(Enregistrement radio) "Cannabis et poumons" par RFI

+ une petite lettre au Pr Bertrand Dautzenberg dans le PS

Puisse le Pr Bertrand Dautzenberg tomber sur une petite critique raisonnée de certains de ses propos tenus dans l’émission de RFI.


Par Claire Hédon, diffusion : lundi 1 février 2016

http://www.rfi.fr/emission/20160201...

Cannabis et poumons

MP3 - 21 Mo

1 mineur sur 4 fume un joint au moins un week-end par mois, une proportion qui retombe à 1 sur 10 pour les 18-25 ans. AFP/FRED DUFOUR ("Clic droit" sur l’image puis "Ouvrir dans un nouvel onglet")

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A l’occasion du 20ème congrès de Pneumologie de Langue Française qui s’est tenu à Lille, du 29 au 31 janvier 2016, nous faisons le point sur les effets du cannabis sur les poumons. Alors que depuis la création de la loi Evin, il y a 25 ans, la consommation de tabac par habitant a diminué de 50 %, celle du cannabis a augmenté de 20 % chez les jeunes. Les travaux de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) ont montré, par ailleurs, l’absence de lien direct entre statut pénal et niveau d’usage. On constate une consommation de cannabis plus élevée dans les pays ayant le traitement le plus répressif. Le cannabis a des effets respiratoires liés à la fumée (infection, BPCO, cancer), et favorise les rechutes du tabagisme liées à la co-consommation de nicotine. Ces effets peuvent être supprimés ou réduits par d’autres modes de consommation. Quels sont les traitements disponibles ? Comment aider les jeunes ?

• Pr Bertrand Dautzenberg, pneumologue à la Pitié-Salpêtrière-Charles Foix APHP. • Dr Georges Ouedraogo, pneumologue tabacologue au Centre Hospitalier Universitaire Yalgado Ouedraogo de Ouagadougou au Burkina Faso.

P.-S.

Vous lisez beaucoup la Presse en ce moment, monsieur Dautzenberg, alors il y a des chances que vous tombiez sur ceci …

Il y a pleins de choses que vous racontez ici, qui restent de l’ordre de la pensée prohibitionniste, monsieur Dautzenberg - c’est dit avec respect au su que vous êtes une personne qui essaye de changer un peu les choses. Permettez une petite critique qui se veut constructive.

Et si votre société et vos valeurs ne m’intéressent pas et que je veuille vivre ma vie - une chance et une expérience unique dans l’Univers - en la gérant dans la façon dont j’entends la vivre. Je veux dire par la sorte que je ne suis pas né pour fatalement servir une personne et/ou pour lui ou vous obéir, mais avant tout pour vivre ma propre existence. Pour apporter un peu de caution à ma remarque : franchement, la société française devient de la merde et une sacrée dictature. Une pathocratie même et comme je fus instruit à l’école dans une ambiance républicaine, j’affirme avoir le droit de vivre différemment. Du moment que ma conduite ne nuit pas à autrui … !

L’idée de la légalisation du cannabis ne se base pas que sur des considérations sanitaires :

OK : la société m’impose des règles : du coup, je ne conduis plus, je ne peux plus travailler avec mes qualifications - je suis diplômé- je vis donc en marge et dans la précarité … et la peur à chaque instant du contrôle. Pensez-vous que c’est une bonne chose de nous imposer cela ? Dans le principe d’une démocratie - une vraie - je dois pouvoir trouver ma place dans la société. Actuellement j’en ai trouvé une mais en temps de reclus. Je pense pourtant avoir les capacités à mériter mieux. Heureusement que le cannabis rend non violent, monsieur.

