"Cinq bonnes raisons de libéraliser les drogues" par Cannabis Infos
Un article sensible de la part de notre très estimé confère, Cali G., de Cannabis Infos. C’est l’occasion de lancer un petit débat au sein de la communauté du peuple de l’herbe et des résines odorantes (et relaxantes !). Attention, pas de division, hein, ... car le sujet pourrait s’y prêter. Un simple étalage de points de vus, certainement différents en quelques aspects des siens, pour finalement aboutir à une synthèse riche en enseignement. Le cannabis est un "truc à part" dans le monde des drogues, il en fait partie par erreur et par injustice. Mais la fin de la guerre aux drogue présente indéniablement, un volet qui englobe toutes les stupéfiants et la meilleure façon de lutter contre. Un sujet vraiment compliqué et sensible, comme nous le comprendrons dans le PS.
Par Cali G, publié le 15 février 2015 10:21:00 AM
http://www.cannabis-infos.com/2015/...
Cinq bonnes raisons de libéraliser les drogues

Le débat sur la libéralisation des drogues fait rage depuis longtemps, mais y a-t-il de bons arguments en faveur de cette libéralisation. Je vais m’efforcer ici de vous en donner quelques-uns et déboulonner quelques mythes qui persistent encore.
1.La prohibition ne réduit pas la consommation
La prohibition des drogues existe depuis le début du XXe siècle. Malgré ça, quiconque veut obtenir des drogues de nos jours peut les trouver facilement et ce, malgré l’augmentation constante de ressources que nous coulons à chaque année dans l’interdiction des drogues. Même dans les pénitenciers fédéraux, un récent sondage indique que 17% des détenus se sont récemment injecter des drogues. Si nous ne pouvons même pas contrôler la circulation des drogues dans un environnement aussi sévèrement contrôlé qu’un pénitencier, comment peut-on espérer que la police puisse contrôler la circulation de ces drogues dans nos rues ? Durant la prohibition de l’alcool des années 1920-1930 aux États-Unis, la consommation d’alcool n’a diminué que de 20%. Croire qu’on peut diminuer la consommation de drogues avec nos politiques anti-drogues actuelles relève de la pure utopie.
2.La prohibition rend les drogues plus dangereuses
Une des conséquences d’interdire certains produits addictifs est ce que Richard Cowan a appelé « la loi de fer de la prohibition ». Puisque les traficants de drogues courent un risque appréciable à produire et transporter leur produit, ils cherchent à maximiser leur produit en augmentant la puissance ce ceux-ci. Pendant les années 20, les bootleggers ont découvert qu’il était beaucoup plus payant d’abandonner le commerce de la bière et des vins qui étaient beaucoup plus volumineux, en faveur de spiritueux. Conséquemment, pendant cette période, la consommation de spiritueux a beaucoup augmenté par rapport aux alcools plus légers comme la bière et le vin. Le même phénomène se retrouve dans la prohibition des drogues. Il est bien plus payant pour les trafiquants de drogues de fournir du crack ou de la methenphétamine, qui sont beaucoup plus faciles à transporter et distribuer que du cannabis qui est extrêmement plus volumineux en comparaison. De plus, la clandestinité fait en sorte que les consommateur n’ont aucune information disponible sur la pureté, la qualité et les dosages, les rendant particulièrement vulnérables au surdosage et à la consommation de produits plus toxiques qu’ils ne le seraient autrement.
3.La prohibition augmente la criminalité et les crimes violents
La prohibition augmente la criminalité de plusieurs façons. Premièrement, en raréfiant la disponibilité des drogues, elle en augmente les prix de façon marquée, ce que augmente de risque que les narcomanes en quête de leur prochaine dose aient recours au vol et à la violence pour obtenir l’argent pour soutenir leur dépendance. Ensuite, elle relègue la production et la distribution des drogues entre les mains de criminels qui n’ont pas de recours légaux pour régler leurs disputes. Dans un marché légalisé, les divers acteurs peuvent utiliser les tribunaux pour régler leurs différends ou utiliser les mécanismes de marché pour s’assurer une plus grande part. Dans le monde interlope, « éliminer la concurrence » ne signifie pas généralement une guerre de prix, mais quelque chose de beaucoup plus violent. Si le crime organisé existe et prospère, c’est justement grâce à la prohibition de nos vices, que ce soit l’alcool, les drogues, le jeu ou la prostitution.
