Kinshasa face à un fléau : le chanvre

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Kinshasa face à un fléau : le chanvre

Le Phare (Kinshasa)

2 Novembre 2005 Publié sur le web le 2 Novembre 2005

Jrt Kinshasa

Au début d’un concert, pendant que les techniciens s’affairent autour des instruments de musique, en procédant aux menus réglages sur le pupitre de mixage, les musiciens d’un jeune orchestre de la place, retranchés dans les coulisses du dancing- bar, fument « l’herbe » à tour de rôle. Peu après, ils regagnent la scène, très détendus et enthousiastes. Et quand démarre le spectacle, ils explosent. C’est l’apothéose. Le public vibre de plaisir.

Derrière ce succès passager, le chanvre a fait son travail. Un délinquant, la trentaine révolue, résidant encore sous le toit familial, le regard absent et le parler lent, nargue ses parents. Sous l’effet de la drogue, il les dévisage, les injurie proprement et menace de les « barrer »(Ndlr : éliminer physiquement).

Soudain, il ressort de la maison, un pilon à la main, jurant de tuer quiconque le contrarierait. Un violent coup est administré sur la tête de sa tante, qui s’écroule et rend l’âme, pendant que le sang coule de ses yeux, de ses narines et de ses oreilles.

Un malabar, sans emploi, ivre de chanvre et d’alcool indigène, vient de violenter sa mère endormie. Elle se réveille en sursaut, sans parvenir à se libérer de l’étreinte de son délinquant de fils, déchaîné comme un forcené. Ce tableau suffit pour fixer les esprits sur un mal, ou plutôt un fléau qui touche la société congolaise depuis des décennies. Mais en cette période de basse conjecture économique et de turbulences politiques, la cote d’alerte est atteinte.

La drogue, ce produit naturel ou chimique auquel l’on prête certaines vertus hypnotiques, et dont le trafic, la détention et la consommation sont prohibés par la loi, est aujourd’hui très prisée dans les milieux de la jeunesse kinois. Kinshasa, on compte des milliers des points de vente et de consommation. De jour comme de nuit, des centaines de jeunes assiègent les lieux, prennent « l’herbe » et en ressortent groggy, presque dans les nuages.

Embarqué dans un univers sans foi ni loi, et dépourvu de la hiérarchie sociale, notre marginal incestueux a cru être en droit d’abuser de sa mère.

A cause de ses terribles ravages au sein de notre société, une commission nationale de lutte contre la drogue et les stupéfiants dirigée par le directeur MpiniMoke, cible depuis un certain temps les aéroports internationaux de la RDC. Elle bénéficie de l’appui de la section lutte contre la drogue et les stupéfiants de l’ONU.

Les marginaux mais aussi les autres

C’est généralement dans les milieux défavorisés de la jeunesse que la drogue et les stupéfiants sont consommés à l’excès. L’expérience montre cependant que d’autres souches de la population ne sont pas en reste. C’est le cas des travailleurs oeuvrant dans des chantiers. Ceux-ci laissent entendre que « l’herbe » chasse la fatigue.

Ainsi, des ouvriers chargés de la construction de bateaux, d’ immeubles, de ponts et chaussées ou versés dans de travaux manuels divers n’hésitent pas à se droguer pour réaliser des performances physiques. Les conducteurs de gros véhicules, les musiciens, les étudiants voir de nombreux intellectuels parlent des bienfaits du chanvre sur leurs muscles ou leur mémoire. Des disciples d’Orphée pensent retrouver rapidement l’inspiration ou la virtuosité grâce à ce stimulant.

Les voleurs à main armée raffolent de la drogue, avant d’opérer. Les crimes crapuleux, les viols commis en groupe et autres actes de sauvagerie sont perpétrés dans un état second.

Malheureusement, des éléments des forces armées et de la police n’échappent pas au mal. Ils leur arrivent souvent d’ investir les points de vente non pas pour sévir mais pour en assurer la protection et garantir les intérêts des trafiquants, leurs alliés naturels. Quelquefois, ce sont des patrouilleurs pédestres qui laissent échapper l’odeur étourdissante du chanvre, lors de leurs randonnées à travers les quartiers populeux.

Des points localisés et tenanciers connus

Sur l’avenue Rwakadingi, dans la commune de Kinshasa, comme dans les parages du Marché central, plusieurs parcelles sont érigées en points de vente et de consommation de la drogue et de l’alcool indigène. Dans le cadre de l’opération assainissement des quartiers, l’inspecteur provincial de la police de Kinshasa avait en son temps, décidé d’éradiquer le fléau. A l’issue de cette campagne, plusieurs tenanciers des points de vente ainsi que de nombreux éléments des Fardc avaient été appréhendés. La police avait non seulement saisi de grosses quantités de chanvre, mais également des bidons d’alcool indigène.

