Cannabis et affections cutanées chroniques

Publié par Seshata le 12 aout 2014

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Seshata est une écrivain cannabique freelance habitant à Amsterdam, aux Pays Bas.

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Cannabis et affections cutanées chroniques

Il a été démontré à maintes reprises que les préparations à base de cannabis pouvaient soulager les symptômes d’affections cutanées chroniques telles que l’eczéma et le psoriasis, et que le système endocannabinoïde semblait jouer un rôle de premier plan dans la régulation de divers processus clés à l’œuvre dans l’inflammation. En fait, le déséquilibre du système EC (endocannabinoïde) pourrait bien être une cause sous-jacente importante de ces affections.

Quelles sont les causes des affections cutanées chroniques ?

L’eczéma se caractérise par une peau sèche et rugueuse qui peut craquer, couler et suinter dans les cas les plus graves (Care_SMZ)

Les affections chroniques de la peau telles que le psoriasis ou l’eczéma (officiellement connu sous le nom de dermatite atopique) peuvent avoir pour cause des facteurs génétiques, environnementaux ou liés au mode de vie, ou une combinaison des trois. Le psoriasis peut également toucher des personnes suivant certains traitements sur prescription médicale (notamment les bêta bloquants, les anti-inflammatoires non stéroïdiens ou AINSI, et le lithium), ou des personnes au système immunitaire très affaibli – par exemple les personnes atteintes du VIH. La prévalence du psoriasis varie considérablement d’un pays à l’autre, et on l’estime autour de 2 à 4 % dans les pays occidentaux.

Les facteurs liés au mode de vie ont une influence sur la fréquence et la gravité des affections courantes de la peau, notamment l’obésité, le tabagisme, le stress, la santé précaire en général, la mauvaise alimentation et la consommation d’alcool. Parmi les causes environnementales, on peut citer les changements de saison ou de climat, en particulier ceux impliquant un changement radical de l’hygrométrie. En ce qui concerne l’eczéma, on suppose que les environnements humains excessivement stériles peuvent contribuer au développement d’allergies chez l’enfant ; en outre, il semble que l’allergie aux acariens soit étroitement liée à cette affection. On estime que l’eczéma touche environ 10 % de l’humanité, à des degrés de gravité divers ; dans certaines régions, on évalue la prévalence de la maladie sur la durée de la vie à pas moins d’un tiers de la population, et elle semble gagner du terrain au fil du temps.

Symptômes de la dermatite

Il existe plusieurs formes de dermatite, les deux plus courantes étant la dermatite atopique ou chronique (eczéma) et la dermatite de contact ou aigüe (provoquée par le contact direct avec un allergène ou un irritant, et souvent confondue avec l’eczéma). Les symptômes vont généralement des rougeurs de peau et éruptions cutanées bosselées à des boursouflures et lésions importantes dans les cas graves. Les boursouflures et les lésions peuvent couler ou suinter et laisser des cicatrices disgracieuses.

Le symptôme le plus courant est la peau sèche et les démangeaisons ; les zones les plus souvent touchées incluent le canal cubital et le creux poplité (le pli des genoux ou des coudes, respectivement), les poignets, les mains et le visage. L’eczéma peut être extrêmement invalidant, mais n’est pas mortel. Toutefois, les infections résultantes qui s’immiscent au travers de la peau atteinte de lésions ont parfois été la cause de décès. L’infection par un staphylocoque ou un streptocoque est très courante dans l’eczéma. Dans certains cas rares, elle peut évoluer en infection généralisée et vers une septicémie. En outre, le virus herpès simplex peut infecter la peau touchée par l’eczéma et provoquer une affection extrêmement grave appelée eczéma herpeticum, qui peut à son tour provoquer une « superinfection » bactérienne, voire la mort.

Symptôme du psoriasis

Le psoriasis se manifeste par des plaques de peau sèche et enflammée qui durcissent et deviennent squameuses avant de tomber (Wikimedia Commons)

Le psoriasis revêt également différentes formes. Sa forme la plus connue est le psoriasis vulgaris ou psoriasis en plaques. Les « plaques » auxquelles font référence cette terminologie sont des boursouflures enflammées (souvent approximativement circulaires) recouvertes d’une substance argentée, squameuses, ayant l’apparence d’une plaque. Ces plaques apparaissent habituellement au niveau des coudes, des genoux, du cuir chevelu et du dos. Le psoriasis vulgaris touche jusqu’à 90 % des personnes atteintes de psoriasis. Le psoriasis prend d’autres formes, notamment le psoriasis pustuleux, qui provoque des bosses ou pustules contenant du pus qui s’accompagnent de démangeaisons graves et d’une sensibilité exacerbée. Les pustules apparaissent habituellement sur les mains et les pieds, ou aléatoirement sur tout le corps.

