CH : Un policier pour légaliser dans l’espace privé

www.20min.ch 17.05.2014

« Il faut légaliser la production et la consommation de cannabis dans l’espace privé », affirme Olivier Guéniat, chef de la police judiciaire neuchâteloise et expert reconnu en la matière. Selon lui, le modèle répressif en vigueur est un échec. Le policier rentre d’Uruguay, où il s’est rendu en tant que membre d’un groupe d’experts et d’une commission fédérale.

« Nous avons un mandat de l’Office fédéral de la santé publique, qui a financé le voyage et auquel nous devons rendre un rapport sur ce qui se fait dans ce pays », déclare-t-il dans une interview parue samedi dans les quotidiens neuchâtelois « L’Express » et « L’Impartial ».

L’Uruguay est devenu en décembre dernier le premier pays au monde à voter une loi qui place toute la chaîne de production du cannabis sous l’autorité de l’Etat. Selon cette loi, les consommateurs de cannabis - âgés d’au moins 18 ans, résidents en Uruguay et inscrits sur un registre d’utilisateurs - peuvent acheter 10 grammes de marijuana par semaine.

Le cannabis peut y être cultivé par des particuliers pour leur usage personnel ou acheté en pharmacie. « Je ne vois que du bien dans cette expérience », affirme Olivier Guéniat. « L’Uruguay fait le pari que cette mesure fera diminuer la pauvreté, la violence et la criminalité. » Et d’ajouter qu’un « système de monitoring extrêmement sérieux y a été mis en place », afin de surveiller et mesurer les effets de la loi.

Chasser le marché noir

Car en Suisse aussi, « la répression seule ne répond plus aux problèmes actuels », selon le chef de la police judiciaire. « Le marché du cannabis est le premier marché illicite dans notre pays. Si l’on veut préserver la sécurité dans notre espace public, aujourd’hui mis à mal par des violences, il faut chasser ce marché de nos rues. »

« L’immense majorité des consommateurs d’aujourd’hui enfreignent la loi, mais ce ne sont pas des criminels pour autant », affirme M. Guéniat. Il propose donc de confiner la production et la consommation de cannabis dans l’espace privé.

L’Etat autoriserait les consommateurs à s’organiser dans le cadre privé. Une autorisation accordée à ceux qui en feraient la demande et qui payeraient un certain montant annuel, « par exemple quelques centaines de francs. »

« Avec l’argent récolté, l’Etat pourrait financer des mesures de prévention et de détection précoce. » Parallèlement, la répression pourrait se concentrer sur le marché illicite. « Les amendes infligées pour détention de cannabis dans l’espace public devraient être beaucoup plus dissuasives qu’aujourd’hui, par exemple 1500 francs. »

Trouver un consensus

Selon le policier, « tout le monde est convaincu qu’une diminution de la demande entraînera une diminution de l’offre (sur le marché noir, ndlr), et une amélioration de la sécurité publique. » Mais les avis divergent quant à la manière et aux conséquences.

Reste en effet à convaincre sur le plan politique, car « changer la loi, c’est toucher à des fondements de notre société », admet encore M. Guéniat, qui se montre toutefois optimiste. « Comme on l’a vu à Genève, lorsque les élus sont bien informés, leur perception du problème change, et on parvient à trouver un consensus d’un bout à l’autre de l’échiquier politique. »

Un groupe de députés genevois interpartis avait proposé en mars dernier d’autoriser pendant trois ans dans le canton la culture, la distribution et la consommation de cannabis dans le cadre d’associations. Ce système permettrait de contrôler la qualité des produits et leur teneur en THC et de séparer les marchés du cannabis des drogues plus dangereuses, selon les initiants genevois.