(Confédération Helvétique) Mais qui rêve d’un monde sans drogue ? Par 24 Heures.ch

Mis à jour le 10.12.2014

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Mais qui rêve d’un monde sans drogue ?

L’invité

Le vice-président des Verts lausannois, Vincent Rossi, propose que l’État gère le commerce de la drogue.

Vincent Rossi (Image : DR)

On peut saluer la lutte que mènent de nombreuses personnes contre les ravages des drogues, dans le but d’éviter addiction destructrice et drames. Mais à vouloir épurer la société des psychotropes, il y a des gens qui en viennent hélas à diaboliser de manière sélective certaines drogues, tout en laissant tranquilles certaines autres, au détriment d’une prévention crédible. Il en va ainsi du député François Brélaz dans ces colonnes.

Ma première critique porte sur l’incohérence de ses propos. Pourriez-vous deviner si la phrase « cette substance ralentit les réflexes et déforme la vision » s’applique au cannabis ou à l’alcool ? Par cette phrase M. Brélaz dénonce ici les méfaits du cannabis. Faut-il encore répéter que l’alcool et le tabac tuent chacun bien davantage en Suisse, chaque année, que toutes les autres drogues réunies ? Il est injustifiable de se dire « contre les drogues » et de ne pas lutter avec la même force contre les drogues légales.

Ma deuxième critique porte sur le fond. Aujourd’hui, le constat est fait : la lutte contre les drogues est perdue. Même là où elle a été militarisée, elle a été perdue. Le Mexique connaît un nombre de meurtres ou de mutilations, dans le cadre de la lutte contre la drogue ou pour le contrôle du marché par les cartels, qui est totalement disproportionné par rapport aux problèmes de consommation. En Europe, les pays les plus répressifs comme la France connaissent un taux de « fumette » plus élevé que les pays où la prévention est crédible, comme la Hollande.

« L’État doit fixer les règles, fiscaliser et éradiquer le marché illégal »

Double leçon : lutter aveuglément tue et corrompt mais ne diminue ni la consommation ni les addictions ; une gestion de la distribution et un discours préventif crédible diminuent la consommation et les dommages liés aux addictions. Une lutte sérieuse passe par un contrôle du marché : il est intolérable que la production et la distribution de marchandises aussi dangereuses soient confiées à des organisations criminelles. L’État doit fixer les règles, fiscaliser et éradiquer le marché illégal.

En parallèle, il faut impérativement un discours crédible sur ce que sont les drogues : le risque de dépendance et d’autodestruction existe pour une immense variété de produits et de services qui incluent, outre l’alcool et le tabac, les médicaments, le sucre et le jeu. Un monde en noir et blanc comme le voient certains manichéens ne distingue pas les dangers qui se cachent dans les nuances. Une éducation adéquate permettant de faire attention aux signes de dépendance est nécessaire pour maîtriser les risques, plutôt qu’une diabolisation stérile et ouvrant la pernicieuse porte de la tentation. Il y a des gens qui rêvent d’un monde « sans drogue ».

En attendant, notre monde est ce qu’il est. On se réveille, on arrête le déni et on fait face.