce chanvre-là, pur produit écologique et industriel : "Le chanvre sativa reste une plante inconnue alors que ses usages sont incroyablement multiples et bénéfiques, dans des domaines aussi variés que la construction, la cosmétique ou l’alimentation..."

UNE BOUTIQUE TOUT- CHANVRE
Depuis novembre 2000, Pascal fait régulièrement ses achats rue des Trente-Six Ponts, à Toulouse. Une boutique, à l’enseigne explicite, "Voyages au centre du chanvre", où tous les produits dérivés du chanvre, de sa graine, sa tige, sa filasse, ses racines, ont, légalement, droit de cité. L’étendue des dérivés est impressionnante. Le chanvre détrônera-t-il le cochon pour ce "tout est bon" ? Avec le chanvre, on peut faire des panneaux d’isolation, des briques, de la litière, de la farine, des sucettes, de la bière, des boissons pétillantes, des infusions, de la gelée, des graines d’apéritif, des chaussettes, des dessous, des chemises, des djembés et des didgeridoos !

Il y a seulement deux boutiques de ce genre en France, une à Strasbourg, et celle-ci ouverte récemment à Toulouse par Manuel Rubio, intarissable sur les bienfaits d’une plante mal aimée. Où l’on apprendra que Ford, dans les années 50, usina une carrosserie en chanvre, que Rudolf Diesel concoctait un carburant chanvre-éthanol, que Bouddha aurait survécu en croquant quotidiennement une graine et que la première Bible fut écrite sur du papier de chanvre.

Mais même s’il était en partie dédouané de tant de diableries, le chanvre aurait beaucoup de chemin à faire pour s’implanter en Haute- Garonne. Si Michel Cazalot, technicien en productions végétales à la chambre d’agriculture, lui reconnaît "un potentiel intéressant de diversification et d’assolement", il n’en rappelle pas moins "l’absence totale d’outil de transformation à proximité", obstacle de taille : "Avec le prix du transport, envoyer la matière première dans le Nord est hors de prix. Mais si un industriel chanvrier venait à s’installer dans la région, pourquoi pas" ?