"Chanvre industriel : agriculture biologique en Espagne – Partie II" par Miranda (Sensi Seeds)
Publié par Miranda, le 28 mai 2015
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Chanvre industriel : agriculture biologique en Espagne – Partie II
Le chanvre industriel revient en force en Espagne, où sa culture connaît un regain d’intérêt. Cette plante poussait déjà à l’état sauvage et se cultivait dans de nombreuses régions du monde bien avant que des lois viennent réguler sa culture.
Pendant des milliers d’années, on l’a utilisé pour ses propriétés nutritives et ses bienfaits pour la santé, et comme matière première dans l’élaboration d’innombrables produits alimentaires, textiles et médicinaux.
Situation actuelle du chanvre industriel en Espagne
Le nombre d’agriculteurs intéressés par la culture du chanvre augmente dans tout le pays (©CSLP).
Actuellement, l’Union européenne (UE) autorise la production de chanvre industriel et horticole lorsque la teneur en tétrahydrocannabinol (THC), l’élément psychoactif qu’il contient, est inférieure à 0,2 % (la limite était traditionnellement fixée à 0,3 %, mais elle fut modifiée en 2002), puisqu’il existe des sous-espèces et des variétés de Cannabis sativa qui contiennent entre 0,5 et 5 % de THC, à partir desquelles on obtient la marijuana et le haschich. Dans ce sens, le Décret royal 1729/1999 du 12 novembre 1999 autorise la culture de 25 variétés de chanvre industriel en Espagne. Les graines de ces variétés doivent être certifiées par l’UE pour que leur culture soit légale. Le Décret royal établit également les règles d’octroi des subventions économiques pour le lin et le chanvre destinés à la production de fibres.
Chaque jour, davantage d’agriculteurs des quatre coins du pays s’intéressent à la culture de cette plante. Selon Ronald Coquis, expert en conseil et commercialisation du chanvre industriel travaillant depuis plusieurs années sur le chanvre industriel dans différents pays d’Europe et d’Amérique, les soutiens de la culture du chanvre sont également en augmentation actuellement en Espagne. Il existe déjà des institutions technologiques qui mènent des recherches dans différents domaines, tels que la bioconstruction, les mélanges de micro-fibres avec des polymères etc. depuis de nombreuses années. De même, une révolution est en marche dans le domaine médical : de nombreux laboratoires aux quatre coins du monde s’intéressent à ce produit et à l’étude des différents dérivés médicaux obtenus à partir du chanvre industriel, comme le CBD, THCV, CBDV, THCA, CBG et CBC, qui peuvent aider un grand nombre de malades souffrant de tous types de maladies.
Il est très important que les agriculteurs sachent comment semer, récolter et transformer correctement les différentes matières premières issues du chanvre (©CSLP).
Tous les agriculteurs qui veulent se lancer dans la culture du chanvre industriel doivent tenir compte du fait que le mode de culture varie en fonction de la variété, du lieu de culture, des utilisations et applications que l’on souhaite lui donner. Bien qu’il existe quelques règles générales, le produit final (quantité de résine, nombre de femelles, longueur des fibres, quantité de graines…) varie énormément en fonction des règles de culture suivies. Il est donc très important d’acquérir les connaissances sur les façons correctes de semer, récolter et transformer les différentes matières premières générées par cette plante.
En ce qui concerne le matériel nécessaire tout au long du processus, en Espagne, on a modifié pendant longtemps les machines utilisées dans d’autres industries, comme le jute ou le sisal, mais cette année, on a fabriqué des machines défibreuses ou écorceuses spécifiques qui, pour le moment, couvrent les besoins de croissance en Espagne, en attendant l’émergence d’une industrie adaptée de transformation de fibres en cellulose de papier, de séchoirs de graines, etc.
De nombreuses variétés locales sont cultivées dans l’état espagnol, comme Alicante, Unye, Tarragonae et Pedemontana, entre autres. Aujourd’hui, on cultive deux variétés adaptées aux conditions de la Catalogne et certifiées par l’UE, la Delta-Llosa et la Delta 405, cultivées à des finspapetières et dans le but d’obtenir de la fibre pour la pâte à papier.
