Alcool et cannabis : toujours plus d’ados piégés en Béarn
Par L. V.
Publié à 06h00. Mise à jour : 17h27
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Les soirées de fin de semaine sont souvent très arrosées chez les adolescents. (Nicolas Sabathier)
Pour une soirée ? On boit facile une bouteille d’alcool à deux." "On prend l’apéro chez un pote et quand on sort, on ne boit qu’une bière dans un bar car c’est cher." "On ne se cuite pas au lycée mais on a l’alcool festif, le soir. Certains boivent pour se rendre minables mais on sait discuter entre nous si l’on voit un copain avoir des problèmes d’alcool." Discussion à bâtons rompus à la sortie du lycée Louis-Barthou à Pau. Dans cet établissement, des élèves de seconde ont participé dernièrement à une enquête sur la consommation d’alcool des lycéens. Où il apparaît que 74 % des lycéens reconnaissent boire de l’alcool.
"Les années lycée sont celles de la découverte. On le voit même au collège mais de façon moindre", constate Laurent Massonié, policier formateur anti-drogue à Pau. Citant des élèves rencontrés, il constate : "Ils boivent parce que les autres boivent. Ils ont peur d’être critiqués ou exclus du groupe. Mais ils boivent des alcools forts à hautes doses. Cela rend vulnérable, ils en sont conscients mais pensent que rien ne peut leur arriver", rapporte-t-il.
Des consommateurs de plus en plus jeunes
Si on a toujours vu des lycéens boire de l’alcool, tout le monde est d’accord : il y a de plus en plus d’alcool consommé et par des ados de plus en plus jeunes. Sans parler des conduites à risque comme la "biture express" ("binge drinking" en anglais) consistant à boire un maximum d’alcool fort en un minimum de temps.
Aux urgences de l’hôpital de Pau, "on a le sentiment que c’est en augmentation. Mais c’est surtout lors de fêtes de villages ou lycéennes comme le Père Cent (1) qu’on les voit aux urgences. Autrefois, c’étaient des jeunes de 18 à 20 ans, aujourd’hui ce sont des 15-18 ans et encore, il y a des moins de 15 ans qui vont aux urgences pédiatriques", poursuit-on. "On voit des lycéens au lendemain du Père Cent ou de grosses fêtes mais c’est vraiment exceptionnel de voir des lycéens ivres en cours", tempère-t-on à l’infirmerie du lycée Barthou.
La prévention entre lycéens
"La consommation arrive plus tôt. Les ados ont une conduite à risque. A nous de leur donner les limites et prévenir des dangers", estime Claire Carré, élue parents d’élèves FCPE au collège Marguerite-de-Navarre (Pau). Elle estime que "la prévention marche mieux de pair en pair".
Un sentiment partagé par Laurent Massonié. "La bonne prévention fait réfléchir. Ils ont besoin de quelque chose de percutant. Quand je fais de la prévention, je pars de ce qu’ils sont. Comment je fais la fête ? Pourquoi je suis allé trop loin ? On a tous le choix. On n’est pas alcoolique à 17 ans mais on prend le chemin qui y mène. Et quand un accident arrivera dans la vie, l’alcool risque alors d’être le refuge. On essaie de mettre en place des ambassadeurs lycéens chargés de faire de la prévention. Je crois à la prévention par les pairs", soutient le policier.
Que ce soit pour le tabac, le cannabis ou l’alcool, les jeunes peuvent être sensibles à l’aspect financier, moins aux problèmes de santé. "Il faut faire beaucoup de prévention pour qu’une réflexion se fasse et se travaille. C’est à ce prix qu’on pourra changer les comportements", estime Laurent Massonié.
(1) Fête célébrée 100 jours avant le bac.
==>> En chiffres
Dès la classe de seconde, plus de 9 jeunes sur 10 déclarent avoir consommé de l’alcool au moins une fois au cours de leur vie, et 4 élèves sur 5 en ont consommé le mois précédant l’enquête. L’usage régulier d’alcool concerne 1 lycéen sur 5. La moitié (52 %) des lycéens déclarent une alcoolisation ponctuelle importante (avoir bu au moins cinq verres en une même occasion au cours des 30 derniers jours), et 6 lycéens sur 10 rapportent au moins une expérience d’ivresse. Ces données viennent de l’enquête européenne sur l’alcool et d’autres drogues menée en 2011 (lire ci-contre).
Dans le travail mené par les lycéens de Barthou, 74 % des 100 élèves interrogés avouent boire de l’alcool. Il s’agit d’alcools forts à 31 % suivis par la bière (20 %). Boire se fait essentiellement en soirée et l’alcool est acheté par des amis, des frères et soeurs ou soi-même. Qu’est-ce qui donne envie de boire ? Les amis qui boivent à 87 %, les parents qui boivent à 13 %. Des parents dont 71 % ignorent que leur rejeton s’adonne à l’alcool. Enfin 81 % des lycéens interrogés disent avoir reçu une prévention mais seulement 28 % l’ont trouvée utile.
==>> Le tabac et le cannabis, autres fléaux des préaux
Si le tabac est cher, le cannabis est plus accessible qu’avant. Et la proportion des fumeurs augmente chez les adolescents.
Selon les résultats de l’enquête européenne sur l’alcool et d’autres drogues en milieu scolaire (ESPAD), menée en 2011 auprès d’élèves de la seconde à la terminale, deux lycéens sur cinq avouaient avoir fumé des cigarettes lors du mois précédant l’enquête, et près de trois sur quatre avaient déjà fumé au cours de leur vie (74 %, contre 52 % en classe de troisième). Si au collège, les fumeurs quotidiens sont 16 % en troisième, leur proportion double en seconde, et atteint un élève sur trois à la fin du lycée. Et parmi ces consommateurs quotidiens, 24 % fument plus de 10 cigarettes par jour, contre 5 % en troisième.
==>> La moitié des lycéens ont fumé du cannabis
Près de trois lycéens sur quatre (74 %) déclarent avoir déjà fumé -au cours de leur vie. (© thinkstock)
La consommation de cannabis a une évolution comparable à celles d’alcool ou de tabac. La moitié des lycéens (49 %) ont déjà fumé du cannabis au cours de leur vie, mais si les premières expérimentations sont observées dès la quatrième, on constate un doublement en troisième (24 %) et en seconde (41 %). L’usage régulier de cannabis (plus de 10 fois dans le mois) touche 8 % des lycéens, avec un niveau maximal (11 %) en classe de première.
Mais après une progression quasi linéaire des niveaux d’usages depuis l’entrée au collège, on observe une rupture en classe de terminale, toutes filières confondues. Les diffusions du tabac, de l’alcool et du cannabis cessent de progresser, notamment car les élèves de terminale réduisent certains usages à l’approche du baccalauréat. « Le tabac est pernicieux », constate Laurent Massonié, policier formateur anti-drogue. « On fume pour faire comme les autres et on devient dépendant. On insiste sur les problèmes de peau, d’acné, d’odeur, qu’engendre le tabac. Ils sont sensibles également à l’impact financier de la consommation de tabac ou de cannabis ».