"Ces endroits où le cannabis peut vous coûter la vie" par Micha (Sensi Seeds)

Publié par Micha le 19 janvier 2016

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Ces endroits où le cannabis peut vous coûter la vie

L’Arabie saoudite et la Malaisie, les deux pires endroits

En 2015, l’Arabie saoudite a de nouveau procédé à l’exécution de prisonniers condamnés pour des crimes liés au cannabis. La majorité des condamnés à mort avait été reconnus coupables de délits liés à la drogue ; plusieurs étaient des étrangers acceptés au pays en tant que travailleurs invités au cheikhat. Au cours de l’année 2014, plus de 90 personnes avaient été exécutées (même Amnistie internationale ne peut fournir un nombre précis), et à la mi-décembre 2015, ce chiffre était passé à 161 personnes.

Et pourtant, l’Arabie saoudite n’est pas le seul pays en Asie qui impose des peines de mort aux coupables d’infractions liées au cannabis. À part au cheikhat, où le blasphème et la sorcellerie constituent aussi des délits entraînant la pendaison, la Malaisie est l’un des très rares pays au monde où des peines de mort sont imposées aux délits liés au cannabis. Alors que l’Arabie saoudite exécutait un contrebandier de cannabis, aussi récemment qu’en mai 2015, la Malaisie, selon ENCOD, a condamné à mort plus de 50 personnes accusées de contrebande ou de trafic de cannabis depuis 2009. En tout, plus de 600 individus attendent dans le couloir de la mort en Malaisie.

Même si depuis 2009 la nation insulaire n’a pas pendu quiconque accusé de délit lié au cannabis ou aux drogues, la possession de plus de 200 grammes de la plante bannie mène toujours à la peine capitale. Récemment, Abdul Hafiz Abdul Latip, un homme de 26 ans, a été condamné à la pendaison pour possession d’un kilogramme de cannabis. Shahrul Izani est aussi un des nombreux condamnés à mort pour un crime lié uniquement au cannabis. Sa dernière demande de grâce a été rejetée en octobre 2015, et sa pendaison est aujourd’hui imminente. Il y a 13 ans, la police avait trouvé sur lui 622 grammes de cannabis. Maintenant âgé de 34 ans, il avait 19 ans à l’époque de son arrestation.

Il est vrai que plusieurs pays détiennent des condamnés à mort pour des crimes liés au cannabis, mais seule l’Arabie saoudite applique encore la peine de mort pour de tels crimes. Sur papier, la peine de mort pour des crimes « plus importants » liés au cannabis existe également dans certains Etats américains, en Arabie saoudite, Malaisie, Indonésie, Thaïlande, Égypte, Syrie, Inde, Corée du Nord, Irak, Libye, Corée du Sud, Somalie, au Kuwait, Pakistan, Yémen, Bangladesh, EAU, Bahreïn, Qatar, Soudan, Sri Lanka, Laos, Myanmar, Brunei, à Cuba et Oman.

Flagellation pour cause de cannabis

Plusieurs pays de la région appliquent toujours la peine capitale pour des crimes liés au cannabis, mais en raison des multiples oppositions internationales, ont cessé de la mener à terme ; la peine de mort est convertie en peine de prison, comme il a été le cas dans les Émirats arabes unis en 2013 lorsque le citoyen britannique de 23 ans, Nathaniel Lees, et son ami syrien ont reçu une peine de pendaison. À la suite de vives protestations internationales, leur peine a été commuée à quatre ans de prison.

En Malaisie, Arabie saoudite, Iran, Somalie et à Singapour, les prisonniers coupables d’infractions liées au cannabis sont parfois flagellés si les autorités ne veulent ou ne peuvent pas les pendre. Et même, l’Iran (qui a exécuté l’an dernier 400 personnes pour des crimes de trafic d’héroïne, d’amphétamines et de cocaïne), le Pakistan, la Thaïlande, le Vietnam et le Cambodge adoptent une approche plus « généreuse  », choisissant d’imposer de longues peines de prison ou des punitions corporelles pour les vendeurs de pot et de haschich.

