Cannabis et tétanos

Publié par Seshata le 07 Février 2014

http://sensiseeds.com/fr/blog/canna...

Cannabis – un traitement historique pour le tétanos

Le tétanos est une maladie infectieuse provoquée par la bactérie Clostridium tetani, qui se déclenche typiquement après contamination d’une plaie ouverte. Bien que les cas de tétanos dans le monde soient de plus en plus rares grâce à l’amélioration des systèmes de santé et des programmes de vaccination, la maladie demeure un grave problème dans de nombreux pays en voie de développement.

Qui est touché par le tétanos ?

Un tableau réalisé en 1809 par Sir Charles Bell, décrivant la cambrure du dos fréquente chez les personnes atteintes de tétanos (Wikimedia Commons)

On associe souvent le tétanos aux clous ou aux lames rouillés, car la surface irrégulière du métal oxydé offre une superficie plus grande à coloniser pour la bactérie, et la partie pointue ou coupante provoque la plaie elle-même. Le tétanos prospère particulièrement sous des climats chauds et humides et dans des endroits au sol riche en fumier – les spores reproductrices sont distribuées par l’intermédiaire des excréments du bétail.

De nos jours, la majeure partie du monde développé est dotée de programmes de vaccination efficaces, de sorte que les seuls cas survenant dans ces pays concernent des personnes qui ne sont pas à jour de leurs rappels de vaccination (qui doivent être effectués tous les dix ans). En outre, les toxicomanes qui s’injectent de l’héroïne constituent une population à risque élevé. En 2010, 61 000 décès dus au tétanos ont été recensés – soit moins de 25 % des 272 000 cas enregistrés en 1990.

Une grande part de la diminution mondiale des cas de décès est imputable aux progrès importants réalisés ces dernières années dans l’éradication du tétanos maternel et néonatal (TMN) dans les pays développés. Le tétanos néonatal survient, généralement au niveau de la coupure du cordon ombilical, chez les enfants n’ayant pas acquis une immunité « passive » du fait de la non-immunisation de la mère. Au plan mondial, ces cas représentent environ 8 % de l’ensemble des cas de mortalité néonatale.

Le tétanos maternel désigne le tétanos pendant la grossesse, et survient généralement à cause de pratiques ou d’infrastructures médicales non sûres. Au cours des récentes années, des millions de femmes en âge de procréer et vivant dans des régions à haut risque ont été immunisées contre le tétanos, avec des résultats spectaculaires.

Quels sont les symptômes du tétanos ?

Les symptômes les plus connus du tétanos sont les raideurs et les spasmes musculaires, qui débutent généralement au niveau de la mâchoire (« jaw » en Anglais, d’où le terme anglais familier « lockjaw », ou littéralement « verrouillage de la mâchoire » pour parler du tétanos) avant de se propager dans le reste du corps. Ces spasmes sont d’abord légers (ils commencent entre 4 et 21 jours après l’exposition initiale à la maladie), mais progressent jusqu’à entraîner diverses conséquences problématiques.

Lorsqu’il atteint les muscles du dos, le tétanos peut provoquer une cambrure ; lorsqu’il touche le larynx et le diaphragme, il se traduit souvent par des problèmes respiratoires. Excès de salive et de transpiration, hypertension, fièvre, augmentation du rythme cardiaque, difficultés de déglutition et miction et défécation incontrôlées sont autant de problèmes avérés. La gravité des spasmes peut également provoquer des déchirures musculaires et même des fractures osseuses.

Un nourrisson atteint de tétanos néonatal, présentant le dos cambré et des spasmes musculaires des mains, caractéristiques de la maladie (Wikimedia Commons).

