Eurocannabis, mafias et guerre des gangs !

L’Europe et la France en grands dangers ! Les conditions sont réunies pour ouvrir l’appétit aux gangs et aux mafias. Le refus de légalisation ne peut enrayer le développement de la pratique cannabique et favorise le développement de la criminalité. Livrés à eux-mêmes, les particuliers et organisations de production de cannabis doivent faire face à celle-ci et à ses innombrables troupes qui, telle des charognes, viennent festoyer là où il y a de l’argent et un phénomène de non-droits. La situation à la mexicaine dont nous vous avons prévenus à Chanvre Info, est en train de se mettre progressivement en place. Dans un système sous la coupe d’une guerre de gangs, l’État et la police sont perçus comme un simple gang rival et peuvent subir des attentats, des assassinats de responsables, des guet-apens pour les patrouilles ... continuons à interdire le cannabis et à faire confiance aux abrutis sans cœur et sans cervelle qui nous ont placés dans cette souricière !


Lundi 22 septembre 2014

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Restructuration du marché du cannabis

S’il est un marché qui ne souffre pas des délocalisations, c’est celui de la drogue. L’Europe produit désormais la marijuana à une échelle industrielle et assure aujourd’hui une part non négligeable (estimée à 60%) de sa consommation intérieure, réduisant d’autant sa dépendance vis-à-vis des pays producteurs. Ces cinq dernières années, une révolution silencieuse des circuits d’approvisionnement et d’acheminement a eu lieu et tous les réseaux intra-européens de distribution et de trafic s’en sont trouvés chamboulés – au prix souvent de sanglants règlements de compte dont l’actualité se fait régulièrement l’écho.

L’Espagne n’a pas échappé au phénomène. En cinq ans, elle a quintuplé sa capacité de production (illégale) et le nombre de plants de cannabis saisis par les forces de l’ordre a augmenté de 532% entre 2009 et 2013 d’après les statistiques du Ministère de l’Intérieur. Rien que dans les cinq provinces les plus touchées (Murcie, Málaga, Grenade, Alicante et Valence), plus de 105 000 plants ont été confisqués au cours de la seule année 2013.

Modification génétique des semences, amélioration des techniques de culture hors sol, apparition de matériels permettant de transformer de petites granges et des greniers en discrètes unités de production : désormais, les trafiquants réalisent quatre à six récoltes par an de ce que les experts de l’antidrogue appellent l’eurocannabis. Du coup, les producteurs étrangers, notamment marocains, voient leurs marchés européens se tarir. Et la redistribution des cartes de ce vaste trafic se règle parfois à coup de kalachnikov ou de voiture incendiée – avec ses occupants.

L’Espagne s’est ainsi transformée en pays producteur d’eurocannabis. Elle en produit tellement que non seulement elle a atteint l’autosuffisance cannabique mais elle s’est aussi muée en pays exportateur. En témoigne le nombre de plants confisqués. Autre signe : il y a quelques années, la police ne découvrait que de très modestes installations productrices, telles que des serres au fond du jardin ou des bacs artificiellement éclairés dans un grenier ou une cave. Désormais, elle tombe de plus en plus souvent sur de véritables unités de production de plusieurs centaines de mètres carrés (photo) et les documents saisis lui permettent de reconstituer les business plans de leurs propriétaires.

La police comme la Guardia Civil manquent d’informations pour établir le profil de ces nouveaux cannabiculteurs. Il faut dire que ceux-ci se laissent difficilement cataloguer : certains sont de petits producteurs espagnols sans connexion avec les réseaux internationaux, d’autres sont des ressortissants anglais et néerlandais qui ne font que produire en Espagne pour alimenter leurs centrales de distribution.

Un lieutenant de la Guardia Civil de Málaga explique : « Dans ce genre de cas, les enquêtes sont beaucoup plus compliquées parce qu’on a affaire à de très petites organisations. Elles n’ont besoin ni d’un grand nombre de collaborateurs, ni de montages logistiques complexes pour acheminer le haschisch. Les producteurs peuvent pratiquement tout faire eux-mêmes. Ils n’ont plus besoin de franchir le Détroit de Gibraltar ni quoi que ce soit d’autre : il leur suffit de mettre leur production dans une voiture ou dans un camion, et ils peuvent l’emmener à destination. Au pire, ils ont besoin d’une ou deux personnes pour s’occuper de leur ferme ou de leur hangar pendant leur absence.  »

Pour les officiers de police, les producteurs locaux bénéficient d’un « avantage compétitif » parce qu’ils peuvent éliminer tous les intermédiaires de la chaîne qui se sucraient au passage. « Les cultivateurs des pays traditionnellement producteurs de cannabis ne perçoivent qu’un modeste pourcentage du prix que payent les consommateurs européens  », explique un rapport d’Europol, « alors que les producteurs européens perçoivent jusqu’à 50% du prix des ventes. »

Un autre facteur qui permet de comprendre l’évolution du trafic est le prix de vente des produits. En quatre ans, le gramme de marijuana est passé de 3,58€ à 5,02€, tandis que le cours du haschich (qui est une résine de plant de cannabis) restait stable.