Dans ces pays où l’usage du haschich ou d’autres opiacés est comparable à notre consommation de vin ou de bière, dans les faits, du moins, il existe une légère distinction entre le cannabis et ces autres substances beaucoup plus nocives. Il est impossible de connaître officiellement le nombre d’exécutions effectuées en Chine (où on exécute annuellement plus de personnes pour des crimes liés aux drogues qu’en Iran). De la même manière, personne dans le monde occidental ne peut savoir si le plus grand pays au monde exécute les gens pour des raisons liées aux fleurs de cannabis, ou « simplement  » à d’autres substances.

Dans ces pays, ce ne sont pas les avancées historiques qui ont instauré cette interdiction sur le cannabis et le hasch. Ce sont plutôt les influences externes aux cultures locales qui ont imposé la prohibition. Cela étant dit, même si selon la loi le cannabis n’est pas défini comme étant une substance mortelle, plusieurs pays asiatiques imposent des sentences draconiennes. Mais en dépit de cette prohibition, le cannabis et d’autres substances sont souvent facilement disponibles et sont même échangés semi-ouvertement dans des endroits et événements propices tel à Téhéran, aux Fêtes de la pleine lune sur l’île de Ko Pha Ngan en Thaïlande ou à ces mêmes festivité au Pakistan.

Ce qui mène à la question suivante : pourquoi est-ce que plusieurs des pays où l’usage du cannabis s’inscrit dans une longue tradition culturelle décident soudainement d’interdire le cannabis, à plus forte raison que l’alcool, qui lui, est banni dans de nombreuses régions de ces pays pour des raisons historiques ou religieuses ?

Ces exécutions au nom du cannabis sont vôtres

L’actuelle guerre contre les drogues, initiée par l’occident il y a quarante ans, a généré le climat parfait pour l’instauration d’une attitude totalitaire à l’égard du cannabis. Le phénomène de « peine de mort pour les délits liés aux drogues » est né sous le régime de Richard Nixon. Peu de temps après, Ronald Reagan décidait d’éradiquer le cannabis et toutes substances illégales avec les armes, coûte que coûte, au lieu de pousser la recherche en ce domaine. Ce n’est pas une coïncidence que la DEA ait vu le jour à l’époque de Nixon.

Dans les pays sous le joug de dirigeants fanatiques religieux, la Somalie, l’Arabie saoudite et l’Iran par exemple, la peine capitale est un moyen efficace de prévention, depuis l’époque de Nixon et de Reagan. D’autres nations, tels le Sri Lanka, la Malaisie, Singapour et la Thaïlande, possèdent des systèmes de justice modernes qui, malheureusement, comprennent encore la peine de mort. Ainsi, lorsqu’un crime est commis, qu’il ne s’agisse que de la contrebande ou le trafic de cannabis, et qu’il est jugé être un crime capital conformément à la loi nationale, la peine de mort est la conséquence logique imposée par ce type de système légal où la peine de mort est en vigueur. Cependant, nous devons nous rappeler que depuis les années 70 et 80, plusieurs de ces pays ont, en réalité, été contraints par les États-Unis et ses partenaires à classer les délits liés au cannabis et à d’autres drogues au rang des crimes capitaux. Ces conjonctures expliquent l’existence de telles peines.

C’est également la situation qui règne actuellement dans certains États américains, au Texas par exemple, où en théorie, un certain jeune homme du nom de Jacob Lavoro pourrait se retrouver sur la chaise électrique pour avoir cuisiné quelques biscuits au hasch contenant 2,5 grammes de THC. Les experts auprès des tribunaux croient cependant que l’accusé récoltera une peine de cinq ans d’emprisonnement en tant que récidiviste.

Il est donc hypocrite de ne protester que lorsqu’un touriste européen est victime de ces pratiques, comme ce fut le cas en 1987, lorsque Frank Förster était à quelques pas de la potence pour avoir été arrêté en possession de 200 grammes de hasch en Malaisie. Depuis l’affaire Förster, un grand nombre de touristes l’ont échappé belle grâce à l’intervention de leur gouvernement. Mais qu’en est-il de tous ces Malaisiens, Saoudiens, Indiens et autres victimes qui ont été tués par les autorités gouvernementales, pour des délits liés au cannabis ?

