"L’approche globale" : une stratégie répressive à la définition qui nous parait absconse !
Un rapport réalisé par une personne qui critique "l’approche globale" tout en développant une approche répressive ciblée consommateurs et préconise des soins forcés (fin d’article). Mais au fait, "l’Approche globale", c’est quoi ?
Par Feriel Alouti , correspondante à Marseille - Le Nouvel Observateur, publié le 08-03-2014
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Sécurité à Marseille : le rapport secret qui déplaît à Manuel Valls
Une récente étude, publiée puis retirée de la circulation, tempère l’intérêt de "l’approche globale", nouveau dispositif de sécurité défendu par le gouvernement.
Manuel Valls en visite à Marseille le 27 janvier 2014. (BORIS HORVAT/POOL/AFP)
En réalisant une étude sur " l’approche globale ", le chercheur et officier retraité Serge Supersac ne pensait pas que son travail ferait autant de vagues. Et finirait au fond d’un tiroir de la préfecture des Bouches-du-Rhône. " Ce rapport est aujourd’hui secret , regrette son auteur. On m’a demandé d’aller sur le terrain et de voir ce que les habitants pensaient de ce dispositif. J’ai répondu honnêtement. Je ne suis pas là pour flatter le préfet".
Lancée en décembre 2012 par le préfet de police Jean-Paul Bonnetain, ce nouveau concept sécuritaire doit permettre de reconquérir trente-neuf cités marseillaises pour notamment y combattre le trafic de stupéfiants. La méthode qui consiste à intensifier l’action policière pendant plusieurs semaines pour ensuite faciliter le travail d’autres intervenants tels que les services sociaux, a dores et déjà été testée dans trente-trois ensembles. De quoi en tirer un premier bilan. C’est ainsi qu’en octobre 2013, le préfet de police décide de missionner Serge Supersac pour observer l’impact de “l’approche globale” sur la population à l’échelle d’un quartier, celui de Frais Vallon, situé dans le 13e arrondissement. Mais voilà que ses conclusions, rendues le 20 décembre, remettent en question la "réussite" de ce dispositif, pourtant jugé "innovant" et "spécifique" par le ministre de l’Intérieur Manuel Valls, lors de sa dernière visite à Marseille.
Un rapport publié puis retiré
Serge Supersac a ainsi pu constater, sur le terrain, l’adaptation quasi-instantanée du réseau [de drogue] au nouveau système de surveillance". " C’est au mieux la suspension momentanée de la vente ou au pire le déport de l’activité qui se réalise ", écrit le chercheur. Pire, il observe que "la pression qui peut s’exercer sur les habitants peut être consécutive à l’action des forces de sécurité" car c’est le moment où "les membres du réseau deviennent nerveux et où les habitants peuvent pâtir du point de ‘deal’”. L’ancien officier raconte alors comment, après l’incarcération d’un gérant, son remplaçant a diminué le nombre de guetteurs pour faire des économies et décidé de verrouiller les portes des escaliers, mettant ainsi en danger la vie des locataires, en cas de sinistre.
Le rapport, posté en janvier sur le site de l’ORDCS, a finalement dû être retiré il y a deux semaines suite à un appel de la préfecture. Contactée par la rédaction, l’institution remet en question l’objectivité de Serge Supersac. " L’étude produite comportait essentiellement son propre avis sur la façon d’organiser la police marseillaise, et quasiment pas d’éléments objectifs, chiffrés et argumentés sur l’impact de l’approche globale auprès des résidents de ce quartier ", répondent les services de la préfecture qui ont, d’ailleurs, décidé de commander un second travail d’évaluation, réalisé, cette fois-ci, " par une ou plusieurs entités neutres et complètement extérieures au périmètre policier ".
"Les CRS ne servent à rien"
Concernant la présence de la police dans le quartier, Serge Supersac note que les habitants l’ont "plutôt bien accueillie" mais constate que " le regard policier se porte plus sur la gestion de l’interdit que sur la prise en compte des difficultés liées à la tranquillité publique ". Et de rappeler que " nombre d’effectifs ne répondent plus aux réquisitions du 17 Police secours ".
