"Appellation Cannabis : le débat « indica / sativa »" par Robert Connell Clarke (Sensi Seeds)
Dans mon encyclopédie du cannabis, la classification du chanvre fut ma bête noire. Elle est complexe, tout autant que l’est la science qui la réalise, mais il y a quelque chose qui ne colle pas pour moi (qui me chiffonne).
On part du principe que le chanvre est comme toutes les autres plantes : une variété végétale issue de l’évolution naturelle. C’est embêtant : on ne trouve pas de fossile de chanvre ni de trace d’un ancêtre proche ! Pour moi, ce serait plus simple de conclure que cette plante est un assemblage génétique de plusieurs espèces végétales en une seule plante, réalisée par l’homme, Dieu ou des extra-terrestres ... (dans l’idée et en exemple car perso, je ne crois pas aux ET).
Mais bon, une chose est certaine, cette approche ne fera pas l’unanimité, pourtant ... cela expliquerait bien des choses ... ! Le fait que l’on puisse tirer autant d’avantages de la plante par exemple : c’est un cas unique dans la nature, quand même, il faut le préciser ! Enfin, ces plantes plus exactement car il en existe au moins deux types apparemment distincts : une avec du CBD majoritaire et l’autre avec du THC majoritaire.
Mais comme il est admis que l’homme n’a jamais égalé ou dépassé le niveau de connaissances d’aujourd’hui (nous serions incapable actuellement, de construire génétiquement une telle plante), ma petite théorie tombe à l’eau, n’est-ce pas !
Va y JLB, glisse nous ta dose de complotisme (je suis incorrigible) : certains pensent qu’il y a 16 000 ou plus, avant le déluge, des civilisations très avancées ont pu exister sur Terre ... Des scientifiques croient même en cela. J’ai, par ailleurs, écrit un livre inachevé là-dessus (Ovnis dans les arts ... Pub ! Ne le lisez pas, c’est plein de « bondieuseries ») ... Et je rajoute que cette plante pourrait-être un de leurs héritages ... tout simplement. ! Ces "ancêtres" auraient pu alors "construire" cette plante en fonction de leurs besoins ! D’où l’impossibilité de classifier cette plante - selon moi.
En autre théorie : la Bible nous dit que Dieu établit une "usine de renom" ou "plante de renom" avec lequel son peuple n’aura plus faim. Ce n’est pas en terme de "bouffe" qu’il faut comprendre la phrase, mais en celui "d’aisance économique". Évidement, pour celle et ceux qui ne croient pas en Lui ... !
Je suis certain que Robert Connell Clarke n’adhérera pas à ces "théories", mais qu’il les trouvera intéressantes. Une autre chose est sure : le débat sur les origines du cannabis et la définition de ses sous-espèces, n’a pas finit de créer des remous ! Il semblerait qu’il y ait trop de facteurs intermédiaires pour qu’on puisse les établir précisément ... ce qui laisse du champ large à mes petites théories ... ne les prenez pas trop au sérieux quand même, je n’ai aucune preuve, juste une intuition. Pour aujourd’hui, nous allons nous en tenir à ce qu’un botaniste renommé nous explique ! Attention : c’est quand même "costaud" à "digérer", un novice aura du mal à suivre ... ! Et une second texte de Seshata suit, l’ensemble formant un petit dossier. Vous allez finir avec une overdose d’infos !
Publié par Robert Connell Clarke le 03 September 2015
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Appellation Cannabis : le débat « indica / sativa »

Les noms communs pour les plantes et les animaux sont souvent utilisés à un niveau très local et peuvent ne rien vouloir dire en particulier, ou bien signifier une chose totalement différente pour des locuteurs étrangers. Les noms scientifiques, dérivés en partie du moins du latin et du grec ancien, ont été inventés de manière à ce que la personne intéressée par un organisme particulier, en effectuant une recherche dans sa propre langue ou une langue étrangère, puisse savoir si les autres individus font référence exactement à ce même organisme. Parfois, les langues utilisent le nom scientifique en guise de nom commun, comme par exemple l’emploi dans l’anglais britannique du mot « cannabis » pour désigner la drogue qui est dérivée de la plante appelée Cannabis.
