à2002/06/17 - La Liberté
SANTE - Chanvre Info a organisé à Morat ce week-end une série de conférences sur les implications du cannabis dans la médecine. Même si les effets secondaires ne sont pas négligeables, les essais thérapeutiques livrent des pistes intéressantes.
Le cannabis permet de réduire les spasmes et d’améliorer la mobilité des victimes de la sclérose en plaques. Claude Vaney, médecin à la clinique bernoise de Montana-Vermala, est venu présenter ce week-end à Morat une étude sur la question, dans le cadre d’une série de conférences sur les implications du chanvre dans la médecine. Organisées par Chanvre Info, elles ont traité aussi bien de la recherche que des thérapies.
La sclérose en plaques est l’une des rares maladies où des traitements à base de cannabinoïdes ont été testés sur des patients. Il ne s’agit pas de guérir, mais bien de diminuer les spasmes qui sont l’une des caractéristiques les plus pénibles de la maladie. "Nous avons testé la mobilité de nos patients avec un indice de mobilité officiel : sous traitement de cannabis , elle s’améliore nettement", remarque M. Vaney. Sur la cinquantaine de patients qui se sont prêtés à cette étude, sept ont abandonné. "Il est clair que certains effets secondaires peuvent déranger, surtout au début du traitement", explique le Dr Vaney.
L’étude comprenait deux groupes tests, chacun prenant des placebos à la place du chanvre à deux périodes différentes. Les patients qui avaient pris du cannabis jugeaient sévères les effets secondaires, tels qu’euphorie, vertige ou difficulté à se concentrer. Alors que ces mêmes patients se plaignaient aussi des effets secondaires sous placebo, mais ils les jugeaient plus légers pendant ces périodes sans cannabis. "Nous avons également remarqué une tolérance très différente d’un patient à l’autre, pouvant être fonction de son poids."
Pas de dépendance
Claude Vaney relève quelques faiblesses de cette étude : "Les patients continuaient à prendre leurs médicaments habituels et suivaient également leur rééducation physique. Les effets du cannabis sont donc difficilement mesurables, puisqu’il n’était pas le seul traitement administré." L’étude comprenait également des tests de concentration et de réflexion. Aucune détérioration cognitive n’a été constatée.
Faire baisser la tension "Les patients ont eu l’impression de mieux dormir, mais nous n’avons constaté aucune amélioration du côté du tonus musculaire", remarque encore le médecin. A une question par rapport à la dépendance du patient, le médecin répond : "Il n’existe pas de dépendance physique au cannabis, comme c’est le cas pour les opiacés." Le cannabis agirait dans le système nerveux central, par un intermédiaire de récepteurs dans la moelle épinière. "Mais on ne sait pas encore exactement où cette substance agit", a-t-il également avoué. La dilatation des vaisseaux est une propriété du cannabis qui peut s’avérer très utile en médecine. Les endocannabinoïdes - cannabinoïdes produits naturellement par le corps - montrent des pistes intéressantes pour des traitements de maladies cardio-vasculaires. Mais la médecine n’en est ici qu’au stade de la recherche. "Nous avons constaté une activation des récepteurs cannabinoïdes du corps humain quand le métabolisme doit faire face à un empoisonnement ou un choc hémorragique, par exemple. Les endocannabinoïdes aidant à élargir les vaisseaux", explique le Dr Jens Wagner, de la clinique universitaire de Würzburg en Allemagne.
Il insiste encore sur la nécessité de ne pas mélanger les effets des traitements à base de cannabinoïdes et ceux d’un joint. "Il faut tester le chanvre scientifiquement au même titre que les autres substances, si on veut l’utiliser à titre de thérapie."