Mortalité du tétanos

S’il n’est pas soigné, le tétanos aboutit souvent à la mort. Les problèmes respiratoires peuvent s’aggraver au point de provoquer l’asphyxie, ou le rythme cardiaque et l’arythmie peuvent atteindre un seuil tel qu’ils provoquent un arrêt du cœur. L’arrêt du cœur peut également avoir pour cause le manque d’oxygène, ou une combinaison des effets sur le système nerveux autonome (le système qui contrôle le rythme cardiaque, la respiration et la plupart des fonctions dites involontaires de l’organisme) provoquant une défaillance totale du système circulatoire.

Le tétanos est mortel dans plus de 50 % des cas dans les pays en développement ; le tétanos néonatal est encore plus dévastateur avec un taux de mortalité évalué à 70 %. Dans les pays développés, la mortalité a été réduite à environ 10 à 20 % des cas. Les cas graves nécessitent souvent des mesures médicales intensives qui ne sont pas généralisées en dehors des pays développés.

Comment le tétanos produit-il ses effets ?

L’action de la bactérie du tétanos, la C. tetani, à l’intérieur du corps produit une neurotoxine extrêmement puissante appelée tétanospasmine. On estime que seulement 240 g de tétanospasmine suffiraient pour anéantir la population mondiale dans son intégralité. Cette toxine affecte les muscles squelettiques en s’agglutinant aux terminaisons nerveuses périphériques, remontant ensuite le long des jonctions synaptiques jusqu’à atteindre le système nerveux central.

Une fois à l’intérieur du SNC (système nerveux central), la toxine est capable de bloquer les neurotransmetteurs inhibiteurs clés dont la fonction est d’inhiber les impulsions nerveuses le long des motoneurones (nerfs qui contrôlent les mouvements). Sans ces neurotransmetteurs, les impulsions permanentes produites naturellement par les neurotransmetteurs excitateurs ne sont plus contrôlées, et les muscles contrôlés par les nerfs moteurs ainsi hyperstimulés sont soumis à des spasmes.

O’Shaughnessy décrit le traitement du tétanos avec le cannabis

Selon un article présenté dans le Provincial Medical Journal (devenu par la suite le British Medical Journal), le docteur en médecine irlandais William B. O’Shaughnessy (1809-1889), qui officiait en Inde pour l’administration britannique, est sans doute à l’origine de l’introduction en 1843 du cannabis dans la médecine générale occidentale contemporaine.

Dans cet article, O’Shaughnessy décrivait à merveille avoir traité avec succès les spasmes musculaires de patients atteints du tétanos avec de l’extrait de Cannabis indica, et déclenchait les années suivantes une série d’études sur le sujet.

Dans son étude, il administrait à un patient atteint du tétanos, qui avait été traité avec des doses importantes d’opium sans aucun résultat, de l’extrait de cannabis dissout dans l’alcool. Après environ dix jours de traitement, les symptômes du tétanos avaient disparu, mais le patient était décédé plus tard des suites de complications provoquées par la plaie à l’origine de la maladie. Toutefois, deux autres patients traités à l’extrait de cannabis avaient été complètement guéris.

La bactérie Clostridum tetani, responsable du tétanos (Sanofi Pasteur)

Autres exemples historiques

O’ShaughnessyIl citait également deux autres médecins exerçant dans des hôpitaux de Calcutta, qui avaient traité avec succès des patients atteints de tétanos avec de l’extrait de cannabis : un certain docteur O’Brien, qui avait conduit cinq patients sur sept à la guérison, et un certain docteur Bain qui avait traité trois patients et en avait sauvé deux, le troisième patient n’ayant pas survécu. O’Shaughnessy citait également le cas d’un patient de son cousin, médecin lui aussi, traité avec succès jusqu’à son complet rétablissement.

Sur la base du travail d’O’Shaughnessy et de travaux ultérieurs relatés par d’autres auteurs, l’extrait de cannabis est devenu un traitement courant contre le tétanos en Europe et aux États-Unis, avec des résultats variables. Dans un article de 1845, un certain docteur James Ingles originaire d’Halifax, Angleterre, décrivait avoir pu soulager des symptômes graves du tétanos en administrant du cannabis ; toutefois, le patient n’avait pas survécu.