Les consommateurs de marihuana contemporains décrivent de manière générale les variétés hybrides de Cannabis comme étant « plus indica » ou « plus sativa », employant ainsi des termes issus d’appellations scientifiques avérées. En procédant de cette manière, ils veulent généralement dire qu’une variété produit plus d’effets physiques ou plus d’effets cérébraux. En règle générale, les « indicas » sont plus propices pour se relaxer sur le canapé, alors que les « sativas » conviennent davantage aux activités plus cérébrales telles que les jeux vidéo, l’écriture ou la musique.
Quelle est l’origine de ces termes ? Comment ont-ils été associés aux diverses variétés de Cannabis ? Est-ce qu’une meilleure compréhension des noms de Cannabis peut nous fournir des renseignements directs sur son évolution complexe et souligner notre appréciation de la diversité profonde constatée de nos jours dans le cannabis ?
Les origines de Cannabis sativa
Le nom scientifique Cannabis sativa a été publié pour la première fois en 1753 par le botaniste suédois Carl Linnaeus considéré de nos jours comme le père de la taxonomie moderne, la science des lois de la classification des organismes. Le terme sativa signifie simplement « cultivé » et décrit la plante de chanvre commune largement cultivée à l’époque en Europe. C. sativa est originaire de l’Europe et de l’Eurasie occidentale où il a été cultivé depuis des millénaires pour ses fibres et ses graines, et a été introduit dans le Nouveau Monde durant la colonisation européenne.
En gros, nous portons des vêtements en fibres de C. sativa et mangeons des graines et de l’huile de C. sativa, mais nous ne fumons pas de C. sativa parce qu’il ne produit qu’une petite quantité de cannabinoïde delta-9 tétrahydrocannabinol, ou THC, le composant psychoactif primaire et aux propriétés thérapeutiques présent dans le cannabis. Par ailleurs, comparativement à l’huile essentielle des variétés C. indica, C. sativa produit une quantité moins élevée et moins variée de terpènes, composés auxquels on accorde de plus en plus d’importance vis-à-vis de l’efficacité des médicaments à base de cannabis.
C. sativa représente une très petite portion de la diversité génétique de Cannabis constatée tout autour de la planète et n’est pas divisé en sous-espèces sur la base d’origines et d’applications différentes comme dans le cas de C. indica. Linnaeus n’avait très certainement jamais vu de cannabis, et il est incorrect d’utiliser le terme « sativa » pour décrire des variétés de drogues.
Les origines de Cannabis indica
Plus de 30 années plus tard, en 1785, le naturaliste français Jean-Baptiste Lamarck a décrit et nommé une espèce secondaire, Cannabis indica, qui signifie « Cannabis d’Inde », pays dont étaient originaires les premiers échantillon de la plante retrouvés en Europe. C. indica vient d’Eurasie orientale et a été distribué par les hommes dans le monde entier essentiellement pour son THC psychoactif. C. indica est utilisé pour la production de marijuana et de haschisch, mais est, dans de nombreuses régions de l’Asie de l’est, cultivé depuis très longtemps pour ses fibres solides et ses graines nutritives.
En bref, non seulement nous portons des vêtements en fibres C. indica et mangeons des graines et de l’huile de C. indica, mais nous consommons également C. indica pour ses précieuses propriétés récréatives et thérapeutiques. C. indica regroupe la vaste majorité des variétés de Cannabis existantes de nos jours et est divisé en différentes sous-espèces aux origines et applications diverses.
Spécimens types de C. sativa NLH, C. indica NLD et C. ruderalis PA ou NLHA. (Source : Cannabis : Evolution and Ethnobotany)
Le débat autour de Cannabis
Depuis les années 1960, les taxinomistes se sont faits les champions de plusieurs systèmes d’appellation différents. Beaucoup d’entre eux ont préféré le concept de trois espèces en reconnaissant C. ruderalis en tant qu’espèce sauvage probablement antérieure aux deux C. sativa et C. indica.
D’autres ont choisi de réduire C. indica et C. ruderalis aux sous-espèces ou aux variétés d’une seule espèce, C. sativa. À la fin des années 1970, des variétés de haschisch nettement différentes ont été introduites à l’ouest de l’Afghanistan. Considérées par certains comme étant le véritable C. indica, d’autres estimaient qu’il s’agissait là d’une quatrième espèce C. afghanica, toutes les autres variétés de drogues étant quant à elles considérées comme des membres de la famille C. sativa, conformément au modèle d’espèce unique.
