"Charente : une année record pour les stupéfiants" par Charente Libre

Le préfet de Charente se lâche dans un petit discours à la rhétorique officielle mais donne ici des arguments à ceux qui s’opposent au volet tout répressif de la prohibition.


Par charentelibre.fr, publié le 9 mars 2016, modifié le 10 mars 2016.

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Charente : une année record pour les stupéfiants

Pour le préfet, Salvador Pérez, « l’agglomération angoumoisine est une base régionale d’envergure du trafic ». Photo archives Majid Bouzzit

La présentation des chiffres de la délinquance 2015 en Charente a été marquée par une explosion des saisies de drogue.

Le colonel François Santarelli, le patron des gendarmes de la Charente, ne fait pas de détour pour résumer les faits marquants de la délinquance en Charente l’an passé : « 2015, c’est l’année des stups en Charente ». 430 kilos de cannabis saisis, dont 424 en une prise, en avril, à Angoulême. 15 kilos d’héroïne hors circuit, dont 12 de pris entre les mains de trafiquants du Sud-Charente. Et 81.718 euros de liquide saisis au cours des différentes perquisitions.

Conclusion du rapport préfectoral sur la délinquance 2015 dans le département : « Les importantes saisies opérées par les services d’enquête (...) confirment l’ancrage de l’agglomération d’Angoulême comme base régionale d’envergure pour le trafic de drogue ».

Deux records dans l’année

Ce n’est pas une nouveauté. Sur la carte des stupéfiants, Angoulême s’est déjà fait une place de choix, comme l’avait prouvé, en 2009, le démantèlement d’un prospère réseau de trafic de cannabis qui avait duré près de 20 ans et étendait ses tentacules de Limoges à Bordeaux.

Comme l’a redémontré, en 2012, l’interception d’un go-fast à 300 kilos mené par de jeunes Sojaldiciens de retour d’Espagne. Puis l’opération coup de poing contre le réseau Belghiti-Alaoui, qui rayonnait de Poitiers à Montpellier, n’avait fait que confirmer une chose : en matière de cannabis, cocaïne, héroïne, les trafiquants angoumoisins n’ont rien à envier à ceux des grandes agglomérations et pouvaient bénéficier de connexions directement auprès des producteurs de résine de cannabis, au Maroc. Grâce à une situation géographique idéale, entre RN 10 et 141, et à l’histoire, aussi, de la délinquance charentaise ces 30 dernières années.

Mais la nouveauté 2015, c’est l’ampleur des saisies opérées et la montée en puissance de l’héroïne sur le marché. Sur le niveau des saisies, deux records sont tombés : 427 kilos de cannabis en une prise, 12 Kg d’héroïne, c’est du jamais vu. Surtout qu’une autre prise d’héroïne d’envergure a été effectuée, en novembre, sur Angoulême : deux kilos d’un coup. Suite à cette saisie, dix personnes ont été incarcérées.

Saisie de... vignes

« L’héroïne et la cocaïne ne sont plus marginalisées, note William Besse, le commissaire. Et plus largement, le phénomène stup est généralisé, à commencer en milieu scolaire ».

De 30 à 50 euros le gramme d’héroïne ou de cocaïne, la « clientèle » s’est popularisée. Elargie. Et tant William Besse que François Santarelli l’observent : les stupéfiants sont à la source de bien d’autres maux de la délinquance.

Des cambriolages, d’abord. « On a énormément de cambriolages effectués par des toxicomanes qui volent pour s’acheter leur dose. Bien plus que de bandes organisées », reconnaît le colonel Santarelli.

William Besse : « L’autre indicateur, ce sont les conduites sous stupéfiants. Avant, c’était rare. Désormais, c’est systématique ». Et les stupéfiants sont liés à 7 des 20 accidents mortels de la circulation qui ont endeuillé les routes de Charente l’an passé. Autant que l’alcool.

Parallèlement aux saisies de drogue, d’argent liquide et d’armes, le lot commun des perquisitions anti-stupéfiants, les enquêteurs ont aussi tapé les trafiquants au portefeuille. « C’est ce qui fait le plus mal », dit William Besse, sous le regard approbateur de Salavdor Pérez, le préfet.

« On a saisi des véhicules, des maisons, des terrains », dit le colonel Santarelli. Plus étonnant, signe que les dealers ont de l’idée pour blanchir les bénéfices du trafic : « Nous avons même saisi des parcelles de vignes », indique Jérôme Seguy, le directeur de cabinet du préfet.