"CANNABIS : Avec sa consommation croissante, les troubles du comportement" par Sante Log
Publié le 17 mars 2016
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CANNABIS : Avec sa consommation croissante, les troubles du comportement
American Journal of Psychiatry
Un américain sur 10 est aujourd’hui en possession d’une carte d’autorisation d’usage de cannabis médical ou connaît quelqu’un dans ce cas. Avec la légalisation en marche aux États-Unis et sa consommation croissante : l’incidence croissante de ce que les auteurs appellent « les troubles de la consommation » du cannabis soit un ensemble de symptômes qui traduisent un comportement de dépendance. Cette étude de l’Université de Columbia, basée sur les critères du Manuel diagnostique des troubles psychiatriques (DSM-V) et publiée dans l’American Journal of Psychiatry, aboutit à une incidence de 6 millions de cas aux États-Unis, sur cette dernière année.
Dans cette 5è édition du DSM, les précédentes catégories concernant la dépendance et l’abus de cannabis ont été combinées en un seul trouble nommé « Marijuana use disorder ». Le diagnostic peut être posé à partir de 2 des 11 symptômes retenus pour ce trouble, dont l’envie, le retrait, la perte de contrôle, et les différentes pertes de responsabilités personnelles et professionnelles. La sévérité du trouble est évaluée comme légère, modérée ou sévère en fonction du nombre de symptômes. L’étude constate avec la prévalence, l’augmentation et la fréquence de la consommation, une sévérité croissante du trouble mais aussi des invalidités associées.

L’étude a analysé les données de plus de 36.000 américains participant à la National Epidemiologic Survey du National Institute on Alcohol Abuse and Alcoholism (NIAAA/NIH), une étude portant sur l’association entre la consommation d’alcool et de drogues et les troubles psychiatriques.
- - Sur le plan épidémiologique, l’association entre le taux d’utilisation -qui, aux États-Unis a plus que doublé entre 2001-2002 et 2012-2013- et l’incidence du trouble de dépendance au cannabis, est claire. L’étude confirme également que la dépendance au cannabis est environ 2 fois plus fréquente chez les hommes que chez les femmes, chez les groupes d’âge plus jeunes et au sein des catégories socio-professionnelles plus défavorisées.
- - Globalement, sur la dernière année, 2,5% des adultes, soit près de 6 millions Américains ont reçu un diagnostic de dépendance au cannabis, et, en cumul, 6,3% de la population ont satisfait aux critères diagnostiques de la dépendance, à un moment donné dans leur vie.
- - La consommation régulière de cannabis apparaît également associée à d’autres troubles de la toxicomanie, du comportement et à des handicaps.
- - Cette dépendance reste en grande partie non traitée, alors que les chercheurs estime qu’elle va concerner environ 3 utilisateurs réguliers sur 10. Ainsi, seulement environ 7% des personnes ayant éprouvé une dépendance temporaire et 14% des personnes dépendantes « à vie » auront accès à une thérapie ou un traitement adaptés.
Une image trop positive du cannabis ? « Un nombre croissant d’adultes ne perçoivent pas son usage comme néfaste. Et si certains utilisateurs peuvent l’utiliser sans dommages, d’autres utilisateurs font l’expérience de conséquences négatives, dont des troubles mentaux et physiques et une altération du fonctionnement handicapante au quotidien ». De plus, toujours selon les auteurs, leurs résultats démontrent que les personnes dépendantes au cannabis sont plus vulnérables à d’autres troubles de santé mentale. Il s’agit donc de développer des interventions permettant d’identifier, de prévenir et de traiter cette dépendance : « Nous croyons fermement que plus d’éducation sur les dangers associés à l’usage du cannabis est impératif ».
Source : American Journal of Psychiatry 2015 DOI : 10.1176/appi.ajp.2015.15070907 Prevalence and Correlates of DSM-5 Cannabis Use Disorder, 2012-2013 : Findings from the National Epidemiologic Survey on Alcohol and Related Conditions–III (Schéma JAMA)
Cette actualité a été publiée le 17/03/2016 par P. Bernanose, D. de publication, avec la collaboration de P. Pérochon, diététicien-nutritionniste, coordinateur éditorial.