À la veille du nouveau millénaire, la confusion et la mésentente étaient à son paroxysme mais, au final, c’est la science la plus érudite qui a gagné.
Réconciliation grâce aux regroupements taxonomiques
Karl Hillig de l’Indiana University (publication 2004, 2005) a mené une étude sur la diversité de Cannabis en caractérisant les contenus chimiques des plantes présentant une large étendue d’origines géographiques et d’applications et a proposé des regroupements taxonomiques (sous-espèces) qui réconciliaient à la fois les systèmes d’appellation précédents et qui s’intégraient bien dans un modèle hypothétique d’évolution de Cannabis. La recherche effectuée par Hillig rejoint le concept original des deux espèces de Cannabis —C. sativa Linnaeus et C. indica Lamarck—C. indica étant bien plus varié génétiquement que C. sativa.
Hillig a reconnu également que les Européens ont cultivé des sous-espèces telles que C. sativa ssp. sativa. En raison de ses feuilles typiquement étroites et du fait qu’elle est utilisée pour la production de fibres et de graines, il l’a nommée « chanvre à feuilles étroites » (ou « NLH » en anglais). Il a également identifié comme C. sativa ssp. spontanea des populations se développant spontanément à l’état sauvage, ou sauvages, préalablement nommées C. ruderalis, qu’il a nommées « ancêtre putatif » ou « PA », et auxquelles je me réfère en terme d’ancêtre du chanvre aux feuilles étroites, ou « NLHA » en anglais.
Quatre sous-espèces C. indica
Hillig a regroupé les variétés C. indica en quatre sous-espèces — trois se basant sur leurs traits biochimiques et morphologiques divers, et une autre largement caractérisée par leur disposition à pousser spontanément.
1) Sous-espèces indica
Les variétés C. indica ssp. indica sont dispersées sur le sous-continent indien, de l’Asie du Sud-Est à l’Inde du Sud, et en Afrique. C’est ce que Lamarck a décrit sous le terme de C. indica ou de Cannabis indien. Les populations de sous-espèces indica se caractérisent par un fort contenu en THC et une faible quantité, voire quantité inexistante, en cannabidiol ou CBD— le second cannabinoïde le plus courant, qui n’a pas d’effet psychoactif et dont on a démontré l’efficacité thérapeutique.
Ces variétés de cannabis sont arrivées au 19e siècle dans la région des Caraïbes du Nouveau Monde, se sont régulièrement répandues à travers l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud, avant d’être exportées dans les années 1960 vers l’Europe et l’Amérique du Nord et finir par former le premier pool génétique de la marijuana « sin semilla ».
Les consommateurs de marijuana les appelle communément « sativas » parce que leurs petites feuilles sont relativement étroites, particulièrement si on les compare avec les variétés afghanes ou « indicas » introduites ultérieurement, et qui du coup affichent une ressemblance superficielle avec le chanvre européen aux feuilles étroites C. sativa ou NLH (« Narrow-Leaf Hemp »).
Cependant, cette dénomination est erronée dans la mesure où les plantes C. sativa produisent peu voire absolument pas de THC. Si nous nous basons sur l’étude de Hillig, nous appelons désormais les membres de C. indica ssp. indica les variétés à feuilles étroites ou NLD, parce qu’elles produisent du THC en dépit de leurs feuilles étroites et sont de cette manière des variétés de drogue.
2) Sous-espèces afghanica
Les sous-espèces afghanica viennent à l’origine de l’Afghanistan et du Pakistan voisin, deux pays où les plants étaient traditionnellement cultivés pour la production de haschisch tamisé. À partir de 1974, lorsque le Cannabis afghan a été décrit en anglais par le professeur de Harvard Richard Schultes, il est devenu de plus en plus évident qu’il s’agissait d’un cannabis jusqu’alors inconnu des occidentaux. Son port robuste et large et ses feuilles vert foncé le distinguaient des variétés NLD plus grandes, vert plus clair et moins ramifiées.