Les chanvres les plus connus d’Espagne proviennent des provinces de Barcelone, Lérida, Valence, Alicante et Castellón de la Plana, les plus appréciés sont ceux de Levante (Valence et Alicante) et surtout ceux d’Orihuela pour leurs fibres blanches, douces, souples et résistantes, adaptées à la fabrication de lattis fins. En Aragon et en Navarre, on cultive également le chanvre, mais ses fibres sont larges et servent donc à la fabrication de toiles grossières (sacs), de cordes et d’espadrilles. La production moyenne annuelle de chanvre commun en Espagne est essentiellement réalisée dans les provinces de Teruel, Alicante, Lérida, Castellón, Valence, Murcie, Barcelone, Ségovie, Albacete, Huesca, Saragosse, Guadalajara, Soria et les Baléares.
Le climat espagnol est propice
L’Espagne bénéficie d’un avantage essentiel, à savoir un climat privilégié, qui lui permet d’obtenir plusieurs récoltes par an. Le territoire espagnol reçoit en moyenne 2 500 heures d’ensoleillement, ce qui est élevé, même en hiver, mais la plus grande partie du pays subit de fréquentes et fortes gelées qui touchent bon nombre de cultures, parfois de façon catastrophique. La répartition des précipitations est également très irrégulière, surtout dans les régions de climat méditerranéen, dans lesquelles la quasi-totalité des précipitations annuelles surviennent pendant un court laps de temps.
Selon les experts du secteur du chanvre industriel, la différence entre les climats de la zone nord et ceux de la zone sud nous permettra de déterminer comment devenir à l’avenir les producteurs les plus importants. Dans le nord de l’Espagne, on recommande de développer une culture de graines ou de grains alimentaires (©Evelyn Parham).
Dans le nord de l’Espagne, on recommande de développer une culture de graines ou de grains alimentaires (©Evelyn Parham).
Dans le nord de la péninsule, le climat atlantique s’étend dans tout le nord et le nord-est, des Pyrénées à la Galice. Il se caractérise par des précipitations abondantes réparties tout au long de l’année et des températures douces tant en hiver qu’en été ; les terres sont très humides et ne permettent d’obtenir qu’une seule récolte optimale par an. C’est pourquoi, dans ces régions, on recommande de développer une culture de graines ou de grains alimentaires.
Au sud, on trouve un climat subtropical dans les Canaries et sur la côte orientale de l’Andalousie (Costa del Sol), qui se caractérise par des températures douces tout au long de l’année et l’absence de températures hivernales. Les précipitations dépendent beaucoup du relief de la zone. Ce climat subtropical permet d’obtenir deux récoltes optimales, voire même plus en moyenne, et ces cultures sont généralement destinées à la fibre papetière ou à la cellulose de papier, ainsi qu’aux grains alimentaires. Pour obtenir des fibres techniques, qui ont davantage de valeur sur le marché, il faut utiliser d’autres technologies ou équipements.
De quoi un agriculteur a-t-il besoin pour cultiver du chanvre industriel en Espagne ?
Il existe actuellement des associations et organisations qui fournissent des informations et des conseils empiriques aux agriculteurs intéressés par la culture du chanvre industriel en Espagne. Pour le moment, les recommandations générales, que les experts comme Ronald Coquis donnent aux agriculteurs, consistent à commencer par se concentrer sur la fibre papetière ou la cellulose pour se familiariser avec la plante, les variétés de graines, leur comportement sous nos climats, leurs transformations en différents dérivés de matières premières, et à passer aux graines alimentaires dans un deuxième temps. La raison est simple : la cellulose domestique est la plus demandée. Quelle que soit l’alternative choisie par l’agriculteur, il faut modifier le cap et établir un plan d’entreprise, que l’on recommande d’étudier à la lumière d’un conseil adapté.