Au stade des Martyrs, de nombreux supporters de Daring, Club et Dragons n’hésitent pas à fumer du chanvre dans les tribunes au début, pendant et après les matches de football. C’est peut-être cela qui explique certains actes de vandalisme que l’on enregistre dans nos stades, lesquels s’étendent jusqu’à la mise à sac des domiciles des arbitres et officiels.

Matonge, la cité d’ambiance de la capitale, a ses places fortes. L’une d’elles, installée sur l’avenue Inzia, reçoit à longueur de journée, une clientèle composée des jeunes et des vieux passionnés de la drogue. Des consommateurs invétérés s’y retrouvent dans une sorte de confraternité très agissante.

Sur l’avenue Eyala, à Kasa-Vubu, des personnes de toutes les générations et des deux sexes partagent le plaisir d’humer l’odeur enivrante du chanvre. Civils et éléments indisciplinés de la police se côtoient en parfaite complicité, au point que certains observateurs se demandent comment la police censée réprimer la consommation, la détention et le trafic de la drogue pourra réussir cette mission, si ses agents se confondent avec les hors la loi.

A Kindele, les maisons inachevées sont devenues les lieux de Prédilection pour la vente du chanvre. Les vendeurs se présentent le matin et ne repartent le soir qu’après avoir épuisé leurs stocks. Selon un habitant du quartier, c’est là que des bandits élaborent des plans de cambriolage et procèdent au partage du butin.

A Kintambo, sur les avenues Kasai, Sankuru, Mahenge, Luadi, Matadi, au camp Utex, des marginaux appelés « Bana U.S. »se rassemblent pour célébrer au quotidien la solidarité des fumeurs de chanvre, une tige pouvant circuler entre cinq ou six partenaires.

A Bandalungwa, dans les « tunnels », ces espaces séparant des parcelles, les consommateurs de la drogue ne se gênent plus de fumer au vu et au su de tout le monde.

Aujourd’hui, le bastion des fumeurs de chanvre comprend le marché Lumumba de Bandalungwa, le marché de Bambole et les quartiers situés le long des rivières Kalamu et Makelele.

Bref, chaque commune dispose de ses centres de consommation.

Ce que la jeunesse pense de la drogue

« C’est un stimulant pour nous », déclare un jeune artiste musicien. « La drogue aide à vaincre le tract, développer nos talents et créer l’ambiance forte ». Un autre qui ne parvenait pas à affronter des foules, soutient que le chanvre l’a aidé à oublier qu’il livrait le concert devant des milliers de personnes. Sans ce produit, ses concerts sans vie.

Des voleurs à main armée mis dernièrement aux arrêts, ont reconnu que pour opérer, commettre des cas de meurtre et de viol, ils prennent avant tout du chanvre. Voilà pourquoi des gringalets terrorisent quelquefois de grandes personnes.

Les méfaits de la drogue sur la santé

Le chanvre à fumer détruit la personnalité de l’individu. Il crée un autre être humain dépourvu de valeurs morales et spirituelles, qui ne respecte ni les lois, ni les mours. Un être Déraciné, coupé de toutes ses attaches familiales, capable de les affronter sans aucune considération.

On a vu des délinquants pour qui l’inceste est devenu un fait banal. Un acte qu’ils peuvent poser sans remords à l’égard des membres de leurs familles. Certains ont même tué des parents, sans état d’âme.

Les prostituées recourent à la drogue pour accroître leur capacité de satisfaire plusieurs partenaires par nuit, sans se fatiguer. Dans cette frénésie à battre leur propre record en la matière, elles méconnaissent parfois l’importance des préservatifs.

La drogue crée à la longue, un effet de dépendance. Tout grand consommateur ne sait plus se passer de cette drogue, au point que toute sa vie en dépend désormais.

La fumée du chanvre finit par infecter les poumons et est souvent, à la base du cancer de ses organes respiratoires.

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La drogue la plus consommée en RDC ou dans la plupart des pays africains, est le chanvre à fumer.

Il y a aussi l’héroïne, le cannabis, la cocaine, le marijuana ou le chanvre indien, et tant d’autres, qu’il serait fastidieux d’énumérer. Il en est de même de la série des stupéfiants, fabriqués par des usines pharmaceutiques, dont certains sont vendus dans les pharmacies occidentales. Ces derniers sont prisés par les athlètes et autres sportifs.