"Dépénalisation du cannabis : qu’en disent les présidentiables ?" par le Point

Par Alexandre RoussetPublié le 15/04/2016 à 06:03 - Modifié le 15/04/2016 à 12:57 | Le Point.fr

http://www.lepoint.fr/politique/dep...

Dépénalisation du cannabis : qu’en disent les présidentiables ?

Si la question du cannabis agite une nouvelle fois l’arène politique, les pontes de la politique sont dans leur majorité hostiles à tout changement de législation.

En bon serpent de mer, le débat sur la dépénalisation du cannabis a de nouveau pointé le bout de son nez dans la sphère politique. Cette fois-ci, c’est le secrétaire d’État aux Relations avec le Parlement, Jean-Marie Le Guen, et le député PS Patrick Mennucci qui ont allumé la mèche ces derniers jours en faisant part de leur souhait de voir le Parti socialiste ouvrir un débat sur la question des drogues douces. Si cette question revient souvent dans le débat politique, c’est rarement par le biais d’une personnalité de premier plan. Chez les potentiels "présidentiables", ils sont peu à ouvrir la porte à une dépénalisation. Tour d’horizon des avis sur le sujet à un an de l’élection présidentielle de 2017.

Marine Le Pen

"C’est une idée profondément dangereuse. Là où ça a été fait, ça a été dramatique avec une explosion de la drogue et des problèmes psychiatriques dans la population", déclare Marine Le Pen au micro d’Europe 1 à l’été 2011. Invitée à réagir à la proposition du député socialiste, et ancien ministre de l’Intérieur, Daniel Vaillant de légaliser le cannabis, la présidente du Front national invoque selon elle les dangers d’une telle mesure pour la santé publique : "Les produits sont beaucoup plus dangereux dans leur composition maintenant qu’à l’époque où monsieur Vaillant était un peu hippie et tirait sur le joint", ironise-t-elle. "Vous avez déjà essayé ?" questionne un journaliste. "Non, tout ceci me fait bien trop peur pour que j’essaye", répond-elle.

Nicolas Sarkozy

"Je n’autoriserai pas la drogue. Je pense que c’est un drame pour les jeunes. Ils bousillent leur vie et ils bousillent leur avenir. C’est pour ça que je propose la contraventionnalisation." Venu s’adresser aux jeunes au micro de Skyrock un mois avant l’élection présidentielle de 2007, Nicolas Sarkozy annonce son souhait de verbaliser les consommateurs de cannabis plutôt que d’engager des poursuites judiciaires. Au printemps 2012, revirement de situation. Le socialiste François Rebsamen propose à son tour la contraventionnalisation des consommateurs d’herbe. Mais là, Nicolas Sarkozy, en campagne pour sa réélection, change son fusil d’épaule et condamne cette idée : "C’est irresponsable. Si la société envoie le message que fumer, se droguer, ce n’est pas un problème, que peut dire la famille ? Que peuvent dire les parents ?"

Alain Juppé

"Je considère depuis toujours la drogue comme un terrible fléau. Pour ceux qui la consomment et pour la société tout entière qu’elle mine de ses trafics mafieux. Il faut donc la combattre avec détermination. C’est pourquoi je suis et reste hostile à la dépénalisation du cannabis", détaille l’ancien Premier ministre sur son blog en 2015. Manifestement délaissée par Nicolas Sarkozy, l’idée de verbaliser la consommation de cannabis est reprise par Alain Juppé qui souhaite instaurer pour les amateurs d’herbe une "amende forfaitaire payable sur le champ."

François Fillon

"C’est étrange. D’un côté, il y a un mouvement de plus en plus dur, à juste titre, contre le tabac, et de l’autre côté, on voudrait dépénaliser le cannabis", s’étonne François Fillon sur BFM TV en janvier 2016. Mettant souvent en avant l’exemple des Pays-Bas, où les résultats de la légalisation de l’herbe sont mitigés, François Fillon fermait déjà la porte à la légalisation en 2011, lorsqu’il était Premier ministre : "Ni sur le plan sanitaire, ni sur le plan politique, ni sur le plan moral, je ne puis envisager une seconde de voir l’État annoncer officiellement à sa jeunesse que le cannabis est désormais en vente libre."