Cette stabilité du prix du haschich est le fruit de l’âpre compétition que se livrent les cannabiculteurs européens, qui ont évincé les Marocains du marché européen. Elle est aussi le résultat d’une baisse des saisies de haschich par les douanes et les forces de police : de quelque 700 tonnes annuelles dans les années 1990, ces prises sont tombées à 300 tonnes, d’où une meilleure desserte, moins risquée, du marché et une stagnation des prix.

Pour essayer de faire face à cette réorganisation du trafic, aux contours encore flous, l’Europe essaie de s’organiser. Ses forces de police manquent encore de données et de statistiques pour suivre les filières, les échanges de données ne sont pas encore systématisés (ne serait-ce que parce que les modèles de données sont nationaux et ne sont pas standardisés à l’échelle européenne). Une chose est sûre : la cannabiculture hors sol, dans des hangars ou des granges, se pratique un peu partout en Europe.

Et dans le sud du continent, comme c’est le cas en Espagne, on cultive aussi le cannabis en plein champ, en le cachant parfois au milieu d’un champ de maïs ou entre deux rangées de tournesols, ce qui le rend particulièrement difficile à repérer. La crise n’est certainement pas étrangère à cette reconversion de la paysannerie sud-européenne : le gramme de cannabis se vend infiniment plus cher que le gramme de céréale ou d’oléagineux…

Les deux principaux pays producteurs sont le Royaume-Uni et les Pays-Bas, pays de culture hors sol en espace fermé. C’est là que le plus grand nombre de plants ont été découverts. Suivent la Pologne et la Belgique, où 1200 à 1500 centres de production ont été découverts en 2012. Le cas de la Belgique s’explique en partie par le changement de réglementation aux Pays-Bas : l’interdiction et la criminalisation de la culture du cannabis a incité les producteurs à franchir la frontière flamande pour délocaliser leurs exploitations tout en continuant à alimenter leurs coffee-shops.

La restructuration du trafic a également vu fleurir des associations singulières : la marijuana consommée en Hongrie est distribuée par des trafiquants vietnamiens qui ont relocalisé leur production en Slovaquie, en République Tchèque et en Pologne. C’est grâce à ces entrepreneurs vietnamiens que la Slovaquie et la République Tchèque se sont muées en pays exportateurs et desservent aujourd’hui l’Allemagne, entre autres pays importateurs d’Europe.

De semblables organisations vietnamiennes ont été découvertes en Belgique, en Allemagne, en France et au Royaume-Uni. Très hermétiques et très hiérarchisées, ces triades ont leurs propres spécialistes : électriciens, plombiers, jardiniers, ce qui leur permet de ne pas faire appel aux artisans locaux, et elles utilisent les filières illégales de travailleurs migrants pour faire effectuer leurs autres tâches.

Mais les étrangers extra-européens ne sont pas seuls en cause, loin s’en faut. Si c’était le cas, la tâche des enquêteurs serait facilitée. La réorganisation de l’ensemble de la chaîne a aussi été le fait d’Européens, qui en ont profité pour évincer les anciens pourvoyeurs basés à l’extérieur du continent.

Le marché européen du cannabis a radicalement changé, reconnaît Europol. « Aujourd’hui, on consomme dans l’Union Européenne plus de marijuana que de haschich. De plus en plus, la marijuana est produite dans le pays où elle est vendue et consommée. Et sa production est en croissance, comme le prouve l’émergence des exportations vers les pays voisins. »

Les kalachnikovs n’ont pas fini de donner de la voix. Ne serait-ce que parce que les PME de la drogue n’ont pas les moyens de se protéger des tueurs à gages des gangs organisés.

Par Dom Bosco

P.-S.

Juste un bémol : la "Modification génétique des semences" n’est pas une réalité. Il n’y a pas besoin de modifier génétiquement le cannabis car on peut, par la simple sélection naturelle, obtenir des génotypes très puissants et hyper-productifs, si parfait en termes de stabilités et de rentabilités, qu’il est inutile de chercher à faire mieux encore !

Seul Israël a mis au point une variété riche en CBD génétiquement modifiée. Toutes les semences de cannabis à THC vendu par les semenciers et par les coffee-shops, sont exemptes de modifications génétiques et il est aisé de vérifier avec n’importe quel labo équipé pour ce faire !