La France à 150 000 SDF dans la rue en ce moment. J’affirme qu’une bonne partie de ces gens sont des personnes affectées par la répression cannabique. Surtout des jeunes qui n’ont pas encore le droit au RSA. J’en connais un qui vit dans une cabane en carton, dans la forêt … cela donne envie de crier, d’hurler … monsieur ;

Ce qui suit pourrait m’envoyer en prison monsieur, respectez donc ma franchise en ne prenant pas offense à mes propos :

Le coup de l’argent dépensé dans le cannabis (que vous citez) ... si on me laisse réaliser mes petites cultures, cela ne me coûte pas bien cher. Mais comme la maréchaussée s’acharne à arracher mes plantes et les juges à me faire un second trou au (censuré), cela m’oblige à donner de l’argent au marché noir pour m’approvisionner. Et je ne vous parle pas des amendes, exorbitantes lorsqu’elles sont douanières ... ce n’est pas le cannabis qui coûte cher, mais les effets de la Prohibition. Idem : les risques les plus graves - de très loin - sont judiciaires et non pas médicaux. La Prohibition à beau rôle de vouloir nous culpabiliser sur ce point et sur notre état, au su qu’elle est la cause de ces misères et paupérisations.

Le fait que vous vous souciez de notre santé, c’est très sympa, mais lorsque cela devient une obligation de soins ou de prise de tête pour obliger le sevrage, ça "énerve à force". Aidez ceux qui veulent sincèrement arrêter mais foutez la paix aux autres. Si des gens sont heureux avec leur Weed, pourquoi aller leur casser les pieds ? Quand même : on nous oblige aux soins et/ou à de la psychiatrie. Dans le meilleur des cas sinon c’est la prison. Nous prenons cela pour de la tyrannie et c’en est bien, hélas ! Comment cautionne-t-on une dictature – on se pose souvent la question au sujet du peuple allemand d’entre-deux guerres – hé bien comme vous le faites, en croyant bien faire. Et encore monsieur, j’insiste sur ce fait : vous êtes un « gentil ». Ce qui n’est pas le cas d’autres personnages que j’ai rencontré dans mes cannabiques aventures … !

Au sujet de la schizophrénie, ce n’est pas clair cette histoire. Nous avons pris connaissance d’études (Bulletin IACM) qui affirment tout le contraire de vos propos tenus dans cette émission de RFI. Comme, historiquement parlant, l’interdit du cannabis est basé sur de gros bobards et mêle quelques supercheries de Nahas et d’autres (lire nos archives), permettez alors qu’on puisse douter lorsqu’on parle de relation de cause à effet entre le cannabis et cette maladie.

Voilà il y aurait beaucoup de choses à dire sur cet interdit monsieur et je serai heureux d’avoir un jour à discuter avec vous de tout cela. Il me semble que vous deviez vous intéresser aussi aux principes du Droit auxquels la Prohibition déroge car un de nos arguments est d’affirmer qu’elle met en danger la démocratie. Je pourrais vous le développer.

Je pense que vous aurez du mal à rester longtemps le « cul coincé entre deux chaises ». Pardonnez le cru de cette remarque mais elle est très explicite. Essayez de discuter avec nous – gente du Peuple de l’Herbe – pour nous comprendre et mieux saisir l’ensemble de la problématique cannabis. Vous trouverez pleins de gens intéressants chez les activistes français, au CIRC, à Cannabis Sans Frontière, à Chanvre et Liberté … ils sont loin d’être les « légumes amnésiques » que définissent Costentin and Co.

Pour ce qui est de Chanvre Info : nos archives vous sont ouvertes … comme à tout le monde à propos. Nous sommes un tantinet satyriques et provocateurs à Chanvre Info.fr : demandez par exemple à monsieur Galibert ce qu’il en pense !

Mais nous ne voulons pas voler la vedette : d’autres médias activistes sont tout autant performants que nous et sont peut-être plus accessibles. Il existe aussi des structures comme Asud où on y rencontre des gens passionnants et très au faits : un nom me traverse la tête c’est Laurent Appel, mais il y en a d’autres.

Cette intervention est réalisée dans l’idée qu’il n’y a aucune raison que l’on parle toujours du cannabis sans les concernés … (hé-hé) ! « Pas faux », n’est-ce pas ?

Je ne prétends pas vouloir vous convaincre monsieur, mais espère pouvoir ouvrir un dialogue …

Jean-Louis Bouvarel