L’Europe ne s’oppose pas à la légalisation du cannabis au Maroc, mais demande une "décision réfléchie" !
h24info.ma / Publié le 11/02/2014
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Cannabis : l’UE espère une décision "réfléchie" du Maroc
Le front pro-légalisation du cannabis (à usage médical et industriel) s’élargit et une loi devrait bientôt voir le jour au Maroc. © AFP
L’ambassadeur de l’Union européenne au Maroc, Rupert Joy, n’est ni pour, ni contre la légalisation du cannabis au Maroc. Il appelle en revanche à une décision "réfléchie" du législateur marocain.
L’Union européenne, qui collabore avec les autorités marocaines pour lutter contre le trafic de drogue, ne veut pas s’immiscer dans le débat sur la légalisation du cannabis au Maroc mais appelle à la "réflexion". "C’est à chaque gouvernement de décider de sa politique en la matière. Il y a des arguments pour (la légalisation) et d’autres contre", nous répond Ruper Joy, ambassadeur de l’Union Européenne au Maroc, en marge d’une conférence sur le bilan de la coopération entre l’UE et le royaume.
"(La légalisation) peut avoir des répercussions. Il faut bien réfléchir avant, et que le Maroc décide de manière responsable", poursuit-il encore.
Pour Chakib El Khiyari, coordinateur du Collectif marocain pour l’usage médical et industriel du kif (CMUMIK) initiateur de ce débat, la position de l’UE est "positive". "Le fait que l’ambassadeur dise qu’il n’est pas contre signifie que, bien menée, la légalisation ne risque pas d’impacter les relations Maroc-UE".
La légalisation du cannabis à usage médicinal et industriel s’est imposée dans le débat parlementaire depuis que le PAM (parti authenticité et modernité) a organisé une journée d’étude au parlement en décembre 2013. Le parti de l’Istiqlal s’est également saisi de la question en proposant une loi. Le PJD, qui conduit la coalition gouvernementale, est plus réservé et n’affiche pas une position commune. Le chef du groupe PJD au parlement, Abdellah Bouanou, a demandé des "études plus approfondies" avant qu’une telle loi ne voit le jour.
P.-S.
On peut dire que l’Europe ne s’oppose pas à une possible légalisation du cannabis au Maroc : pas d’artillerie sortie ni tirs de sommation dans les discours çà et là rendus ! On peut même affirmer qu’elle a été très polie !
Mais "très poli" en politique internationale et en "langage d’ambassadeurs", ne se traduit pas comme dans le langage courant : en amont, il est question de ne pas embarrasser les intervenants de ce "pouvoir ami", les enjeux de relations politiques d’autres domaines pesant de tout leur poids dans cette décision. Et de préciser : "Soit, faites ! Mais faites le bien, sans vous louper " !
Or, c’est justement la préoccupation des acteurs de la légalisation au Maroc : ils savent qu’ils n’ont pas droit à l’erreur ! Cela apparait clairement en parcourant la presse marocaine ! Le "conseil" ne tombera donc pas dans l’oreille d’un sourd !
D’où le fait que tous cherchent à gagner un peu de temps, le royaume chérifien en quêtant sur la meilleure façon de faire. En fait : légaliser pour contenter la seule population marocaine ne résoudra pas les problèmes de trafic hors des frontières, bien au contraire ! C’est ce qui s’avère le plus problématique pour ce royaume.
C’est à ce niveau que le Maroc cherche des débouchés internationaux dans le cadre le plus légal possible. Car c’est le seul moyen pour endiguer la production de résine hors cadre illégal ! En substance, la réponse actuelle est plutôt : "on veut bien légaliser intelligemment ... mais il faut nous aider un peu ... !". C’est à dire "soyez un peu moins intolérants chez vous et en créant un business mutuel, on pourra vraiment éradiquer le trafic" !
Peut-être que l’Algérie commence à comprendre le bien fondé de cet argument qu’elle rejetait auparavant ! Le problème de l’Algérie, c’est sa fierté à ne pas donner l’impression de perdre la face vis à vis de son éternel ennemi : le Maroc ! Mais ici, elle se trompe : si la légalisation marocaine devient un succès, ces centaines de tonnes de résine ne viendront plus chercher à pénétrer le territoire algérien ! L’Algérie pourra mieux contrôler le trafic et observer comment la situation se développe en Europe.
Le médical est une piste sérieuse, mais la légalisation du récréatif en Europe permettrait vraiment d’anéantir le trafic illégal ... et de stopper la montée intégriste qui en vit et qui affole tout le monde dans cette région du Maghreb.
Vous êtes à mille lieux de saisir toute l’ampleur de l’agitation qui s’empare actuellement des milieux diplomatiques des états respectifs. Le raz-de-marée de la légalisation, se réalise d’abord dans les esprits des décideurs qui y sont contraints et forcées par les enjeux géopolitiques ! C’est un effet "domino". Les USA dépénalisent, les prisons se vident et les caisses des états se remplissent dans une courbe logarithmique inversée. L’Europe est tentée de faire pareil ! Le "boulet" dans cette histoire, est la France qui s’est investi dans le "tout répressif" !
La France, dont la défection de l’Oncle Sam place en tête de la prohibition mondiale, cherche à tout prix à limiter la casse. Elle peine actuellement sur la scène internationale, à imposer son concept prohibitionniste ! Au final, c’est l’Europe qui parlera en sa place, d’où un déplacement du centre de la discussion dans le parlement européen. Tous les lobbies y sont activés ... chacun cherchant à imposer le discours officiel du lobby pour lequel il travaille !
Cela se nomme "un retour de manivelle" ! Et il semble particulièrement violent ! Il n’est dit d’avance que c’est la légalisation qui l’emportera, mais le moment est venu de trancher la question et c’est l’occasion ou jamais !
L’antiprohibition doit jouer son "va-tout" et se mobiliser. Et le Maroc doit saisir l’occasion de cette situation inespérée pour ses intérêts, qui le place au-devant de la scène internationale ! C’est surtout l’occasion de pouvoir être entendu, car jadis l’Europe faisait la sourde oreille à cette argumentation qui ne date pas d’aujourd’hui !
En conclusion, ce n’est pas du bon sens qui précède à l’idée de la légalisation dans les hautes sphères étatiques, mais de devoir faire face aux conséquences politiques incontrôlables qu’a généré la prohibition mondiale du cannabis ! Celle-ci s’avère trop couteuse, contre-productive, permet l’ingérence des états les plus puissants à l’encontre des plus faibles et menace la sécurité mondiale. Enfin, il y est aussi questions de libertés individuelles, le cannabis ayant été établi comme "peu dangereux pour les adultes" ! La France passe actuellement pour un pays liberticide, une quasi-dictature, ce qui est une insulte à sa tradition. Autant de raisons qui font que "trop, c’est trop" !
JLB