P.-S.
Message personnel :
Ce qui fait la force de cette étude, c’est qu’elle a su s’adresser à un grand nombre d’utilisateurs de cannabis. Je reviendrais à la fin du PS sur cette idée et j’en profite pour lancer un appel : il faut que les médecins et les chercheurs s’affranchissent du tout répressif et des politiciens en se s’ouvrant vers les consommateurs de cannabis, les seuls capables à leur apporter de vraie réponses.
Je pense que l’article qui suit a tout à fait raison : il y a une minorité de personnes qui ne supportent pas (plus) ou n’aiment pas (plus) les effets du THC.
Cela peut aller d’une sorte de déprime et d’apathie, une sorte de déplaisir lors de la sensation d’euphorie, des problèmes comportementaux, psychiatriques mêmes, pour certains sujets prédisposés, un rejet des autres, un ralentissement excessif des activités journalières, un empêchement pour conduire et travailler ... bref, cela ne vous gêne peut-être pas à votre niveau mais comprenez qu’il y a de personnes qui ne le vivent pas comme vous et moi !
Rebref, l’intelligence de l’approche qui semble intéresser Sante log, est d’affirmer : "la plupart des personnes vivent très bien le cannabis mais une minorité des consommateurs éprouve des troubles avec leur addiction et des difficultés à stopper leurs consommations. Ceux-là ont besoin d’aide, pas les autres". Ce qui s’inspire de la parabole Christique sur les médecins et leurs patients (…Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades …).
Évidemment, l’étude est étasunienne et tient compte des légalisations de quelques états de cette nation. Ce n’est pas en France que les chercheurs s’exprimeraient en ces termes.
Les données fournies par l’étude nos permettent même de quantifier approximativement ce fait :
3 utilisateurs réguliers sur 10 éprouveraient plus ou moins des troubles. Et entre 7 et 14 % de ceux-ci réclameraient ou nécessiteraient des soins. Soit, dans une fourchette large, entre 2 et 4 % des utilisateurs réguliers qui nécessiteraient de soins. Dites : c’est beaucoup-beaucoup moins qu’avec l’alcool ... mais ce n’est pas une raison pour sacrifier - laisser tomber - les 2 à 4% concernés.
L’inquiétude de l’étude serait que comme les "erreurs" (pour rester poli) du passé ont fortement nuit à la crédibilité de la prévention en matière de cannabis (l’étude ne l’évoque pas mais je vous assure qu’il en est tenu compte), il se pourrait qu’une image aujourd’hui trop positive du cannabis, ait le même résultat.
Pour autant, je ne suis pas certain que puisse être le cas. Les activistes cannabiques de tous pays sont globalement ouverts à l’idée de la prévention intelligente et ne s’opposeront pas à sa diffusion comme cela a été le cas à l’époque où on accusait le cannabis de faire « pousser des oreilles aux fesses ». Et p’tête même que si on nous le demandait gentiment, nous ferions l’effort d’en diffuser un peu plus ! Sauf pour les clips-vidéos : il faut vraiment que nous mettions notre nez dedans car nous les trouvons ringard à pleurer ou risibles, cela dépend lesquels … !
La perche est tendue … associer les consommateurs à la prévention est loin d’être imbécile : les deux parties peuvent bénéficier d’expériences en retour. Jadis cela aurait été impossible, à cause que la Prohibition colportait trop de théories fausses. Mais si aujourd’hui, c’est pour établir et faire connaitre des vérités ... "ça peut le faire" ! D’autant que si j’ai bien compris, il y a l’idée d’une possible légalisation pour adultes derrière ce Bazard … c’est bien dans ce souci que l’étude ci-dessus a été commandée, non ?
C’est le système prohibitionniste qui empêche toute bonne prévention : par exemple, en France, il existe des arguments – des vérités – qu’on ne peut pas dire, ne pas utiliser sous peine de tomber sous le coup de la Loi. Ce qui est dingue, pour un pays qui se définit comme un modèle de démocratie … ! Amorcer un dialogue avec ceux qui demandent plus de prévention obligera peu à peu les pouvoirs publics à évoluer, à suivre la marche du siècle …
JLB