À la fin des années 1970, les graines des variétés de haschisch afghan ont été introduites en Europe et en Amérique du Nord, et distribuées rapidement dans le cercle des producteurs de marijuana. À cette époque, toutes les variétés de Cannabis étaient considérées comme étant des membres de C. sativa, et les variétés de marijuana NLD populaires étaient appelées « sativas » pour les différencier de celles nouvellement introduites et à l’allure quelque peu différente, appelées « indicas ».
Hillig a nommé les variétés de haschisch afghan C. indica ssp. afghanica et je les appelle cannabis à feuilles larges ou variétés BLD (« Broad Leaf Drug ») pour les différencier des variétés dites NLD. Les populations BLD peuvent présenter des niveaux de CBD équivalents aux niveaux de THC. Les deux sous-espèces indica et afghanica produisent un large éventail de composants aromatiques qui jouent un rôle important pour en déterminer les effets cérébraux et physiques.
Richard Evans Schultes avec C. indica ssp. afghanica à feuilles larges ou plantes BLD en Afghanistan. (Source : Cannabis : Evolution and Ethnobotany ; autorisation accordée par Neil Schultes)
3) Sous-espèces chinensis
Le troisième groupe déterminé par Hillig dans l’espèce C. indica est la sous-espèce chinensis qui regroupe les cultivars traditionnels de fibre et de graines d’Asie orientale appelés chanvre à feuilles larges ou « BLH ». Comme les autres sous-espèces de C. indica, les variétés chinensis renferment des gènes qui permettent la production de THC psychoactif. Néanmoins, les contraintes culturelles d’Asie orientale ont encouragé la sélection de ces variétés pour la valeur commerciale de leurs fibres et graines, et non pas pour leur potentiel psychotrope. Les cultures européennes et asiatiques utilisent de manière très similaire les graines et fibres de chanvre.
4) Sous-espèces kafiristanica
La quatrième sous-espèce C. indica ssp. kafiristanica recouvre les populations sauvages ou qui poussent de manière spontanée, et Hillig a fait l’hypothèse qu’il pourrait s’agir de l’ancêtre du cannabis à feuilles étroites ou NLD.
Le débat autour du ruderalis
Certains chercheurs ont également suggéré qu’une troisième espèce C. ruderalis pourrait être l’ancêtre des deux C. sativa et C. indica. La théorie de l’évolution présume que les deux espèces modernes ont dû avoir à un moment donné un ancêtre commun de type ruderalis, mais qu’il a très certainement fini par disparaître, et que les regroupements proposés NLHA et NLDA représentent les populations sauvages de NLH et NLD plutôt que leurs ancêtres. C. sativa NLH trouve très certainement son origine en Eurasie occidentale — probablement aux pieds des montagnes du Caucase — et a pour ancêtre putatif un chanvre (« PHA ») qui ne renfermait pas le potentiel biosynthétique de produire du THC.
C. indica vient très certainement de la chaîne montagneuse de Hengduan —de nos jours située dans le Xinan —et a pour ancêtre putatif une drogue (« PDA ») qui a développé la possibilité de produire du THC. Propagé par les hommes dans des régions géographiques différentes, ce PDA a pu ensuite se diversifier et évoluer pour devenir des sous-espèces NLD, BLD et BLH, offrant ainsi des combinaisons complexes de terpènes aromatiques et de THC.
Ces sous-espèces de C. indica se trouvent à l’origine de tous les types de cannabis psychoactif existants de nos jours. Du coup, lorsque l’on parle de cannabis psychoactif, on veut dire C.indica, dans la mesure où les variétés de drogues « sativa » n’existent pas : ce que les gens appellent communément « sativas » sont en fait des C. indica ssp. indica qui devraient être appelées pour un souci de commodité « variétés NLD » ou « cannabis à feuilles étroites ». En outre, ce que l’on appelle généralement « indicas » sont en réalité des C. indica ssp. afghanica à feuilles larges ou simplement des variétés BLD.
Distribution actuelle des taxons de Cannabis (Source : Cannabis : Evolution and Ethnobotany)
Cultivars de race régionale à valeur patrimoniale
Les variétés de plantes cultivées sont appelées cultivars, et lorsque les cultivars sont cultivés et entretenus par des paysans locaux, nous les désignons sous le nom de cultivar de race régionale ou races régionales. Les races régionales évoluent en fonction de l’équilibre qui s’établit entre les pressions de sélection naturelle exercées par l’environnement local — qui privilégie la survie de la race — et les sélections humaines qui privilégient la capacité du cultivar à se développer artificiellement (culture) et à produire des produits finaux spécifiques qui répondent aux préférences culturelles.