Il existe une forme rare et potentiellement mortelle de la maladie, connue sous le nom de psoriasis érythrodermique. Cette maladie invalidante peut provoquer une inflammation et une exfoliation de la majeure partie de la peau du malade. La gravité de cette inflammation et la perte de peau peuvent atteindre une telle ampleur que la régulation normale de la température et la fonction de barrière cutanée sont irrémédiablement perturbées, ce qui peut entraîner le décès du patient.

Influences génétiques sur l’eczéma et le psoriasis

Des personnes atteintes d’eczéma se sont avérées porteuses de variations du gène FLG, qui encode l’expression d’une protéine appelée filaggrine, qui est cruciale pour la régulation du stratum corneum (ou couche cornée), la couche superficielle de l’épiderme. La filaggrine se lie aux brins libres de kératine et la contraint à former une matrice au sein des cellules kératinocytes de l’épiderme. Cette matrice dure et imperméable est la base de la barrière étanche qui constitue la couche extérieure de la peau humaine ; elle maintient la peau hydratée en empêchant l’évaporation et en absorbant l’eau. Les variations du gène FLG ont également joué un rôle dans une autre maladie de peau invalidante, l’ichtyose vulgaire, qui donne à la peau une apparence squameuse en raison d’une surproduction de kératinocytes.

Le psoriasis, qui induit également une surproduction de kératinocytes, revêt une forte association génétique ; environ un tiers des malades font état d’une histoire familiale autour de cette maladie. On suppose que plusieurs gènes interagissent pour déterminer l’apparition du psoriasis, mais nous ne comprenons pas encore tout à fait de quelle manière. Environ trente-six différents locus présentant une susceptibilité au psoriasis ont été découverts sur les chromosomes. Les gènes découverts sur ces locus jouent un rôle dans la réaction inflammatoire, et plusieurs d’entre eux ont été impliqués dans d’autres maladies auto-immunes ainsi que dans le psoriasis.

Affections cutanées chroniques et réaction immunitaire

L’eczéma et le psoriasis impliquent tous deux une réaction immunitaire atypique. Le psoriasis est considéré comme une maladie auto-immune par nature, car il ne se manifeste pas à cause d’un allergène externe, mais à cause d’un dysfonctionnement du système immunitaire qui permet à la maladie de s’attaquer à des tissus précédemment sains. L’eczéma est une réaction généralisée à la présence d’allergènes externes, ce n’est donc pas une maladie auto-immune – bien qu’il se manifeste souvent chez des personnes souffrant d’autres maladies auto-immunes et que d’autres formes de dermatite aient une composante auto-immune.

En particulier, l’eczéma et le psoriasis sont des affections causées par une réaction inflammatoire atypique. La réaction inflammatoire est une composante essentielle du système immunitaire : à la première exposition à un agent pathogène (ou pathogène apparent dans le cas d’une maladie auto-immune telle que le psoriasis), le système sanguin véhicule du plasma sanguin et des leucocytes en quantités accrues vers les tissus affectés. Ces fluides s’accumulent ensuite, provoquant un gonflement caractéristique ; l’augmentation du débit sanguin dans la zone affectée provoque une rougeur et une sensation de chaleur, et les démangeaisons et la douleur apparaissent, en raison de la libération de composés qui stimulent les terminaisons nerveuses.

Huile de chanvre et affections de la peau

L’efficacité de l’huile de chanvre pour réduire les symptômes de l’eczéma et du psoriasis a été démontrée

L’application de plusieurs huiles et émollients, tels que la vaseline, la cire d’abeille, l’huile d’amande, l’huile d’olive et diverses préparations synthétiques, permet une réduction des symptômes du psoriasis et de la dermatite. Étant donné que ces affections se caractérisent toutes par une peau exagérément sèche, les produits capables d’hydrater la peau tout en évitant une irritation supplémentaire sont fondamentaux pour leur traitement. Dans le cas de l’eczéma et du psoriasis, le dessèchement de la peau survient en raison d’une perte insensible en eau (PIE) excessive, une inflammation persistante empêche la peau de jouer son rôle de barrière et de régulateur de la diffusion et de l’évaporation.

Au-delà de leur pouvoir hydratant direct, des composés présents dans certains produits pourraient être la clé pour contrôler le déséquilibre à l’origine de la maladie. Avec l’huile de chanvre et plusieurs autres huiles naturelles, la concentration élevée en acides gras polyinsaturés (AGPI) est censée réduire les démangeaisons et l’inflammation plus efficacement que les hydratants dont la teneur en AGPI est faible. À cet égard, l’acide linoléique semble revêtir un intérêt, bien que d’autres AGPI fassent également l’objet d’études.

