(Allemagne) Lors d’une conférence d’experts : Addictologues, médecins, juristes et policiers unanimes à dénoncer la répression concernant le cannabis !
En Allemagne, les tribunaux représentent le Peuple allemand et non pas l’État et de ce fait, le Peuple est bien plus impliqué dans la rédaction des textes de lois, leur appréciations et leur critiques que ne l’est le peuple français par exemple, complétement passif dans ce domaine. Donc il existe une batterie de juristes aux fonctions variées qui en ce moment même, montent au créneau pour dénoncer les effets antisociaux de ces lois et leur inconstitutionnalité. Du coup, le cannabis endosse maintenant un statut de victime qui le rend plus populaire et ceci a pour effet de placer les politiciens face à leur responsabilité. Cela sent non pas le cannabis, mais le Sapin pour la Prohibition en Allemagne.
Publié le 24 novembre 2014
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Vent nouveau dans la politique allemande sur la drogue ?
Politique sur la drogue
Aux États-Unis, plusieurs états ont légalisé le cannabis. Après avoir perdu la guerre contre la drogue, l’Amérique latine cherche à réorienter sa politique dans ce domaine. Qu’en est-il de l’Allemagne ?
En théorie, le président Barack Obama pourrait faire pousser jusqu’à six plants de cannabis dans la Maison Blanche pour se rouler un joint ou en proposer un à ses invités d’État. Lors d’un référendum organisé début novembre, les électeurs ont décidé de légaliser la marijuana dans la capitale, Washington. Ils ont pris la même décision en Alaska et dans l’Oregon. Au Colorado et dans l’État de Washington, le cannabis est déjà totalement légal depuis novembre 2012, y compris sa production et sa commercialisation. Selon le quotidien britannique The Guardian, la marijuana génère déjà davantage de recettes fiscales que l’alcool au Colorado, sans que le monde ne se soit effondré dans cet état.
Dans le monde entier, des voix de plus en plus nombreuses réclament une nouvelle politique dans ce domaine, dans la mesure où la « guerre contre la drogue » a manifestement échoué. Ce débat prend également de l’ampleur en Allemagne. La semaine dernière, un large consensus s’est dégagé lors d’une conférence d’experts à Francfort-sur-le-Main. Addictologues, médecins, juristes et policiers étaient unanimes : le droit pénal n’est pas un instrument adapté en l’espèce. La consommation personnelle de cannabis ne devrait pas être sanctionnée. À Francfort, la conseillère municipale déléguée à la santé a annoncé un projet pilote.
La loi sur les stupéfiants est-elle anticonstitutionnelle ?
Médicament au cannabis pour utilisation dans un cadre thérapeutique © dpa/pa Agrandir l’image (© dpa/pa)
La lutte contre les abus – y compris de drogues douces – s’appuie actuellement sur la loi sur les stupéfiants. Ce texte, qui régit également l’interdiction du cannabis, serait anticonstitutionnel, estime le pénaliste brêmois Lorenz Böllinger. Dans une interview accordée à la Deutsche Welle, il a affirmé que la loi sur les stupéfiants n’était ni adaptée, ni essentielle, ni proportionnelle à son objet, à savoir la possibilité de dommages occasionnés par la consommation de drogue. Or, pour que l’État intervienne dans les droits civils, il faudrait que ces conditions soient remplies.
Selon ce professeur de droit pénal, la loi est en l’occurrence contre-productive : « Elle nuit à la population en entraînant une criminalité liée au trafic, et stigmatise des jeunes gens en les poussant vers des activités faisant d’eux des criminels alors qu’ils ne le sont pas ». Pour lutter contre l’abus de drogue, les mesures de prévention sont infiniment plus efficaces que les poursuites pénales. En outre, la loi n’est pas proportionnelle dans la mesure où « l’on sort l’artillerie lourde, c’est-à-dire le droit pénal, pour une problématique sociale extrêmement restreinte ». La position de Lorenz Böllinger n’est pas isolée parmi les pénalistes allemands. Il y a un an déjà, plus de la moitié des professeurs de droit pénal avaient signé une résolution […] pour demander que la loi sur les stupéfiants soit réexaminée.
La légalisation, un message négatif
La déléguée du gouvernement fédéral à la drogue, Marlene Mortler © dpa/pa Agrandir l’image (© dpa/pa)
La déléguée du gouvernement fédéral à la drogue, Marlene Mortler, s’oppose pour sa part à la légalisation générale du cannabis. « Cela enverrait un message négatif en banalisant la consommation [de drogue] », a écrit Madame Mortler dans une réponse à la Deutsche Welle. La déléguée dit n’avoir constaté aucune tendance nouvelle depuis les référendums organisés début novembre aux États-Unis. Cependant, elle voudrait que les patients gravement malades soient plus nombreux à pouvoir accéder au cannabis dans un cadre thérapeutique. L’efficacité de cette substance est par exemple prouvée dans le traitement de la sclérose en plaques. On l’utilise également pour lutter contre la perte d’appétit induite par la chimiothérapie, ou contre la douleur chez les malades du sida.
L’attitude de Marlene Mortler reflète une opinion majoritaire au sein de la société allemande. Selon un sondage récent […], plus de 80 % des personnes interrogées sont favorables à l’utilisation du cannabis à des fins thérapeutiques. 80 % également portent un regard critique sur le bilan de la lutte mondiale contre la drogue. La légalisation du cannabis ne rallie toujours pas de majorité en Allemagne. Cependant, 30 % de la population seraient favorables à l’ouverture de boutiques spécialisées dans lesquelles les adultes seraient autorisés à se procurer du cannabis dans un cadre réglementé et légal.
Au cinéma, des spots sur le cannabis
Georg Wurth n’a pas l’intention de se contenter de ces chiffres. Le président de la Fédération allemande du chanvre a annoncé une campagne médiatique sans précédent en Allemagne en faveur de la légalisation du cannabis. À partir de cette semaine, les cinémas allemands vont diffuser des spots de la fédération à l’écran. « Il ne s’agit pas de faire de la publicité pour les drogues ou le cannabis. Ce n’est pas notre but. Il s’agit de poser une question : l’interdiction est-elle la meilleure solution ? » Cette campagne coûte à la fédération presque le demi-million d’euros que Georg Wurth avait gagné en début d’année, dans une émission télévisée.
Source : DW.DE / Matthias von Hein
Traduction : CIDAL / MF © CIDAL