Les hommes ont diffusé pendant des millénaires le cannabis au rythme de leurs mouvements migratoires et ont sélectionné, à chaque fois qu’ils entraient sur un nouveau territoire, les graines de plantes des variétés locales de qualité supérieure, adaptées à leurs utilisations individuelles et à leurs méthodes de transformation. En semant les graines des plantes les plus favorables, les paysans traditionnels ont développé et maintenu des races régionales de haute qualité qui ont permis à l’industrie de la culture « maison » de se construire.
Les races régionales sinsemilla traditionnelles de pays d’Asie lointains comme l’Inde, le Népal, la Thaïlande, le Cambodge et le Viêt Nam ; les races régionales d’Afrique d’Afrique du Sud, du Malawi, du Zimbabwe etc., ainsi que les races régionales du Nouveau Monde venant de Colombie, du Panama, de Jamaïque et du Mexique sont toutes des variétés NLD. Les hybrides des variétés NLD de races régionales ont constitué le génome central de la marijuana produite au niveau domestique en Amérique du Nord et en Europe, avant que les races régionales BLD d’Afghanistan ne soient introduites à la fin des années 1970.
Cannabis contemporain
À l’heure actuelle, pratiquement toutes les variétés de Cannabis sont des hybrides de deux sous-espèces C. indica : la sous-espèce indica, qui représente les variétés de marihuana de race régionale NLD traditionnelles et largement répandues géographiquement, et la sous-espèce afghanica, qui représente les races régionales de haschisch afghan BLD dont la diffusion est géographiquement limitée. C’est en combinant les races régionales de populations aussi géographiquement isolées et génétiquement diverses que l’immense éventail de variétés de Cannabis médical et de Cannabis hybride pour usage récréatif a pu s’épanouir.
Malheureusement, il est à présent impossible de retourner dans les régions auparavant connues pour leur Cannabis exquis en espérant y retrouver les mêmes races régionales qui y poussaient des dizaines d’années auparavant. Cannabis étant pollinisé naturellement et les fleurs mâles et femelles poussant sur des plants différents, il faut généralement disposer de deux plants pour obtenir des graines. Les combinaisons aléatoires d’allèles et les variations qui y sont associées sont normales. Les variétés de races régionales sont des organismes en constante évolution. Elles sont maintenues par la sélection humaine et naturelle répétée in situ — sélection naturelle pour la perpétuation et sélection humaine pour les propriétés bénéfiques — et sans cette sélection persistante et cette préservation humaine, elles retournent à leur niveau d’atavisme, de sélection de survie naturelle.
Préserver l’héritage
L’occident s’est tourné vers la marihuana et le haschisch importé dans les années 1960. À l’époque, toutes ces merveilleuses variétés importées étaient des races régionales préservées de manière traditionnelle. En l’espace d’une dizaine d’années, la demande en cannabis de qualité a excédé les productions traditionnelles et, en absence de sélection, la production de masse est devenue la règle. Plutôt que de ne planter que des graines sélectionnées, les paysans ont commencé à planter toutes leurs graines pour essayer de répondre à la demande du marché, et la qualité du cannabis disponible dans le commerce a commencé à chuter.
Cette perte qualitative a été exacerbée par la pression exercée sur la production de Cannabis et le recours à l’échelle mondiale d’organes de répression. Les races régionales ne peuvent plus être remplacées ; elles peuvent simplement être préservées. Les quelques variétés de races régionales pures existantes de nos jours, maintenues en vie depuis les années 1970 et 1980, constituent la clé de voûte pour les développements futurs en matière de multiplication et d’évolution du cannabis. Il serait véritablement honteux de perdre les meilleurs résultats obtenus grâce aux sélections effectuées par les paysans locaux depuis des centaines d’années. Après tout, notre rôle, en tant que gardiens, est de préserver l’héritage des paysans traditionnels pour les générations futures.