François Bayrou

"Je crois que la légalisation augmenterait la consommation. Pour faire reculer ce fléau qu’est la drogue, il faut repenser la manière de lutter contre elle. En tous les cas, c’est la santé publique qui doit constituer la ligne directrice à suivre dans cette affaire", déclare François Bayrou lors de la campagne présidentielle de 2007, tout en assurant qu’il n’était "pas fermé à la réflexion" sur le sujet. Depuis, le maire de Pau ne remettra que rarement ce sujet sur la table, au contraire d’un autre centriste, le président de l’UDI Jean-Christophe Lagarde, ouvertement favorable à une "organisation de la consommation de cannabis" par l’État.

Manuel Valls

"J’ai la conviction que toute société doit savoir fixer des interdits. Je crois que la consommation du cannabis, parce qu’elle a un impact sur la santé publique, doit en rester un." Par cette phrase issue de son interview du 13 avril à Libération, Manuel Valls referme le débat lancé deux jours plus tôt par son secrétaire d’État Jean-Marie Le Guen. Déjà en 2009, l’actuel Premier ministre s’était opposé à la proposition de Daniel Vaillant d’ouvrir le débat de la légalisation. Dans son livre Sécurité : la gauche peut tout changer paru en 2011, il expliquait ainsi que "toute substance qui contribue à l’aliénation des hommes est pour moi une hérésie".

François Hollande

"Le cannabis doit rester un interdit, donc la pénalisation est nécessaire. Rien ne changera de ce point de vue", déclare le candidat Hollande en pleine campagne pour l’élection présidentielle de 2012. Pour lui, hors de question de toucher au cadre pénal et encore moins d’envisager une légalisation. Une fermeté qui contraste avec son discours lors des primaires socialistes quelques mois plus tôt. Il estimait alors que la question du cannabis "devait être débattue au niveau européen."

Martine Aubry

"Le grand débat, c’est entre la dépénalisation et la légalisation. Moi, je suis pour la dépénalisation, et je pense que tant qu’on n’aura pas pénalisé réellement de manière extrêmement forte ceux qui sont dans les trafics, ceux qui s’enrichissent du cannabis, il est difficile de le légaliser", assure Martine Aubry en 2011, au moment de se lancer dans la course à la primaire du PS. Avec Jean-Michel Baylet, elle est alors la seule candidate à l’investiture socialiste à se prononcer en faveur de la dépénalisation. Au contraire de François Hollande, Manuel Valls, Arnaud Montebourg et Ségolène Royal.

Cécile Duflot

"Il faut considérer que le cannabis, c’est comme l’alcool et le tabac, même régime", dit en 2012 Cécile Duflot, fraîchement nommée ministre du Logement. Selon elle, la légalisation permettrait de "faire baisser le trafic" et de développer une "politique de santé publique". La comparaison avec le tabac et l’alcool scandalise la droite et embarrasse le gouvernement, officiellement opposé à la légalisation du cannabis. L’affaire constituera un des premiers couacs du nouvel exécutif. Petite revanche pour Cécile Duflot, Barack Obama fera exactement la même comparaison qu’elle deux ans plus tard. Le président américain avouant meme avoir fumé de la marijuana dans sa jeunesse.

Jean-Luc Mélenchon

"À titre personnel, je suis pour la dépénalisation du cannabis. Ne serait-ce que pour briser les reins du trafic", déclare Jean-Luc Mélenchon en avril 2016 au micro de RTL. S’il précise qu’il s’agit de son opinion personnelle, c’est parce que la question divise au sein du Front de gauche comme il l’expliquait pendant la campagne présidentielle de 2012 : "Au Front de gauche, il y a un vif débat sur la dépénalisation du cannabis. On a donc décidé de ne pas nous exprimer en faveur de la dépénalisation mais par contre de décriminaliser l’usage, car on trouve que c’est ridicule de plomber les gens quand ils se sont fournis."