1- Dans le cas des graines, en Espagne, on a l’habitude de semer au moins 50 kilos de graines par hectare et on récolte au bout de 80 ou 90 jours lorsque la cueillette est lancée. L’agriculteur dispose de quelques heures pour transporter les graines ou grains alimentaires dans un séchoir, où il faut traiter ou sécher les grains. Pour le séchoir, plusieurs options sont possibles, comme louer des séchoirs de céréales, de grains ou de maïs préexistants ou en construire un de façon artisanale (près de 10 000 €). Si la superficie de culture est supérieure à 200 hectares, il faut construire un séchoir centralisant toute la transformation des graines ou grains alimentaires secs au même endroit. Avec les fibres traitées, on peut fabriquer des ficelles en chanvre naturel (©Gino).
Avec les fibres traitées, on peut fabriquer des ficelles en chanvre naturel (©Gino).
2- Dans le cas des fibres, on a l’habitude de semer en Espagne 50 à 75 kilos de graines par hectare, que l’on récolte au bout de 120 ou 130 jours, lorsque la plante a atteint une hauteur de 2,5 à 4 mètres, et on obtient habituellement entre 2 et 4 tonnes par hectare. Ce processus de transformation exige une machine écorceuse qui traite de 2 à 10 tonnes par heure. Ces machines peuvent coûter entre 20 000 € et 87 000 € ; pour le moment, il n’existe aucune machine spécifique à cette industrie, beaucoup ayant été conçues ou modifiées à partir de machines utilisées dans d’autres industries, comme le jute, le sparte, le sisal, etc. que l’on transformaient autrefois beaucoup en Espagne.
La culture du chanvre industriel est une alternative agricole sûre, dont la rentabilité consiste à suivre des méthodes de récolte qui garantissent une germination optimale. On peut effectuer un calcul approximatif : par exemple, pour un hectare dédié au grain alimentaire, on peut obtenir de 900 à 2 000 kilos, en fonction de la qualité de la terre, et même si les prix des grains varient selon sa transformation, on paie habituellement 0,20 €/kg de grain pour l’alimentation des oiseaux et jusqu’à 1 €/kg de grain destiné à l’alimentation humaine. En ce qui concerne les fibres, pour un hectare, on obtient 2 000 à 3 000 kilos de fibres et d’écorce s’il s’agit d’une culture destinée exclusivement aux fibres. Si vous disposez de la technologie de transformation adéquate, vous pouvez obtenir à partir de 200 € la tonne jusqu’à 500 € de fibres techniques, mais la transformation des fibres exige une machine écorceuse ou défibreuse. La garantie finale dépend de l’accord commercial conclu avec l’entreprise qui achète la production.
Obstacles à l’avenir prometteur du chanvre industriel en Espagne
Le chanvre industriel a un grand avenir devant lui en Espagne, même si pour l’instant, il est confronté à l’ignorance et à la méconnaissance, de la part du grand public et des autorités compétentes, ainsi qu’aux intérêts de plusieurs grandes et puissantes industries, telles que le textile et la métallurgie, qui ne voient aucun intérêt dans le potentiel du chanvre et qui feront tout leur possible pour conserver leurs parts de marché. Les agriculteurs, producteurs et commerçants de chanvre industriel s’accordent à souligner son énorme potentiel, mais déplorent également devoir faire face à une possible arrestation ou à la saisie de marchandises, alors qu’il s’agit d’une culture subventionnée.
Même s’ils respectent toutes les exigences légales, les agriculteurs peuvent subir l’intervention des autorités (©ÁlvaroBa).
Le 8 juillet 2014, la Guardia Civil a arrêté le propriétaire d’une plantation à Calahorra, un village de la communauté de La Rioja, au motif qu’il cultivait sans licence 24 000 plants de chanvre industriel. D’autres producteurs se sont vus confisquer leurs colis de chanvre industriel parce que les autorités les avaient confondus avec de la marijuana, ce qui a porté préjudice au commerce et à la clientèle du secteur. L’histoire de l’agriculteur de chanvre grenadin Juan Zurita, arrêté à plusieurs reprises pour des délits à l’encontre de la santé publique, avant qu’un juge classe l’affaire sans suite en 2007, est également très connue. La police a saisi à Málaga 20 kilos appartenant à Juan Zurita et, plus tard, à Albacete où il a passé 3 jours en détention, 7 autres kilos de chanvre. Il semble que même s’ils respectent scrupuleusement toutes les exigences légales, les agriculteurs redoutent une intervention inopinée des autorités.