REMARQUE : Pour des discussions plus approfondies sur la taxonomie de Cannabis et son évolution, je vous conseille de vous reporter sur le livre que j’ai récemment publié et écrit en collaboration avec l’honorable professeur de l’université d’Hawaï (University of Hawai) intitulé Cannabis : Evolution and Ethnobotany, University of California Press, disponible içi.
Complément d’infos :
Seshata vient indirectement à mon secours au sujet de mes petites théorie. On n’a pas retrouvé de fossile de chanvre ou de plante apparentées ... (Hé-hé !)
Publié par Seshata le 13 février 2014
http://sensiseeds.com/fr/blog/le-ca...
Le cannabis en Archéologie et en Paléobotanique
On suppose que le C. indica a évolué dans les vallées tempérées de l’Himalaya et dans la région environnante (Mark Kelly)
Répertorier de façon précise l’évolution des espèces peut s’avérer difficile. Les plantes ne possèdent pas de squelette osseux, qui est souvent le seul vestige des espèces animales anciennes, elles sont faites de matière végétale qui se décompose rapidement. Malgré cela, des traces laissées dans des fossiles ou dans les sols peuvent fournir des pistes intéressantes.
Les plantes dans la chronique de fossiles
Les graines, les fibres ligneuses et les feuilles peuvent être préservées dans les fossiles, si le processus de minéralisation commence sitôt après le décès de l’organisme et arrête ainsi le processus de décomposition. Ces spécimens nous ont permis de bien comprendre l’évolution végétale en général, mais la chronique de fossiles contient de nombreuses lacunes. Ceci peut poser problème lorsque l’on tente de retracer la lignée d’une espèce végétale en particulier.
Les grains de pollen, d’autre part, sont extrêmement résistants et peuvent être préservés de différentes manières. En étudiant les pollens présents dans le sol et dans les dépôts de sédiments, les chercheurs ont pu glaner une grande quantité d’informations sur l’origine du développement des plantes, y compris le cannabis.
Le cannabis dans la chronique de fossiles
À ce jour, aucun fossile de Cannabis sativa n’a été découvert en tant que tel, cependant des fossiles d’espèces apparentées indiquent que les premiers membres de la famille des Cannabacées sont apparus en Allemagne à une époque située entre 82,5 et 66 millions d’années avant nos jours, au cours du crétacé tardif.
La famille des Cannabacées est un membre de l’ordre des Rosales, auquel appartient également la famille des Moracées (mûrier). La recherche en génomique sur la famille du mûrier indique qu’il y a environ 65,3 millions d’années les Cannabacées et les Moracées ont connu une évolution totalement distincte de leur ancêtre commun. Les Cannabacées comptent onze genres, y compris le Cannabis, l’Humulus (houblon), et le Celtis (micocoulier).
Parmi ces genres, le houblon et le cannabis sont plus étroitement liés, et le micocoulier est davantage apparenté aux huit autres genres. Ces genres comptent environ 270 espèces d’herbes aromatiques, qui prospèrent principalement dans les zones tempérées de l’hémisphère nord.
Phylogénie du cannabis en détails
L’ordre des Rosales est un vaste groupe de familles végétales qui comprend également la famille des Rosacées, qui contient elle-même les pommes, les fraises, et bien sûr les roses. La famille des Rosacées est la souche (la plus ancienne) de l’arbre phylogénétique des Rosales ; la branche des Moracées s’est écartée de son ancêtre commun il y a environ 88,2 millions d’années et l’on suppose que la famille des Urticacées (orties) a bifurqué quant à elle il y a environ 98 millions d’années.
La famille des Moracées (mûrier) est étroitement liée à la famille des Cannabacées (Thomas Mueller)
L’ordre des Rosales appartient lui-même à la sous-classe des Rosidées, un important clade monophylétique – un groupe d’ordres taxonomiques tous dérivés d’un ancêtre commun. L’origine des Rosidées est située entre 99,6 et 125 millions d’années avant nos jours, au cours du crétacé précoce, et les Rosales sont censées avoir divergé il y a environ 100 millions d’années.