L’ancien officier dénonce ainsi un manque de communication entre la police et les habitants de Frais Vallon. " Pour (eux), les policiers sont des fonctionnaires utiles que l’on aime voir car c’est la reconnaissance que l’état s’occupe des quartiers mais il est plus difficile de comprendre leur action. Ils sont là pour aider mais en même temps personne ne leur parle et ils ne parlent à personne d’autres que les gens qu’ils contrôlent ", observe-t-il. Quant aux unités de CRS, postées aux entrées du quartier, selon lui, " elles ne servent à rien ". "Les compagnies ne servent que d’épouvantail. Elles sont sous-employées. Il pourrait leur être imposé de faire du renseignement opérationnel", préconise celui qui a dirigé une compagnie de CRS en Seine-Saint-Denis.
Sur la relation entre habitants et acteurs du "deal", le chercheur constate que le trafic fait depuis longtemps partie de la vie du quartier. Au point, qu’un "charbonneur" (celui qui vend la drogue) s’est déjà vu délégué, par un gardien, la propreté d’un couloir et que les "choufs" (ceux qui guettent) aident régulièrement les mères de famille à monter leurs courses. D’ailleurs, selon le rapport, pour le commissariat du quartier, si ce n’est la préoccupation du trafic de stupéfiants, Frais Vallon n’est pas réputé pour sa violence. " Les membres du trafic sont soucieux d’un bon voisinage avec les habitants mais j’ai conscience que ce n’est pas partout pareil ", précise Serge Supersac.
Un rite initiatique
Pharmacienne à Frais Vallon depuis 30 ans et très impliquée dans le milieu associatif, Corinne Vuillaume partage le constat de l’étude. " Ce qui est édifiant, c’est la distance police/population. On regrette tous le temps où la police de proximité tournait dans le quartier, soupire-t-elle. Alors oui, contrairement à avant, la police est plus présente mais c’est pas pour ça que le deal s’arrête et leur présence ne change rien au quotidien des habitants. "
Roberto Ruiz, directeur de la Maison pour tous pense, pour sa part, que " les choses se sont calmées ". " Dans le bâtiment où nous sommes, les dealers sont plus discrets. Par exemple, cette semaine nous ne les avons quasiment pas vu. Mais c’est vrai qu’en général, les points de deal montent plus haut lorsque la police est là et vers 18-19h lorsqu’elle part, ils reviennent ", remarque-t-il. Selon lui, un tiers des habitants considèrent que la présence policière ne sert à rien. " Les autres ont conscience que les policiers ne vont pas restés longtemps mais quand ils sont là, ils se sentent rassurés. "
Du côté de la mairie, le discours n’est pas vraiment optimiste. " L’approche globale, c’est beaucoup d’énergie déployée pour peu de résultats, lance Caroline Pozmentier, adjointe au maire déléguée la sécurité et à la prévention. Aujourd’hui, l’action policière est ponctuelle. On nous le dit, on le voit, les trafics se réorganisent quand les policiers partent ". Et sur le sentiment de la population, l’adjointe dit : " le citoyen veut qu’on se rapproche de lui mais de façon permanente, pas au coup par coup ".
Mais alors comment agir pour combattre efficacement le trafic de stupéfiants ? Serge Supersac va à contre-courant des politiques actuelles et préconise de déplacer la pression sur les clients qui " parfaitement intégrés ont plus à craindre de leur identification ‘officielle’ que les dealers récidivistes " pour qui la prison est de plus en plus vécue comme "un rite initiatique". Et, donc répertorier les usagers réguliers, évalués à 15.000 à Marseille, afin de les dissuader et les inciter aux soins.
Feriel Alouti , correspondante à Marseille - Le Nouvel Observateur
P.-S.
" Approche globale ", Qec ksé ksa ? ? Ne cherchez pas, ce n’est pas officiel ... enfin si, mais pas tout à fait ! Explications :
Au départ, l’expression est issue du jargon diplomatique et militaire : elle est utilisée dans un sens d’adapter une action civile (politique) à celle militaire pour résoudre un conflit comme par exemple ici !
Au niveau OICS, on parle "d’approche globale" en rapport aux addictions, ce qui permet d’y greffer les addictions aux jeux, au sexe et autres dérèglements du cerveau à la problématique des drogues. Idem pour l’alcool et le tabac que la classification officielle rechigne à classer comme "drogue" en les reconnaissants comme toxiques seuls. Un tour de "passe-passe" politique et législatif qui permet à l’État de se mêler à ce qui se passe dans nos cerveaux de façon plus large !
