2001/02/05 - AFP
Près d’un garçon de 19 ans sur six (16%) consomme quasi quotidiennement du cannabis et quatre adolescents sur dix fument du tabac chaque jour, selon la première enquête sur les consommations de produits psychoactifs menée auprès de 14.000 jeunes de 17 à 19 ans.
Cette étude, réalisée en mai 2000 lors de la Journée d’appel de préparation à la défense, "confirme des tendances connues mais nous apporte des chiffres plus précis et nous permet de distinguer entre usage occasionnel et usage nocif et problématique", a commenté lundi Nicole Maestracci, présidente de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (MILDT).
"Chez les 17-19 ans, la consommation de cannabis semble faire partie du mode de vie d’une part non négligeable des filles et surtout des garçons", résume l’enquête, qui sera renouvelée chaque année. A 17 ans, 41% des filles et 50% des garçons, questionnés de façon anonyme, déclarent avoir déjà expérimenté au moins une fois le cannabis.
Interrogés sur la fréquence de leur consommation, un peu plus d’un jeune sur dix - garçon comme fille - annonce avoir fumé du cannabis entre une et deux fois au cours des trente derniers jours. L’écart entre les sexes se creuse en revanche en cas d’usage répété : 2,7% des filles de 17 ans reconnaissent une consommation "intensive" (20 fois et plus dans le mois), soit trois fois moins que les garçons du même âge (8,1%). A 19 ans, les garçons sont 16% à avoir cette habitude.
S’agissant du tabac, le rapport indique que quatre adolescents sur dixfument quotidiennement à 17 ans. A cet âge, les filles ont plus fréquemment expérimenté le tabac que les garçons, soit 79% contre 76%. Selon l’enquête, environ un tiers des jeunes de 17 ans fument entre une et cinq cigarettes par jour, mais ils ne sont plus qu’un quart de garçons à se situer dans cette fourchette à l’âge de 19 ans. En revanche, près d’un garçon sur dix fume plus d’un paquet par jour à 18 ans.
Dopants, vitamines ou boissons énergétiques
Concernant l’alcool, les différences entre les garçons et filles sont plus marquées que pour le tabac. A 17 ans, les garçons (16%) sont trois fois plus nombreux que les filles (5,5%) à déclarer un "usage répété" d’alcool (avoir bu dix fois ou plus au cours du mois). Toujours au même âge, les garçons sont aussi trois fois plus nombreux à avoir connu au moins dix ivresses au cours de leur vie : 15% contre 5% des filles. Ils sont même 25% à l’âge de 19 ans.
De façon logique, ce sont aussi les garçons qui sont les plus adeptes de "polyconsommation" : ils sont deux fois plus nombreux que les filles (23% contre 12%) à associer au moins deux produits parmi l’alcool, le cannabis et le tabac. L’enquête révèle aussi que près de 5% des adolescents ont déjà pris un produit - dopants, vitamines ou boissons énergétiques - destiné à améliorer leurs performances physiques ou sportives. Cette proportion grimpe à 10% parmi les amateurs de musculation. Près d’un jeune interrogé sur trois déclare s’être rendu au moins une fois dans une "rave party" ou une soirée techno. En revanche, parmi ceux s’étant rendus plusieurs fois dans un événement techno, une grande majorité (89%) n’a jamais expérimenté l’ecstasy. D’une manière générale, cette drogue est moins souvent consommée que les champignons hallucinogènes ou les poppers.
Enfin, l’enquête démontre de nombreuses disparités régionales. Ainsi, pour les produits les plus courants (alcool, tabac, cannabis), la moitié ouest de la France domine la partie est. L’ouest et le sud-ouest se distinguent pour l’abus d’alcool. Le cannabis plaît beaucoup dans le nord-ouest (garçons), le sud-ouest (filles) et la région parisienne. Le nord-ouest est nettement en tête pour la consommation de tabac.
Les comentaires de :
Nicole Maestracci : "je ne suis pas exagérément inquiète"
(TROIS QUESTIONS à la présidente de la MILDT)
PARIS, 5 fév (AFP) - Nicole Maestracci, présidente de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (MILDT), réagit à la publication de l’enquête sur les consommations de produits psychoactifs menée en mai dernier auprès de 14.000 jeunes de 17 à 19 ans, à l’occasion de la Journée d’appel de préparation à la défense (JAPD).
Qu’est-ce qui vous a marqué dans cette enquête ?
Encore quatre adolescents sur dix fument quotidiennement. Cela prouve qu’on a du mal à faire baisser la consommation de tabac et c’est une préoccupation, plus particulièrement pour les filles qui rattraperaient les garçons. La question du tabac est peut-être la plus complexe. Les jeunes ont énormément de mal à se reconnaître dans les messages de prévention car l’idée de mourir d’un cancer à 50 ans leur est parfaitement indifférente.
Je relève la multiplication des états d’ivresse, surtout chez les garçons. Je constate aussi que si un jeune sur trois a fréquenté une rave party, ils sont seulement 11% parmi ceux-ci à avoir consommé de l’ecstasy. De façon surprenante, cette dernière drogue est supplantée par la consommation de champignons hallucinogènes ou de poppers.
Ses conclusions vous inquiètent-elles ?
Je ne suis pas exagérément inquiète car elles ne font que confirmer des tendances. De nombreux consommateurs occasionnels vont s’arrêter à la fin de l’adolescence et peu de consommateurs sont vraiment problématiques. C’est sans doute sur ceux là qu’il faut faire porter l’effort de prévention et peut-être que nous ne le faisons pas assez.
Cette enquête doit être un outil d’information de plus. Il faut que tout le monde s’en serve. En tout cas, il faut arrêter de s’alarmer sans cesse et regarder la réalité en face. Il y a des choses inquiétantes, mais aussi d’autres rassurantes. Ce n’est pas parce qu’on a un jeune sur deux qui fume du cannabis qu’on va avoir un jeune sur deux qui sera délinquant, usager d’héroïne ou alcoolique.
Comment l’enquête place-t-elle la France par rapport aux autres pays européens ?
Notre pays se situe dans une situation assez comparable. La différence est que nous sommes encore en croissance sur le cannabis alors que certains pays ont stabilisé leur consommation, comme le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Mais le plus important en France reste la consommation d’alcool.
Marie-George Buffet : la consommation des jeunes "trop banalisée"
BESANCON, 5 jan (AFP) - La ministre de la jeunesse et des sports, Marie-George Buffet, a estimé lundi à Besançon (Doubs) que la consommation du cannabis ainsi que d’autres produits psychoactifs était trop "banalisée" chez les jeunes. "On n’a pas assez maintenu les campagnes de prévention, on a trop laissé se banaliser chez les jeunes la consommation de produits les mettant en état de dépendance", a observé la ministre lors d’un point-presse à l’issue d’une rencontre avec les membres du conseil départemental de la jeunesse et diverses associations.
Mme Buffet réagissait à l’enquête publiée lundi par la MILDT (mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie) et l’OFDT (Observatoire français des drogues et des toxicomanies) sur la consommation du cannabis, du tabac ou de l’alcool pour les jeunes de 17 à 19 ans.
"Souvent, les jeunes nous disent qu’ils ne se sentent pas concernés par les campagnes de prévention parce qu’elles sont trop conçues par des adultes et pas assez par eux-mêmes", a également noté la ministre. "Il faut maintenir l’interdit, c’est-à-dire l’alerte sur le fait que ce type de consommation les prive quelque part de leur liberté", a-t-elle conclu.