Il existe une controverse quant à savoir si le cannabis est plus étroitement lié aux Moracées ou aux Urticacées. Le domaine de recherche précité indique que les Cannabacées et les Moracées ont un ancêtre commun qu’elles ne partagent pas avec les Urticacées. Selon une autre hypothèse, les Cannabacées et les Urticacées partageraient un ancêtre commun plus récent, duquel elles se seraient écartées il y a environ 34 millions d’années – hypothèse qui s’appuie sur le fait que les Cannabacées partagent sept parasites avec les Urticacées, mais aucun avec les Moracées.
Divergence de la famille des Cannabacées
L’évolution des différents genres de la famille des Cannabacées est très confuse. On suppose que le cannabis figure parmi les divergences les plus récentes, bien que la spéciation du Cannabis et de l’Humulus soit difficile à situer. Toutefois, la recherche sur l’Humulus indique que sa spéciation était achevée il y a environ 6,38 millions d’années (à cette époque, l’Humulus lupulus et l’Humulus japonicus ont divergé de leur ancêtre commun le plus récent), on peut donc situer la divergence du Cannabis et de l’Humulus quelque part entre 6,38 et 34 millions d’années avant nos jours.
Le genre Cannabis peut paraître encore plus confus – comprend-il une espèce avec trois sous-espèces ou plus, ou bien trois espèces (ou plus) ayant chacune leurs propres sous-espèces et variétés ? La taxonomie la plus largement acceptée catégorise le Cannabis sativa comme la seule espèce du genre, avec les trois sous-espèces principales C. sativa ssp. sativa, C. sativa ssp. indica et C. sativa ssp. Ruderalis.
Cependant, une hypothèse publiée en 2004 contredit cette taxonomie et affirme que la classification du cannabis est incorrecte dans la majeure partie de la littérature qui lui est consacrée. Selon cette hypothèse, C. sativa, C. indica et (supposément) C. ruderalis sont des espèces distinctes, et plusieurs sous-espèces englobent les différents types existants sur l’ensemble de la planète.
Évolution du genre Cannabis
À la fin de la dernière ère glaciaire, les humains migrants ont favorisé la propagation du cannabis dans toutes les régions tempérées de l’Eurasie et de l’Afrique (Gavin White)
Certains suggèrent que l’homme est responsable de la divergence du C. sativa et du C. indica. Selon cette hypothèse, l’ancêtre du cannabis peuplait les steppes de l’Asie Centrale au cours des 50 000 dernières années, aux côtés des populations de chasseurs-cueilleurs du paléolithique supérieur qui, peut-être, avaient déjà commencé à utiliser la plante.
Lorsque le climat s’est refroidi, aboutissant au dernier maximum glaciaire (LGM ; entre 26 000 et 19 000 avant nos jours), ces groupes ont commencé à migrer vers le sud pour trouver des régions plus chaudes, en emmenant peut être avec eux ces premières graines de cannabis primitives, les sauvant ainsi de l’extinction qui guettait l’espèce à cause de la glaciation.
Ces populations migrantes se sont séparées et se sont établies dans deux régions refuges importantes : les contreforts tempérés de l’Europe du Sud et du Sud-est, où le chanvre, ancêtre supposé et fondateur du C. sativa moderne devait prospérer, et les vallées montagneuses tempérées du sud de l’Asie où est apparu l’ancêtre supposé du C. indica moderne.
En outre, selon certaines spéculations, le C. ruderalis aurait survécu au LGM dans des régions refuges situées plus au nord. En tout état de cause, le fait que hors de zones « refuges » géographiquement limitées aucune espèce de cannabis n’aurait pu survivre au dernier maximum glaciaire et que la spéciation ait pu se produire pendant cette période fait débat.
Toutefois, certains considèrent qu’il est plus probable que C. sativa et C. indica aient divergé pendant une période glaciaire antérieure au LGM, et avaient achevé leur spéciation lorsque les premiers humains les ont découvert.
Classifications et controverses
Selon l’hypothèse formulée en 2004, la classification des spécimens de cannabis dans leur position taxonomique correcte comporte diverses erreurs. Par exemple, nombreux sont ceux qui considèrent les types de cannabis de haute taille et aux feuilles étroites C. indica ssp. indica et C. indica ssp. kafiristanica comme des exemples de C. sativa ssp. sativa, ce qui correspond de nos jours au chanvre européen et non pas à un type psychoactif. Les types psychoactifs se limitent aux espèces de C. indica ; le type psychoactif à grosses feuilles souvent simplement désigné C. indica est en fait du type C. indica ssp. afghanica.
