(Québec) "Dans les coulisses de la lutte aux producteurs de marijuana" par Le Journal de Montréal
"Ces policiers sont payés 100 000 $/an pour jouer aux agriculteurs ..." précise un commentaire de cet article ! Pour sûr que les policiers reviendront donc chaque année arracher de l’herbe ! Ici, les commentaires de bas de pages sont aussi importants que l’article lui-même : ils mettent en évidence la critique de l’action gouvernementale concernant sa politique d’éradication de la marijuana ! Nous vous encourageons à consulter la source pour accéder aux commentaires que nous ne produirons pas (de nouveaux commentaires arrivent souvent) !
Par Éric Thibault, publié le Samedi, 12 septembre 2015 00:01 MISE à JOUR Samedi, 12 septembre 2015 00:01
http://www.journaldemontreal.com/20...
Note : si notre "glisseur" vous crée des problèmes de manipulation ou de pagination, veuillez bien vouloir consulter cet article à sa source.
Dans les coulisses de la lutte aux producteurs de marijuana
« On va avoir plusieurs milliers de plants à ramasser. Amenez-vous au moins quatre bouteilles d’eau chacun parce qu’il va faire très chaud. Pour le reste, c’est comme d’habitude... »
À lire aussi : La « bonne vieille méthode »
Mercredi dernier, 8 h, au poste de la Sûreté du Québec à Nicolet.
L’agent Guy Nadeau dirige le briefing d’une dizaine de policiers avant l’éradication d’une vaste plantation de marijuana sur une terre agricole, dans le village de Saint-Elphège, à une quarantaine de kilomètres au nord-ouest de Drummondville.
Ce genre d’opération – à laquelle Le Journal a exceptionnellement pu assister – s’avère bel et bien une « habitude » pour l’agent Nadeau et ses collègues, basés dans la région la plus prolifique du Québec en matière de cultures extérieures de cannabis.
« Guy et moi, on doit approcher le million de plants arrachés depuis qu’on travaille là-dedans », mentionne l’agent Louis Tremblay.
Une par jour
Selon le directeur du poste, le lieutenant Stéphane Mailhot, la SQ démantèle « une plantation par jour, en moyenne » sur ce territoire, de la fin août au début octobre.
Il ajoute que la lutte contre les cultures de cannabis est « la priorité locale numéro un » pour les élus et les policiers de la MRC Nicolet-Yamaska.
Ici, l’abondance des terres agricoles « fertiles » et la « météo idéale » rendent les conditions propices pour que le crime organisé y multiplie les plantations illicites, fait valoir le lieutenant Jacques Gagnon, le coordonnateur provincial du programme Cisaille 2.0, axé sur ce phénomène.
Plusieurs organisations criminelles y embauchent même « beaucoup de jeunes de 13, 15 ou 18 ans, qui manquent des journées d’école pour venir planter », ajoute l’officier.
La plantation du jour est répartie en plusieurs endroits, au beau milieu de champs de maïs et de soya.
Vers 9 h, les policiers investissent la terre du cultivateur dont la propriété est « squattée » par les mariculteurs.
Les « petits amis »
« Ça se peut qu’il y ait des petits amis dedans », laisse tomber un des policiers.
Il y a quelques jours, la SQ a survolé le secteur en hélicoptère pour vérifier si les plants étaient surveillés par des gardiens armés.
En 2012, un watchman d’une plantation a fait feu en direction des agents Tremblay et Nadeau au cours d’une opération semblable dans la région.
« J’ai entendu crier : “Qui est là ?”, a rapporté le premier. Et un coup de feu a été tiré. On s’est couchés à terre. On a arrêté un gardien. Il avait un .12 et des balles dans sa tente. »
Les pièges
De plus, il y a souvent des pièges installés pour protéger les plantations, éloigner ou blesser les intrus : des pièges à animaux sauvages ou des fils à pêche tendus à proximité et auxquels des hameçons sont attachés.
Ce ne sera pas le cas ici. Et il n’y a pas de gardien armé dans les parages.
C’est que les mariculteurs « craignent autant les voleurs que les policiers », d’après le sergent Hugo Fournier, porte-parole de la SQ dans le district Mauricie-Centre-du-Québec.
Il y a trois ans, un voleur est mort sous les balles du surveillant d’une plantation de pot, à Mascouche.
« Des voleurs louent même des hélicoptères pour trouver des plantations, selon le lieutenant Gagnon. Ils notent les points GPS où il y en a et ils reviennent la nuit avec des complices pour dérober les plants. »
Tromper la police
En plus des cultures de maïs et de soya où sont jonchés de petits îlots de marijuana, on retrouve de nombreux plants de pot poussant le long des boisés qui entourent les terres.
« Les lignes de plants sont cachées sous les arbres et sont donc plus difficiles à déceler du haut des airs, note le sergent Alexandre Gervais. Avant, on trouvait un gros carreau de plusieurs milliers de plants dans les champs de blé d’Inde. C’est rare, maintenant. »
La plupart des plants découverts ne sont pas encore arrivés à maturité. Mais ils sont « bien entretenus », constate Louis Tremblay.
À quelques endroits au milieu des champs de maïs, aucun épi n’a été semé sur des lisières faisant trois mètres de largeur par 100 mètres de longueur. Ces bandes de terre font place à une rangée de centaines de plants de pot.
Mais rien n’indique que le cultivateur propriétaire des lieux était au courant du stratagème.
Montrer patte blanche
« Comme c’est le cas aujourd’hui, la plupart des cultivateurs nous donnent accès à leurs champs en tout temps pour la détection du cannabis. Ils savent que, collectivement, on va faire quelque chose », dit le lieutenant Gagnon.
Il dit n’avoir dû traiter aucune plainte de propriétaires victimes de représailles après avoir dénoncé des suspects.
« Par contre, on a déjà arrêté des cultivateurs qui tiraient profit des récoltes de cannabis. Ils ont été accusés et leurs terres ont été saisies quand ils ont été trouvés coupables », ajoute l’officier qui compte 30 ans de service dans le domaine de la lutte contre les stupéfiants.
Se cacher à l’intérieur
Le lieutenant Gagnon convient que « les saisies extérieures ont baissé » au Québec – 274 000 plants saisis seulement, l’an dernier, comparativement au record de 700 000 en 2005.
Il explique cela par l’essor des cultures hydroponiques intérieures, plus dures à déceler pour la police.
« Avec les années, on a assisté à une migration des plantations de cannabis vers les serres intérieures, a-t-il précisé. Le produit est de meilleure qualité et c’est plus lucratif pour le crime organisé québécois, qui en exporte aux États-Unis, en plus d’approvisionner une partie du marché noir de l’Ontario et du Nouveau-Brunswick. Nous mettons aussi beaucoup d’efforts pour nous attaquer à ces réseaux », a-t-il ajouté.
Aux commandes d’un hélicoptère Griffon des Forces armées, des pilotes de la base militaire de Saint-Hubert sillonnent le ciel pour aider les policiers à localiser tous les îlots de cannabis et à hisser les ballots de plants vers un camion cube de la SQ.
En attendant la prochaine
Le seul facteur inhabituel de cette opération, c’est que le travail des policiers s’effectue sous une chaleur accablante de plus de 30 degrés.
Vêtus de longues combinaisons de travail pour se protéger, les « verts » suent à grosses gouttes en arpentant les champs, en coupant les plants et en les transportant sur leurs épaules.
L’opération durera toute la journée. La récolte totalisera finalement plus de 9400 plants.
« Et on recommencera ailleurs demain », conclut le sergent Hugo Fournier.