Chasse aux sorcières

Communiqué de presse - 28 janvier 2000
Pas une semaine, pas un jour, sans qu’un fait divers lié à l’usage du chanvre ne vienne alimenter les médias. Ici, la saisie à la frontière de grosse quantité de résine, là, l’arrestation de jeunes revendeurs, tout est bon pour diaboliser cette plante et ses amateurs. L’augmentation des interpellations, loin d’endiguer l’usage ou même le trafic, participe au concept de "banalisation" tant avancé par les Autorités, et relayé par les journalistes. Derrière ce terme de "banalisation", présenté le plus souvent comme inquiétant, se cache en fait les pratiques conviviales liées, depuis toujours, au chanvre. Des pratiques d’échange, de "dépannage", d’entraide et de plaisirs partagés quel que soit le milieu social et culturel où l’usage a lieu. En luttant contre la "banalisation" du chanvre, c’est en fait à son intégration culturelle qu’on s’en prend. Rien, en effet, ne différencie cette consommation de celle de l’alcool, hormis les effets secondaires provoqués par ce dernier et dorénavant assimilés à ceux d’autres substances interdites. On fume des joints comme on boit un verre, avec plus ou moins de modération, lors de soirées, de repas de famille, au bureau, dans les commissariats, dans la rue, dans les concerts, chez soi, seul ou... avec ses élèves. Et c’est là que le bât blesse. Ainsi, le professeur d’un lycée professionnel des Deux-Sèvres a-t-il été récemment mis en examen, avec un de ses collègues, pour "offre, cession et détention de produits classés comme stupéfiants ". S’en tenir à boire un verre avec ses élèves eut été sans risques. Sans doute auraient-ils pu tous se saouler ensemble sans que personne n’ai à redire. Quoi de plus normal en effet qu’une bonne cuite ? Nous sommes tous passés par là, n’est-ce pas ? Mais c’est de drogues dont nous parlons et les rapports officiels successifs ont beau avoir fait réviser à la baisse les dangers du chanvre, contredire la tenace "théorie de l’escalade", et invité les Autorités à faire preuve de plus de "réalisme" vis à vis des effets sanitaires et sociaux de cette substance, il n’en demeure pas moins que son usage est toujours aussi vivement réprimé et ses amateurs persécutés. Plus que jamais, la législation sur les stupéfiants se révèle être arbitrairement appliquée. Plus que jamais, les couches les plus exposées - jeunes, migrants, précaires... - se trouvent être la cible de la répression. Plus que jamais, il est temps d’imaginer une alternative à la criminalisation des usagers de drogues et du chanvre en particulier. Notre société n’a-t-elle rien de mieux à proposer à sa "jeunesse" que la criminalisation d’une pratique qui, sans être anodine, n’en est pas moins sans conséquences graves sur la santé ? Perçue comme une injustice, la pénalisation du chanvre n’a d’autres effets que de provoquer le rejet de l’autorité et la radicalisation de cette population. Est-ce vraiment judicieux ?

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