Échos sur la petition pour la réouverture des magasins de chanvre

FRIBOURG. Le Conseil d’Etat a reçu une pétition pour la réouverture des magasins de cannabis. Selon l’Etat, la démarche a peu de chances d’aboutir.

Mercredi 27 avril 2005. « Nous voulons sauver nos enfants du marché noir. » André Fürst, le chef de file de Chanvre-Info, est-il obnubilé par la santé publique ? A le croire, c’est en tout cas le sens profond de la pétition, paraphée par 3702 citoyens, adressée la semaine dernière au Conseil d’Etat fribourgeois, et qui demande la réouverture de magasins de chanvre dans le canton. « Leur fermeture et la répression contre les chanvriers ne changent rien à l’usage de la plante, explique André Fürst. Pire, les consommateurs s’approvisionnent désormais auprès de dealers en activité dans la rue. Ceux-ci, souvent vendent des produits frelatés et risquent de pousser les consommateurs vers des drogues plus dures. »

Pour mémoire, le canton de Fribourg a été passablement libéral en matière de drogues douces, et ce jusqu’en 2002. Mais depuis lors, il a serré la vis. La dizaine de magasins qui vendaient du haschich ou de la marijuana ont été bouclés, et les producteurs de chanvre ont été réduits à une poignée. « Nous ne faisons qu’appliquer la loi », note pour sa part le juge d’instruction Markus Julmy. Qui a été conforté dans son action l’année dernière par le refus exprimé par le Conseil national d’entrer en matière sur la dépénalisation du cannabis.

Un projet pilote fédéral à Fribourg ?

Face au vent contraire, Chanvre-Info ne veut pourtant pas baisser les bras. Et l’organisme d’imaginer des commerces qui respecteraient le label de qualité « Cannaclean », garantissant des contrôles d’identité (18 ans au minimum, domicile en Suisse), une vente limitée par personne et par jour (50 francs par exemple), la tenue d’une comptabilité ainsi que le paiement des assurances sociales et des impôts. En outre, l’association exige que le canton de Fribourg expérimente un projet pilote fédéral pour le contrôle du chanvre.

Directeur de la Sécurité et de la justice, le conseiller d’Etat Claude Grandjean ne voit pas très bien où les pétitionnaires veulent en venir. « Leur démarche n’a aucune chance d’aboutir à un résultat. » A l’époque du débat aux Chambres fédérales, le magistrat socialiste était favorable à la libéralisation. Aujourd’hui, il se montre plus prudent. « Le taux de THC (ndlr : tétrahydrocannabinol, le principe actif du cannabis) qu’on trouve dans les produits dépasse souvent de beaucoup les 0,3% qui sont actuellement autorisés [1] . Pour les fumeurs, cela peut engendrer de funestes conséquences. »

« Nous voulons montrer que nous sommes là »

Selon le conseiller d’Etat socialiste, en dénonçant les razzias effectuées par la police, Chanvre-Info fait tout d’abord référence à ce qui se passe actuellement dans le canton de Berne. « Autrefois très permissif, notre voisin a désormais mis en place une politique restrictive », souligne-t-il. Notamment en ville de Bienne, où les consommateurs trouvaient à peu près tout ce que qu’ils voulaient.

Signée « exclusivement par des usagers du chanvre », mais venant aussi bien de Fribourg que de Vaud ou de Berne, la pétition, dixit André Fürst, se veut avant tout symbolique. « Nous voulons montrer que nous sommes toujours là. Depuis trente ans. Même muselés par la police et attachés sur le bûcher, nous fumerons encore. »

François Mauron www.letemps.ch

Notes

[1] il faut bien distinguer entre le "THC" et le "delta-9-THC" qui est en fait la molécule psychoactive du chanvre. [A l’aide de certaines méthodes d’analyse, tous les cannabinoides, y compris les non psychoactifs, sont comptés en tant que THC, ce qui donne des résultats bien plus elévés que le simple dosage du delta-9-THC et des ses métabolites pschotropes. Au moyen de ces procédures quelque peu douteuses, l’on trouve des taux elévés de THC même dans du chanvre naturel suisse ou du chanvre industriel