Dans le secteurs de la prévention, l’expression "approche globale" combine la réduction des risques dans l’éducation pour la santé, et l’orientation médico-sociale.
Pour l’Europe, l’approche globale concerne le secteur des migrations et les partenariats pour la mobilité (dont vous pouvez vous faire une idée ici).
En tapant "approche globale Valls" dans Google, vous trouverez 60 000 résultats mais aucune définition officielle, franche et précise, de la fameuse expression ! Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir cherché ! Enfin bref, en lisant des tonnes de textes, vous arrivez parfois à quelques brides de compréhensions, sans plus !
Prononcé par le sinistre de l’intérieur français, l’expression est donc une arlésienne que chacun interprétera à sa façon. Pour autant, il est facile d’en comprendre le sens : c’est une politique de "quartier bouclé", de contrôle systématique avec une priorité concentrée sur l’économie parallèle et le trafic de stupéfiants . En clair, tous les habitants de la zone deviennent suspects et sujets à contrôles, c’est en cela que le terme "global" se résume ! Bref, l’expression est désormais officielle dans la police française, mais n’a pas de définition fixe !
S’il existe une définition de l’expression, je suis certain qu’elle existe quelque part, c’est certainement dans les petits papiers des préfets et des ministères, vous savez ceux du genre "qu’on nous explique ou qu’on ne nous montre jamais" ! Certainement pour les mêmes raisons qui ont fait que monsieur Sarkozy n’a pas trop apprécié les enregistrements de monsieur Buisson !
En revanche, les propos de cet article sont clairs : les populations concernées par ces "approches globales" ne se sentent pas spécialement soulagés au niveau insécurité, trafics et incivilités, mais plutôt pris en tenaille par les deux parties qui s’affrontent ! Certes l’article ne le présente pas ainsi, mais le problème des cités ne date pas d’aujourd’hui (cela dure depuis des décennies) et la situation actuelle est le résultat d’une politique ressentie comme celle de l’abandon. D’où une méfiance des habitants de tels quartiers envers les autorités, même et surtout, de ceux qui se plaignent de la délinquance et des nuisances vécues au quotidien ! Et comme par hasard, nous sommes en période de pré-élections ... les seules moments ou les pouvoirs publiques "tapent sur des casseroles" ! C’est donc du "réchauffé" de "réchauffé" : à part quelques naïfs, plus beaucoup de personnes n’osent croire à une résolution future du problème !
Et le ressenti est du genre " ils ne valent pas mieux les uns que les autres " (les trafiquants vs les flics) est à peine voilé ! Avec une exception à Frais Vallon où " Les membres du trafic sont soucieux d’un bon voisinage avec les habitants mais j’ai conscience que ce n’est pas partout pareil, précise l’auteur du rapport !
Finalement, "l’Approche globale" à la Valls, pourrait avoir du bon, mais pas dans le sens ou le "présidentiable néo-socialiste" l’entend : les trafiquants pourraient développer une stratégie de bonne relations avec le voisinage qui pourrait fortement compliquer l’action policière et politique . En clair, ils s’imposeront à limiter leurs nuisances, se montreront polis, monteront les courses aux grands-mères, tiendront les allées propres ... toute l’éducation qu’ils n’ont pas voulu recevoir de leurs parents mais que la raison d’argent et celle de leur survie, en tant que trafiquant, leur impose !
Et en fait, en faisant tout ce que l’État refuse d’assumer dans ces quartiers délaissés ...oups, pardon, "défavorisés" !
Vous savez, un ou deux "coffee-shops" dans chaque citée (reclassement des trafiquants dans une activité légale et contrôlée), et le problème délinquance serait éradiqué pour pas cher et peu de moyens ! Tout bon commerçant sait qu’il a intérêt à être en bon terme avec son voisinage et sa clientèle ! C’est même une loi élémentaire du commerce !
En conclusion : pour une fois, je vais me montrer prohibitioniste : il y a une forme d’addiction terrible qui fait des ravages dans les cerveaux au point de rendre leurs propriétaires haineux et mal-comprenants : le cocktail pouvoir-politique-pognon ! Mais personne ne fait rien contre ce fléau et il serait peut-être temps qu’on s’y mette !
JLB