Dans un autre article présenté dans le New England Journal of Medicine en 1846 et rédigé par un certain docteur Isaac Hiester originaire de Reading, en Pennsylvanie, ce dernier décrivait le traitement réussi en l’espace de deux semaines d’un garçon de 16 ans présentant des symptômes aigus du tétanos.

Un médecin bulgare, Basilus Beron, tellement persuadé de l’efficacité de l’extrait de cannabis contre le tétanos, écrivait en 1852 dans une thèse qui devait faire date : « après avoir essayé pratiquement tous les traitements antitétanos sans aucun résultat, le malade … fut totalement guéri après avoir utilisé du chanvre indien ».

Le cannabis et le système nerveux autonome

Peu de recherches ont été consacrées à l‘époque moderne au cannabis comme traitement de la spasticité musculaire et des symptômes apparentés au tétanos. Cependant, diverses études ont étudié les propriétés du cannabis pour traiter les dysfonctionnements du système nerveux autonome (également appelé système nerveux sympathique ou périphérique).

Le cannabis a démontré son efficacité pour atténuer la spasticité musculaire provoquée par la sclérose en plaques (SEP) et la maladie de Huntington (MH), deux maladies touchant les motoneurones. L’un des neurotransmetteurs inhibiteurs clés bloqués par la neurotoxine tétanospasmine est l’acide y-aminobutyrique (GABA), qui joue également un rôle dans la SEP et la MH. Diminution de la quantité de GABA et spasmes musculaires

Des essais cliniques ont démontré que, lorsqu’ils sont traités à la gabapentine, un médicament qui augmente la concentration en GABA dans le système nerveux central, la spasticité musculaire des malades atteints de SEP est réduite de manière significative. Dans la MH, une maladie cérébrale dégénérative qui aggrave la perte de coordination motrice, la concentration en GABA s’avère significativement réduite. Puisque les spasmes provoqués par le tétanos sont causés par l’inhibition du neurotransmetteur GABA, il semble que des processus comparables soient à l’œuvre.

Cas de tétanos dans le monde, 1990-2004. Les régions les plus sombres sont celles où la prévalence de la maladie est la plus élevée (Wikimedia Commons)

Plusieurs études suggèrent que le THCV, un antagoniste du récepteur CB₁, et l’antagoniste non spécifique CBD, contribuent à augmenter la quantité de GABA ; réciproquement, des études indiquent également que le THC, un agoniste non-spécifique, diminue la quantité de GABA, bien qu’il semble que cet effet puisse être inversé dans certaines circonstances.

Cannabis et bactéries à Gram positif

Le cannabis s’est avéré capable de détruire divers types de bactérie à Gram positif, notamment les bactéries Bacillus subtilis et Staphylococcus aureus (la bactérie qui provoque le SARM, Staphylococcus aureus résistant à la méticilline). Le tétanos est également une bactérie à Gram positif. Il semble toutefois qu’aucune étude sur l’action des cannabinoïdes sur la bactérie C. tetani elle-même n’ait été réalisée.

Le THC et le CBD sont tous deux des agents bactéricides Gram positif efficaces connus, et de récentes études ont démontré que les cannabinoïdes CBN, CBG et CBC ont également une activité antibactérienne puissante contre le SARM. Le cannabis a-t-il sa place dans les traitements modernes du tétanos ?

Alors que le tétanos est rapidement éradiqué dans le monde entier, et que l’accès aux vaccins se généralise, l’importance du cannabis dans la prise en charge de la maladie diminue toute évidence par rapport aux époques passées, lorsque ni vaccins ni traitements efficaces n’existaient.

La maladie est néanmoins toujours significative au plan mondial, et étant donné que bon nombre des pays qui sont encore touchés par le tétanos sont également de gros pays producteurs de cannabis, il pourrait s’avérer profitable de consacrer d’autres études à l’utilisation du cannabis en tant que méthode peu onéreuse de la prise en charge des symptômes de la maladie.