Cannabis, fortes angoisses et anxiétés : des effets toxiques et délétères ... de la prohibition !
Ce qui suit est quasi-historique : Drogue Info Service (DIS), l’incontournable enseigne française au sein d’un panel d’organismes de lutte contre les addictions, produit une question pertinente par le sujet auquel elle renvoie et impertinente à l’adresse de la prohibition, quand la réponse qui y est faite. DIS se méfierait autant des anti-cannabis extrémistes que des pro-légalisation du même ordre ? Leur point de vue s’orienterait alors vers la "troisième voie" (Échec de la prohibition, légalisation contrôlée, renforcement de la prévention) ? C’est ce que laisse supposer la lecture de cette page ! Découvrez le par vous-même !
http://www.drogues-info-service.fr/...
Question posée le 12 mars 2014 par Tototot . Réponse donnée le 13 mars 2014.
Votre question :
Cannabis, anxiété et maladies psychiatriques
« Bonjour, j’ai 25 ans et je fume quotidiennement depuis presque 5 ans (2,3 par jour). J’ai fait une première crise d’angoisse il y a maintenant 2 ans (quelques mois après le décès d’un de mes meilleurs amis) et j’alterne toujours de forts épisodes anxieux. Je suis obnubilé par l’impact du cannabis sur ma santé et notamment sur ma santé mentale (peur d’être schizophrène, de devenir fou...), malgré le fait que deux psychiatres m’aient assuré que je ne souffrais "que" d’anxiété.
Ces deux professionnels ont pourtant été très rassurant sur ma consommation de cannabis et absolument pas inquiet du couplage avec des antidépresseurs que j’ai suivi 6 mois. Aujourd’hui, je vois un psychologue de façon hebdomadaire et je me sens mieux malgré des périodes récurrentes d’angoisses plus diffuses.
Malheureusement, je n’arrive pas à m’enlever l’angoisse d’une maladie psychiatrique (schizophrénie ou plus largement devenir fou) et ce à cause je crois de mauvaises lectures sur des sites internet. En effet, des articles alarmistes déclaraient qu’une consommation longue et soutenue (plus de 5 joints par jour) entraînaient ce type de maladie.
J’ai arrêté complètement le cannabis 6 mois et je ne me suis vraiment pas senti mieux, j’ai donc repris. Mais maintenant, avant de fumer, j’anticipe et j’angoisse. Pour avancer sur mon état anxieux et arrêter de me focaliser "uniquement" sur le cannabis, pouvez-vous simplement me rassurer ? »
Notre réponse
Bonjour,
Vous souffrez manifestement de troubles anxieux, pour lesquels vous vous faites actuellement aider, c’est bien. Vous vous sentez effectivement mieux, même si vous traversez encore des "périodes d’angoisses plus diffuses".
Votre consommation de cannabis vous inquiète, autant qu’elle vous semble nécessaire, puisque vous avez choisi de recommencer à fumer après un arrêt relativement long. Vous lisez beaucoup sur internet, ce qui ne vous rassure pas vraiment. Il convient d’être prudent quant aux sources de ce que l’on trouve sur internet, dont la fiabilité varie grandement d’un site à l’autre... Vous avez lu qu’une consommation de cannabis pouvait déboucher sur l’apparition d’une maladie psychiatrique comme la schizophrénie. C’est vrai, mais seulement dans un cas très particulier où la maladie est déjà présente chez le consommateur, de façon latente, le cannabis n’étant en fait qu’un révélateur du trouble.
D’une façon plus générale, vous craignez de devenir fou. C’est un peu le propre des personnes qui souffrent d’anxiété chronique et/ou qui ont vécu une crise de panique. Il reste alors la crainte, plus ou moins forte, que cela se reproduise, de perdre le contrôle... Vous avez consulté deux psychiatres afin d’être rassuré, et leurs réponses semblent effectivement aller dans ce sens. Mais cela ne suffit pas et votre angoisse est toujours là. Il est souvent bien difficile, voire impossible, de rassurer complètement une personne anxieuse. Un argument peut toujours être discuté, une affirmation que tout va bien peut toujours être mise en doute, un article "rassurant" peut être suivi d’un autre qui l’est moins. La recherche de réassurance peut finalement s’avérer autant angoissante qu’apaisante, et ce processus est sans fin. Il faut donc se résoudre à... faire autre chose !