4.La prohibition détourne les ressources de la prévention et du traitement vers la répression
La guerre aux drogues nous coûte annuellement plusieurs milliards à tous les niveaux de gouvernement et paralyse littéralement notre système judiciaire sans donner de résultat appréciable. En revanche, des pays comme le Portugal ont obtenu des résultats très positifs en libéralisant la consommation et la possession des drogues et en utilisant les ressources ainsi épargnées sur des programmes de prévention et de traitement. En moins de dix ans, le Portugal est passé d’un des plus grands consommateurs de drogues en Europe à l’un des plus petits.
5.La prohibition est porteuse de corruption.
Chaque fois qu’on banni une activité ou un commerce, il y aura des gens qui vont profiter de ce pouvoir qu’ils ont d’interdire ou fermer les yeux. Comment croyez-vous que les drogues arrivent à pénétrer jusque dans nos pénitenciers ? Le trafic de drogues n’est certainement pas une exception. Ce petit jeu favorise grandement les plus grosses organisations criminelles et les rend plus puissantes.
Source : Cliquez ici
P.-S.
Comment d’abord par le plus "chaud". Chanvre Info, et mon humble personne, s’engagent à fond à militer pour le Chanvre. Entendez par là : Cannabis global ! Tous les aspects de la plante nous passionnent et nous intéressent. Mais nous ne militons pas, mais alors pas du tout, pour la légalisation d’autres substances. Les concernés n’ont qu’à "se démerder" comme nous on le fait de notre côté ! Nous supportons un produit qui est peu toxique, soigne, nourrit ... et nous ne supportons pas des substances qui tuent, empoisonnent, épuisent les sols, etc. .... !
Est-ce que Chanvre Info serait pour autant, devenu prohibitionniste intégriste ? Non ... ! Il est évident que la répression seule, est catastrophique en termes de résultats, même pour les autres drogues ! Là-dessus, Kali G. à parfaitement raison !
Mais le problème est que nous ne sentons pas concernés par cette extension du débat. La configuration de la légalisation du cannabis demande à ce que la vente et la distribution soit organisée - par l’État - et on imagine mal des sortes de coffee pour de l’héroïne, de la coke ou des taz ... !
Il faut donc développer une vision réaliste : jamais, la société n’acceptera, dans sa majorité, une civilisation de défoncés, qui leurs paraissent soit fous furieux et halluciné pour certaines substances, soit complétement amorphe comme une éponge végétale croulant sous son poids d’eau ! On peut les comprendre et même leur donner raison.
Je vous assure qu’on a déjà bien du mal à convaincre les gens de libéraliser le cannabis, pourtant bien moins toxique et socialement impactant que l’héroïne et la cocaïne !
Nous sommes donc coincé entre la volonté de ne pas vouloir nous mêler à une polémique avec d’autres drogues et la réalité du fait que le volet répressive est tout autant contreproductif comme pour le canna !
Il y a « drogue (peu dangereuse) » et « drogues (vraiment dangereuse) » ! C’est la prohibition qui mélange tout !
Ce n’est donc pas comme cela qu’il faut discuter du problème. Ceux qui nous gouvernent - comme ceux qui votent en majorité pour eux - souhaitent résorber le problème de la drogue, point barre. Leur but, mais aussi la façon dont ils procèdent, s’adaptent au niveau d’importance du problème.
Actuellement, la drogue, en général, est tellement présente, qu’ils en sont réduits à rendre coups pour coup et ne chercher juste qu’à réduire le nombre de consommateurs. Il n’est plus question d’éradication totale ... pour le moment !
Actuellement toujours, ils sont divisés sur la façon de traiter le problème. Certains, au niveau des pouvoirs en place, veulent le résoudre définitivement par la force, le concept de guerre prend alors tout son sens, au niveau militaire même. D’autres veulent explorer une nouvelle voie en s’inspirant du modèle de l’Uruguay ou de certains états étasuniens.
Pour les drogues dites dures, il y aurait une façon différente de traiter le problème. Pour le cannabis, la légalisation fait retrouver à son usager, un statut légal. Mais il ne consomme pas autant qu’il le veut et comme il le veut : la répression continue à travers un spectre de loi de conduite : on ne fume pas en public, on n’en revend pas, on ne peut en posséder que "tant" sur soit, on ne peut pas conduire et/ou travailler sous ivresse cannabique ... etc ! Cela concernerait pratiquement plus que les polices municipales … et libérerait efficacement la police nationale pour des affaires plus préoccupantes (je suis certain que vous pensez tous aux attentats …) !