À ceux-ci s’ajoute un nombre encore plus grand de personnes qui ont été exécutées, ou le seront, pour des délits liés à d’autres substances, ainsi que celles qui sont, depuis des années, dans le couloir de la mort à cause du cannabis. Les politiciens occidentaux acceptent tacitement la situation, ainsi que les cas de flagellation et bien d’autres violations des droits de la personne qui ont été commis au cours des quarante dernières années au nom de la guerre contre les drogues. Pour eux, ce ne sont que des dommages collatéraux.

Pas de victime, pas de crime, pas de peine de mort ?

Et pourtant, la situation du cannabis est particulièrement étrange en ce qu’elle est une drogue qui ne cause pas la mort, contrairement à bien d’autres substances. Dans cette situation, les meurtriers de l’état ne peuvent même pas s’appuyer sur l’Ancien Testament et invoquer le « fatal argument fondamentaliste  » – œil pour œil, dent pour dent.

À la grandeur du continent américain, en Europe, en Australie et même dans quelques pays africains, beaucoup d’états considèrent sérieusement relâcher les lois en matière de cannabis. De plus en plus de pays légalisent le cannabis, et non seulement pour un usage médicinal. Cependant, sur la Péninsule arabique et dans plusieurs régions de l’Asie, le temps semble s’être arrêté. Les conséquences désastreuses de la guerre contre les drogues ne sont pas mises en cause ; au contraire, elles sont utilisées pour justifier ce type d’intervention de la part de l’état.

Ces pays ont besoin qu’intervienne l’occident, qui étrangement, reste dans l’ombre lorsqu’un trafiquant de drogues se fait exécuter en Arabie saoudite. Aussitôt que le sujet important de la liberté d’expression est soulevé, comme dans le cas de la flagellation de Raif Badawi, les équipes médiatiques de l’Ouest se battent pour rapporter l’événement. Pourtant, une décapitation de plus au nom du cannabis ne se mérite qu’une simple mention par la BBC.

Contrairement à l’organisme Human Rights Watch, Amnistie internationale ne parvient pas à faire le lien entre la guerre contre les drogues et toutes ces violations des droits de la personne. Il y a quelques mois, Amnistie internationale a publié cette explication, dans laquelle elle manque de mentionner, en plus des peines de mort liées aux drogues, la guerre contre les drogues dans sa tentative de justifier les abus cités.

En revanche, dans sa lettre ouverte aux Nations Unies, Human Rights Watch énonce sa position avec beaucoup plus de clarté, décrivant la guerre contre les drogues comme étant la cause de plusieurs violations des droits de la personne commises par les organes d’états et les systèmes corrompus. L’organisation des droits de la personne conclut que seul un changement de direction des politiques internationales en matière de drogues permettra de protéger les droits de la personne dans les pays concernés.

Jusqu’à présent, de tous les pays de l’UE, seul le Danemark a répondu à cette lettre et cessé d’appuyer l’Iran et son programme gouvernemental anti drogues responsable de tant de violence. De telles pratiques meurtrières ont toujours été financées par l’argent d’aide au développement. « Selon une évaluation, l’aide financière mène aux exécutions. Les efforts mènent à toujours plus d’emprisonnements, et je ne suis pas certain que ce programme garantisse effectivement le renforcement des droits de la personne en Iran » avait déclaré le ministre danois du Développement, Friis Bach, alors qu’il justifiait le retrait de son pays en 2013.

Les ONG, tels ENCOD, ont sérieusement analysé la question du cannabis et de la peine de mort, et exhortent le gouvernement malaisien de cesser immédiatement d’appliquer la peine de mort aux délits liés au cannabis à l’aide de cette pétition. Pour Shahrul Izani, qui attend dans le couloir de la mort depuis 12 années pour quelques centaines de grammes, chaque signature compte ; le gouvernement malaisien semble pour tout le moins prêt à reconsidérer la peine de mort pour les délits liés aux drogues. En revanche, en Arabie saoudite où l’état permet que la sorcellerie et le blasphème soient passibles de peines de mort, le cannabis continuera probablement à entraîner l’exécution de bien des contrevenants en 2016.