(France) "Cannabis, mariage gay, service national : la droite à l’épreuve des questions de société" par LCP Assemblée Nationale

Par Jason Wiels, publié le 25/10/2016 à 18:10, modifié le 25/10/2016 à 18:15

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Primaire à droite

Cannabis, mariage gay, service national : la droite à l’épreuve des questions de société

Plutôt convergents sur les questions économiques, les sept concurrents à la primaire de la droite marquent davantage leurs différences sur les sujets sociétaux. A la clé, de véritables désaccords philosophiques.

Photos :

  • Nathalie Kosciusko-Morizet
  • Jean-François Copé
  • François FILLON
  • Alain Juppé
  • Nicolas Sarkozy
  • Jean-Frédéric POISSON
  • Bruno LE MAIRE

Après avoir détaillé leurs programmes sur la fonction publique, l’éducation, la sécurité et le travail, LCP.fr vous résume les points de vue des sept candidats à la primaire de la droite sur les questions de société. Mariage homosexuel, PMA, GPA

La question de la famille homosexuelle continue de diviser à droite. Une majorité de candidats (Nathalie Kosciusko-Morizet, Bruno Le Maire, Nicolas Sarkozy, Jean-François Copé et Alain Juppé) ne souhaite pas revenir sur la loi dite du mariage pour tous, laissant aux couples homosexuels la possibilité de se marier et d’adopter des enfants.

François Fillon souhaite empêcher l’adoption plénière par les couples de même sexe, laissant comme seule alternative l’adoption simple, qui ne concerne qu’un parent. Jean-Frédéric Poisson, président du Parti Chrétien-Démocrate, est le seul à vouloir abroger la loi Taubira votée en 2013 par la gauche.

Nathalie Kosciusko-Morizet est la seule à plaider pour l’ouverture de la procréation médicalement assistée pour les couples de femmes.

En revanche, tous les candidats de la primaire de la droite et du centre s’opposent à la légalisation de la gestation pour autrui, qui ouvrirait la voie aux mères porteuses en France.

Lutte contre le cannabis

Ce n’est sans doute pas le sujet sur lequel se fera l’élection présidentielle, mais Nathalie Kosciuszko-Morizet a ouvert une brèche à droite en se déclarant favorable à la dépénalisation du cannabis :

"Je suis plutôt pour la dépénalisation, ça permet de continuer à envoyer un signal à la jeunesse, de continuer à dire c’est interdit parce qu’on pense que c’est problématique en terme de santé." - Nathalie Kosciusko-Morizet sur i-Télé

Alain Juppé et Bruno Le Maire prennent, eux, les habits du père fouettard, en proposant notamment une "amende d’une centaine d’euros pour les consommateurs de cannabis avec information à la famille". Dans les faits aujourd’hui, non seulement les 150 000 personnes interpellées chaque année pour détention de cannabis sont rarement condamnées à de la prison, mais ils écopent souvent d’un simple rappel à loi.

Bruno Le Maire espère aussi "casser l’image du cannabis (une drogue prétendument douce) et sortir de l’ambiguïté véhiculée aujourd’hui" par la création d’une Agence nationale de lutte contre les addictions. Autre mesure originale : organiser "un dépistage inopiné" en classe de seconde dans le cadre de la médecine scolaire.

(Non)-cumul des mandats

Votée par la gauche début 2014, la loi sur le non-cumul des mandats a été présentée comme un impératif pour "faire respirer" la vie politique française et accélérer le renouvellement des parlementaires, jugés peu représentatifs de la société française. Cette loi interdit le cumul de la fonction de député ou de sénateur avec un mandat exécutif local (maire, président de région...) à partir de 2017.

A droite, cette nouvelle donne révèle un vrai clivage générationnel. La jeune garde incarnée par Nathalie Kosciusko-Morizet et Bruno Le Maire - ainsi que François Fillon - soutiennent le non cumul.

"Le cumul des mandats a été supprimé, ne faisons pas ce cadeau à nos adversaires de le rétablir." - Bruno Le Maire, Ne vous résignez pas !, p. 48

Sensibles à la grogne des parlementaires de leur camp, Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé veulent au contraire rétablir le cumul. Alain Juppé propose un entre-deux : il faut, selon lui, voir au cas par cas. On peut être parlementaire et maire d’une petite ville, tranche-t-il par exemple.

Le plus en pointe sur cette question, Bruno Le Maire souhaite également mettre une limite au cumul des mandats dans le temps, et interdire plus de trois mandats successifs dans une même fonction. Une idée semble-t-il partagée par le chef de l’État.

Opposé au non-cumul des mandats, Jean-Frédéric Poisson souhaite cependant un "septennat unique non-renouvelable" pour le Président de la République.

Dépendance et fin de vie

Pour faire face au vieillissement de la société et cajoler un électorat fidèle (59% des plus de 60 ans ont voté Nicolas Sarkozy le 6 mai 2012), les candidats développent quelques mesures en faveur des personnes âgées.

Jean-François Copé reprend l’idée de faire travailler les actifs un jour férié (le 8 mai) pour "dégager 1,3 milliards d’euros", alors que Bruno Le Maire mise sur l’allongement de la durée du congé pour les aidants et la suppression des charges employeurs pour les emplois à domicile payés au SMIC.

Nicolas Sarkozy dénonce lui le "scandale" des personnes terminant leur vie dans l’"isolement" et veut créer une aide à l’hébergement pour les plus âgés. D’un coût de 500 millions d’euros, cette aide sera aussi récupérée sur les droits de succession. L’ex-président de la République veut aussi multiplier les places en maison de retraite :

"Un grand plan de création de places dans les maisons de retraite, pour anticiper l’arrivée aux âges les plus élevés des premières générations du baby-boom, à partir de 2025" - Nicolas Sarkozy, Tout pour la France, p. 220

Sur la question de la fin de vie, aucun candidat ne se prononce en faveur du suicide assisté, une pratique légalisée en Belgique ou en Suisse.

Service national

Faut-il revenir à un service national qui, s’il n’est pas forcément militaire, pourrait permettre de réveiller le sens du patriotisme chez les jeunes ? C’est en tout cas une piste à l’étude chez de nombreux candidats.

Si François Fillon et Alain Juppé ne voient pas dans le service militaire une réponse adaptée à nos besoins, Nicolas Sarkozy veut que les décrocheurs scolaires de 18 à 25 ans soient obligés d’en effectuer un. À défaut, leurs parents ne pourraient plus prétendre à "aucune aide sociale".

Pour Nathalie Kosciusko-Morizet et Jean-François Copé, ce sont tous les jeunes au sortir de l’enseignement obligatoire qui devraient accomplir "un service national de durée brève". Et le maire de Meaux de valoriser sa proposition par rapport à celle de Nicolas Sarkozy :

"Rien à voir avec la proposition absurde d’un service sanction pour les seuls décrocheurs ; tout à l’inverse, [c’est] un moyen privilégié de conforter le lien républicain tout en permettant de détecter alors qu’il en est encore temps les germes de radicalité" - Jean-François Copé, Mon contrat avec les Français

Enfin, Jean-Frédéric Poisson est le plus ambitieux sur le sujet. S’il est élu, le service national et universel sera rétabli. Il sera "militaire, dans la limite des besoins de l’armée" et aussi "social, environnemental, associatif ou scolaire". D’une durée de 10 mois, ce service national offrira selon lui aux jeunes "de nombreuses possibilités d’acquérir une expérience sociale et professionnelle favorisant leur accès à l’autonomie".

Jason Wiels