AGPI alimentaires et hydratation de la peau

Les AGPI sont typiquement incorporés au régime alimentaire, et nous disposons d’éléments permettant de supposer que l’huile de chanvre alimentaire peut augmenter leur concentration dans l’épiderme et leur conférer un profil d’acide gras plus comparable à ceux présents dans une peau dite « normale ». Dans une étude finlandaise publiée en 2005, les chercheurs ont comparé l’huile de chanvre et l’huile d’olive, et ont découvert que la première démontrait une efficacité nettement accrue contre l’eczéma. L’huile de chanvre alimentaire s’est avérée augmenter les niveaux endogènes de deux acides gras essentiels (AGE) – l’acide linoléique (oméga 6) et l’acide α‐linoléique (oméga 3) – et stimuler les niveaux d’AGPI non essentiels – l’acide γ-linoléique (oméga 6). En outre, la perte insensible en eau a reculé, l’état d’assèchement de la peau et les démangeaisons ont semblé s’améliorer, bien que cela soit subjectif, et le besoin perçu de traitement chez les patients a diminué.

Bien qu’aucune étude spécifique au chanvre n’ait été apparemment réalisée sur le psoriasis, les preuves empiriques abondent, et plusieurs études ont attesté du potentiel d’utilisation des AGPI pour cette affection également. Depuis un certain temps, le lien entre la faible prévalence du psoriasis et la consommation élevée d’AGPI issus de l’huile de poisson dans certaines populations (par exemple les Inuits) a été établi, bien que dans ce cas on suppose que deux AGPI non essentiels, l’acide eicosapentaénoïque et l’acide dihomo-γ-linolénique, ont un potentiel particulier pour réduire ces symptômes. L’huile de chanvre est principalement composée d’acide linoléique et d’acide α‐linolénique. Au contraire, l’acide arachidonique, un AGPI non essentiel, est censé jouer un rôle dans le développement du psoriasis.

Ratio de la composition de l’huile de chanvre

À mesure que nous progressons dans notre compréhension des mécanismes à l’œuvre dans l’inflammation chronique, nous découvrons que les maladies qui affectent la peau (l’une des barrières anatomiques essentielles jouant un rôle dans la réponse immunitaire), telles que l’eczéma et le psoriasis, sont étroitement liées à une autre barrière majeure : le tractus gastro-intestinal. Ainsi, il est probable que les problèmes sous-jacents liés à l’absorption ou l’utilisation d’AGPI dans le tractus GI jouent également un rôle dans le développement des affections cutanées chroniques.

On a observé que les profils d’acide gras de l’huile de chanvre variaient selon le cultivar, avec l’acide linoléique représentant jusqu’à 50-70 % (α- et γ-) et l’acide linolénique 15-25 % du volume total ; la concentration en acide γ-linolénique peut être de seulement 0,8 % et atteint parfois 2,46 %. À mesure de nos progrès dans la connaissance des complexités liées aux niveaux d’AGPI et à la santé cutanée, différents cultivars peuvent s’avérer être utiles dans différentes affections, ou des cultivars spécifiques peuvent même être élevés à dessin.

Cannabinoïdes et santé cutanée

On a établi de façon relativement certaine que l’eczéma et le psoriasis réagissaient bien aux traitements riches en AGPI. Cependant, les AGPI sont extrêmement répandus et peuvent provenir de sources multiples (l’huile de chanvre en est toutefois une source abondante, avec un ratio généralement favorable). Les cannabinoïdes, d’autre part, sont presque exclusivement présents dans le cannabis, et ils ont également démontré avoir un effet non négligeable sur les affections cutanées chroniques. Les cannabinoïdes sont bien connus pour jouer un rôle dans la régulation du processus inflammatoire, et il semble que cela pourrait bien être la clé de leur capacité à soigner l’eczéma et le psoriasis.

La présence en abondance de sites récepteurs de cannabinoïdes dans le tractus gastro-intestinal (qui, à l’instar de la peau, est l’une des barrières physiques essentielles du système immunitaire) est largement documentée. D’autre part, la recherche récente nous a révélé que la peau était également dotée de son propre système endocannabinoïde, qui participe à réguler la production de diverses hormones et protéines (notamment les cytokines, qui jouent également un rôle dans la réponse immunitaire), ainsi que divers processus cellulaires dont la prolifération, la différentiation et l’apoptose (mort cellulaire programmée). Ainsi, le déséquilibre de ce système peut également être à l’origine de l’apparition d’affections cutanées chroniques telles que le psoriasis et l’eczéma, et le développement de thérapies ciblées à base de cannabinoïdes pourrait nous aider à les contrôler.

Une étude publiée en 2007 a démontré que le THC, le CBD, le CBN, le CBG et l’anandamide présentaient tous une certaine efficacité pour inhiber la production de kératinocytes dans l’épiderme. Étant donné l’implication de la surproduction de kératinocytes dans le psoriasis, ces résultats plaident en faveur de recherches complémentaires dans le domaine des thérapies à base de cannabinoïdes pour soigner cette maladie. Des récepteurs de cannabinoïdes ont été découverts même dans les plus petites fibres nerveuses contrôlant les follicules pileux ; il a également été démontré que les kératinocytes pouvaient lier et métaboliser l’anandamide, l’endocannabinoïde le plus prolifique.