Votre consommation vous inquiète, mais vous continuez de fumer. C’est donc que cette dernière vous apporte quelque chose d’important pour le moment. Nous vous invitons à réfléchir à ce que le cannabis vous apporte, ce en quoi il vous aide. Sachant cela, vous pourrez alors réfléchir aux avantages et aux inconvénients de fumer, et aux avantages et inconvénients d’arrêter. Chacune des deux éventualités comportant bien sûr des avantages et des inconvénients, vous pourrez alors choisir celle des deux qui sera le moins susceptible d’entretenir votre angoisse.
Pour d’autres informations, ou tout simplement pour en parler, vous pouvez nous appeler au 0800 23 13 13 (Drogues Info Service, appel anonyme et gratuit depuis un poste fixe, tous les jours de 8h à 2h du matin).
Cordialement.
P.-S.
Le titre et le (double) sujet étant accrocheurs, je me dois d’en profiter pour développer de façon un peu plus large. Dans le cas de DIS, c’est comme si on donnait maintenant une audience aux préoccupations des réprimés du cannabis.
Or, des sujets du même ordre qui n’ont pas été abordés ici ... il y en a quelques uns ! Par exemple, un père de famille qui fume et doit déposer - aller chercher - ses enfants à l’école quotidiennement en voiture ! Même s’il fait des efforts en ne fumant que le soir pour ne plus être sous l’effet du produit la journée, les tests anti-cannabis le présenteront au juge comme un criminel qui envoie ses enfants à la mort ! Pour provoquer des angoisses, on ne peut pas trouver mieux !
"Personnellement, j’ai renoncé à garder et conduire un véhicule. Du coup, je n’ai plus d’angoisses à ce sujet mais ... Je suis maintenant à pied, en bus, en Tram, en train ... et j’ai horreur du bateau et des avions ! Je suis donc très affecté dans ma mobilité, autant pour travailler que dans ma vie privée ... On nous pousse à l’exclusion et la précarité matérielle comme morale" m’a confié une personne dans un mail.
Les femmes enceintes sont les premières en ligne pour ce qui est d’angoisser. Beaucoup de publications diffusent une information très alarmiste au sujet du thème cannabis et grossesse. Sujet dont nous avons déjà débattu plusieurs fois à Chanvre info. Entre les anomalies physiques et fausses couches supposées, des futures complication psychiatriques pour l’enfant annoncées, les mères qui fument culpabilisent à outrance comme en témoigne les commentaires qui accompagnent nos articles. Or, le stress excessif, "ça" c’est vraiment nuisible aux mères comme aux bébés qu’elles portent.
Je vous l’affirme, des exemples, on pourrait en trouver à la pelle : des gens qui se sont retrouvés avec leurs familles à dos, d’autres qui ont perdu leur emplois non à cause des effets de la substance, mais parce que cela s’est su qu’ils fumaient, l’exclusion dans les villages, les divorces, ... voici un panel de conséquences jamais abordées dans les médias mais pourtant plus ou moins vécus au quotidien par plusieurs millions de consommateurs de cannabis ! Tout cela n’est pas sans conséquences sociales, familiales et psychiatriques. On ne parle pas des suicides aussi, ni de ceux morts dans la misère à défaut de pouvoir payer des amendes astronomiques (exemple : Gérard Jubert - Éléphant rose). C’est la "double peine" de la prohibition : des conséquences possibles au pénal et d’autres plus que certaines car bien rodées, dans la sphère privée. Dans les faits, la prohibition du cannabis provoque bien plus de dégâts, dans la population concernée, que la plante n’en fait réellement.
C’est à ce niveau que je parle dans mon titre "des effets toxiques et délétères ... de la prohibition !" Il est aujourd’hui indispensable d’en parler et d’aborder le sujet dans le domaine publique. Cannabinophiles : à vos claviers ! "Videz votre sac" ! Ces gens qui "votent contre la drogue" n’ont pas conscience de tous les tords que provoque la prohibition du cannabis !
JLB