Le problème est que, pour la Guardia Civil, un paquet de feuilles de chanvre industriel présente le même aspect et la même odeur que d’autres variétés, comme la marijuana. Si les autorités détectent, par exemple, l’envoi ou la réception d’un paquet de feuilles de chanvre, les résultats de leurs premières analyses seront positifs puisqu’elles identifient toute trace existante de THC, même infime. Un protocole de saisie est alors activé, suivi de la remise des échantillons aux autorités sanitaires pour une seconde analyse en laboratoire. Pendant que l’on vérifie si le cannabis respecte ou non les limites légales de substances psychoactives, le produit peut rester sous saisie pendant des semaines, voire des mois.
Les obstacles s’accumulent pour le secteur en Espagne, où il est parfois même difficile de trouver des éplucheurs pour les graines, alors qu’en France, en Allemagne, en Autriche et dans d’autres pays, les hectares dédiés à la culture du chanvre se multiplient. Ces pays n’ont pas connu des problèmes marquants avec la police, car les réglementations mises en œuvre sont assez simples : cultures contractualisées, systèmes de cartes aériennes des cultures (ASCS), contrôle gouvernemental de la graine cultivée (toujours avec des niveaux de THC très bas), contrôles avant et après la récolte dans les champs et analyse in situ des niveaux de THC des plantes.
Conclusion
Il est clair qu’aujourd’hui, personne ne peut réfuter l’affirmation suivante de Jack Herer, estimée à 10 000 dollars, qui résume parfaitement tous les avantages biologiques et les bienfaits agricoles du chanvre pour le monde, pour l’homme et, en définitive, pour notre société actuelle :
Jack Herer, célèbre activiste et auteur de livres de référence sur le chanvre et la marijuana (©Wikipédia).
« Si l’on interdisait toutes les énergies fossiles et leurs dérivés, ainsi que l’abattage des arbres pour l’agriculture ou pour la fabrication du papier, dans le but de sauver la planète et d’inverser l’effet de serre, il ne resterait alors qu’une seule ressource naturelle et renouvelable chaque année, capable de fournir la majorité du papier, du tissu et des aliments que nous consommons ; une ressource unique qui répondrait à tous nos besoins domestiques, de transport et d’énergie industrielle, tout en réduisant simultanément les niveaux de pollution, en reconstruisant le sol et en purifiant intégralement l’atmosphère. Une ressource naturelle qui serait ni plus ni moins la source naturelle universelle utilisée de tous temps : le CHANVRE, le CANNABIS ou, dit autrement, la MARIJUANA. »
Nous parlons de ce qui pourrait être une véritable révolution verte, qui contribuerait à réduire considérablement le chômage dans le monde rural en ces temps de crise économique. La culture du chanvre en vue d’obtenir sa fibre mettrait fin à l’hégémonie des multinationales textiles et papetières au profit des communautés locales. Cela, à son tour, entraînerait un mouvement d’argent qui stimulerait une économie saine. Les autorités de tous les pays seraient conscientes des énormes sommes qu’elles pourraient percevoir sous la forme de recettes fiscales, sans avoir à augmenter les impôts.
Nous parlons d’une économie verte réelle, basée sur les ressources agricoles alimentant l’industrie, ce qui engendrerait un système de production local diversifié, un marché libre et démocratique. En outre, la culture du chanvre constitue une alternative réelle dans les régions en déclin, d’un point de vue agricole, puisqu’elle permet de relancer des zones de culture aujourd’hui abandonnées et appauvries. En définitive, nous parlons d’augmenter et de favoriser le développement social, de promouvoir la création d’emplois et de garantir la préservation de la faune et de la flore qui nous entourent dans le monde dans lequel nous vivons, tout cela grâce à une seule et unique plante, le chanvre, le cannabis… la marijuana !