2001/02/15 - L’Express

Et si le cannabis permettait de fabriquer des automobiles biodégradables ?

De prime abord, la nouvelle aurait de quoi allumer une lueur au plus profond de l’oeil nébuleux des amateurs de paradis artificiels : les professionnels de l’automobile cherchent à mettre au point une carrosserie à base de cannabis ! Sauf que la démarche, loin d’être subversive, se veut écologique. Engagés dans une vaste course au recyclage, qui doit les amener à retraiter 85% d’un quatre-roues d’ici à 2005, constructeurs et équipementiers s’échinent à trouver des matériaux "propres". Depuis cinq mois, le Laboratoire de mécanique et de physique des matériaux (LMPM) du Futuroscope de Poitiers planche sur la mise au point d’un produit composite issu du Cannabis sativa censé remplacer la fibre de verre. "La matière obtenue après le rouissage de la tige se révèle plus résistante, plus isolante, deux fois moins lourde et un tiers moins chère.
Enfin, elle est totalement biodégradable", résume Fabienne Lagattu, chargée de recherche au CNRS. Pour l’heure, le matériau se compose d’un feutre de chanvre entouré de deux plaques de fibre de verre. Le LMPM cherche à en établir une composition optimale qui lui garantira une solidité durable. "Dès la fin de l’année prochaine, une portière à base de chanvre pourrait être commercialisée", espère Fouad Amin, directeur de la division agro-matériaux de Valagro (Valorisation industrielle des agro-ressources), associé au projet.
De quoi relancer la culture du chanvre "industriel" en France (environ 10’000 hectares). Mais cette variété de cannabis ne contient que 0,3% de tétrahydrocannabinol, la molécule hallucinogène. Les sauvageons incendiaires de voitures n’y trouveront donc pas leur compte.