Donc, le consommateur retrouve un statut "quasi normal" d’individu "libre" et n’a plus à se cacher. Ça, c’est pour le côté positif.
Pour les drogues dures : un modèle de décriminalisation différent que pour le cannabis :
Ce qui suit n’est pas forcément de mon point de vue, mais plutôt de « comment cela pourrait se passer » ! Il ne vaudra pas m’engueuler si vous en êtes contrariés.
Pour les drogues dures, ce serait donc différent. La lutte contre le trafic continuerait. Toutefois, les consommateurs seraient moins réprimés. Dans les faits, tout consommateur qui s’adresserait à un programme de soins ou de maintenance par médicaments, échapperait aux poursuites de trafic. Évidemment, que le gugusse va se faire tester à tout va pour voir s’il ne triche pas.
Soins, resocialisation, contrôles ... en échange du produit et d’une paix royale ! On devine facilement tous les avantages du "truc" ! Parce qu’aucun contrôle n’est possible dans un système seulement prohibitif. Donc, le traitement des drogues dures passera par la voie médicale – façon de soustraire l’usager du volet judiciaire ! Une vie tranquille et pépère (il ne faut pas pousser non plus) en échange du respect d’un protocole : prendre ce que l’on vous donne mais ne pas prendre du produit de la rue ou des trafics ! Par vie tranquille, j’entends que les addicts n’ont plus à se cacher, vivre en marge ou en cavale, se retrouver dans la précarité, la clandestinité et la détresse médicale. Je vous assure que c’est beaucoup pour eux !
Vous comprenez qu’en comparaison avec le cannabis (dans un modèle de légalisation), l’usager de drogue n’aurait pas le même statut. Le sien serait médical, pas libre au sens que connaitra le consommateur de cannabis !
Le but du jeu, pour les acteurs de la prohibition, est de protéger les futures générations de ce problème. On peut donc imaginer tolérer une génération "malade" autorisée à "vivre et disparaitre avec leur vice". C’est plus humain que d’avoir à tous les massacrer ou les enfermer. Entre le « trafic et la galère » et la « vie pépère avec les médocs », la personne concernée (malade de son addiction, par définition) ne réfléchit même pas ! Cela marche sur le plus grand nombre !
Il faut être réaliste, c’est présenté ainsi qu’un grand nombre de prohibitionnistes, accepteront au moins d’étudier la question. D’autant qu’il y a un précédent avec l’Opium, la seule prohibition qui a fonctionné avec celle de l’absinthe. Un exemple qui prouve que cette voie fonctionne.
Un précédent qui a fonctionné :
Pour la petite histoire, la France s’était engagée à fournir l’Opium à ses vétérans de guerre d’Indochine qui avaient contracté cette « sale manie de le fumer ». Bien sûr, des programmes de sevrages étaient adressés à tous ceux qui en faisaient la demande et pas mal d’entre eux ont été soignés. Mais ceux qui ne le souhaitaient pas, leur veux était respecté.
Ces gens bénéficiaient gratuitement des soins médicaux militaires, ils étaient donc très suivis et les cas d’abus graves étaient signalés. La gratuité aide beaucoup … Du coup, ce gens ont vécus un bon moment, pratiquement autant que ceux qui ne consommaient pas d’opium, pour finir par s’éteindre progressivement dans les décennies qui ont suivies. Il n’y a jamais eu depuis, d’opiomanie ou de trafic d’opium en France, du moins, à grande échelle (les exceptions sont possibles).
On peut donc imaginer en terminer avec l’épidémie de drogue dure, en s’inspirant de cette expérimentation qui s’est merveilleusement bien achevée. Cela s’est passé en France, à partir des années 50 ... peu de personnes des nouvelles générations en ont connaissance ... preuve que cela a bien fonctionné !
On n’est pas dans schéma de vendre de la » came aux camés », mais celui leur donner un substitut médicamenteux dans un cadre sécurisé et contrôlé. Le « Dealer » descend de son piédestal pour ne devenir qu’un simple patient, anonyme … secret médical oblige !
Contrairement encore, à la légalisation du cannabis, qui se manifestera par une fin des hostilités policières, cette nouvelle approche de traiter les toxicomanies dures se verra certainement accompagné d’une intensification de la phase répressive au niveau des trafics internationaux, afin de leur « briser l’échine » ! Et le manque de clientèle fera le reste !
JLB