À plus de 50 ans, il se met à cultiver du cannabis
Partout dans le monde, le cannabis est un moyen de subsistance pour les plus démunis. La demande est trop importante pour être laissée insatisfaite. La répression frappe d’abord et surtout ces galériens de la survie. Un dispositif de régulation du marché devra chercher à les intégrer autant que possible. En attendant, la guerre à la drogue multiplie les victimes, parfois les plus inattendues.
Laurent Appel
À plus de 50 ans, il se met à cultiver du cannabis
« Vous êtes un homme d’âge respectable. Comment expliquez-vous ce comportement ? », a questionné le président du tribunal. À la barre, un homme de 55 ans, Abel Poudewa, était jugé en procédure de comparution immédiate pour avoir, depuis 2004, cultivé et vendu du cannabis. Il a été condamné à quatre mois de prison ferme et placé sous mandat de dépôt. Les gendarmes avaient été avisés par un appel téléphonique anonyme que cet homme faisait pousser des pieds de cannabis, chez lui. 166 pieds ont ainsi été arrachés, ainsi qu’une quarantaine de semis, derrière sa maison. Depuis courant 2004, il vendait du cannabis à une vingtaine de clients, essentiellement des jeunes, et ses deux récoltes lui avaient rapporté 150 000 francs, sans même qu’il ait à se déplacer.
« Sans ressources »
« Au début, c’était juste une expérience, pour voir. Et après, j’ai vu que c’était facile », a-t’il expliqué au tribunal. « Monsieur est un grave diabétique et il a perdu son pouce il y a deux ans. Il ne pouvait plus exercer son métier de maçon et s’est retrouvé sans ressources. Tout ce qu’il a trouvé, c’est la vente de cannabis », a précisé son avocate, Me Moresco. L’homme ne fumait d’ailleurs pas de cannabis, mais « vous le vendiez en sachant que ce n’est pas bon. Ce qui est très désagréable, c’est que vous êtes un simple commerçant », a ajouté le président du tribunal. « Ce trafic non négligeable remet en cause une vie intègre et honnête. On se demande s’il a beaucoup de cervelle pour se lancer là-dedans à son âge et risquer la prison », s’est interrogé le ministère public, qui a requis huit mois de prison, dont quatre avec sursis, contre le prévenu.
Source : Nouvelles calédoniennes, 19/12/05