Il est intéressant de noter que, selon cette hypothèse, les variétés de « chanvre » à faible teneur en cannabinoïdes que l’on pensait simplement issues de C.sativa et de C. ruderalis, pourraient également être issues de populations de C. indica. En Europe, le chanvre cultivé est en réalité du C. sativa (ssp. sativa, et ssp. spontanea en Europe de l’Est) ; l’ancêtre sauvage d’Asie Centrale pourrait survivre aujourd’hui sous la forme de C. ruderalis.
Toutefois, en Chine, les variétés de « chanvre » utilisées pour la fibre et les graines ont été sélectionnées à partir de populations de C. indica qui se sont propagées depuis le nord-est de l’Inde ; ce type a été nommé C. indica ssp. chinensis. Bien qu’elles aient été classées avec les variétés de chanvre C. sativa, ces deux lignées sont en réalité morphologiquement différentes, et le C. indica ssp. chinensis est génétiquement plus proche d’autres sous-espèces de C. indica.
La culture moderne de chanvre a assisté à l’apparition de plusieurs hybrides de C. sativa ssp. sativa et de C. indica ssp. chinensis, démontrant que l’interfertilité est préservée même lorsque des populations ont divergé de manière importante.
Analyse de grains de pollen
Les fossiles sont cruciaux pour nous permettre d’étudier l’histoire éloignée et l’évolution des plantes, mais sont moins utiles lorsqu’il s’agit d’établir un historique plus récent. En raison de la relative pénurie de tissu végétal préservé issu d’époques plus récentes, les botanistes sont dans l’obligation de chercher ailleurs pour déterminer une chronologie de l’évolution des plantes – et une fois détectés, les grains de pollen peuvent fournir des preuves cruciales aux paléobotanistes.
Bien sûr, les trois familles des Moracées, des Cannabacées et des Urticacées ont des grains de pollen tellement similaires que leur identification peut souvent s’avérer difficile. Au sein d’une même famille, distinguer un type de pollen d’un autre (par exemple séparer l’Humulus du Cannabis) peut s’avérer être encore plus difficile. Toutefois, une analyse consciencieuse a permis aux chercheurs de différentier les diverses espèces afin d’obtenir une image claire de l’évolution du cannabis et de sa propagation.
Le cannabis à l’ère des humains
On a retrouvé des grains de pollen de cannabis en différents lieux dans toute l’Eurasie, typiquement dans du sédiment présent au fond des lacs, des puits et des mares. En tant que plante pollinisée par le vent, le cannabis répand une grande quantité de pollen ; dans certaines zones, il représente plus de 50 % de tous les grains de pollen présents. La preuve supposée de la présence de pollen de cannabis la plus ancienne remonte à environ 4 500 ans avant nos jours en Chine ; en Europe, les sites sur lesquels on a relevé la présence de pollen permettent de situer une culture de chanvre devenant relativement abondante à partir de 3 000 ans avant nos jours environ.
Des exemples éparpillés d’achènes antiques (graines) et de fibres ont également été découverts – parfois même certains restes de trichomes et de cannabis carbonisé ; de tels spécimens sont rares, mais deviennent de plus en plus abondants à partir de 5 000 ans avant nos jours.
Les impressions de fibres et de graines dans des poteries ou de l’argile peuvent être préservées encore plus longtemps ; dans la République tchèque actuelle, des impressions remontant à 26 980 ans ont été découvertes, bien qu’il n’ait pas été confirmé qu’il s’agissait de cannabis.
Heureusement pour ceux qui étudient les restes anciens de cannabis, les fibres et les trichomes sont très résistants à la décomposition. Les achènes sont également assez résistants à la décomposition et, contrairement aux restes de pollen et de fibre, ils peuvent être identifiés sûrement et moins difficilement grâce à leur forme caractéristique.
Nous disposons de preuves abondantes permettant d’affirmer que nous avons vécu au contact du cannabis, et l’avons potentiellement utilisé, dès lors que nous avons atteint notre anatomie moderne, et peut-être avant cela. Mieux comprendre l’évolution du cannabis et le rôle joué par les premiers humains dans sa propagation mondiale peut nous mener à des pistes inestimables à propos de notre propre développement.