L’avenir du chanvre passe par le design
Bruno DUMORTIER
Publié le Lundi 11 Mai 2015 à 17h17
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Que faire avec du plastique au chanvre ? Douze étudiants de l’école de design lui ont trouvé des applications grand public. Un exercice qui intéresse toute la filière.
Les douze de l’école de design avec leurs créations et, à gauche, André Ravachol, créateur du Plasticana.
Toute la filière chanvre est là : la Chanvrière de l’Aube, le laboratoire de recherche FRD, le pôle de compétitivité IAR (industrie et agro-ressources) et bien sûr le Grand Troyes qui soutient l’innovation. Devant eux, douze étudiants de l’école de design présentent un à un leurs projets d’utilisation du Plasticana.
Ce plastique au chanvre – il comprend entre 15 et 40 % de fibres de chanvre mélangées à du PVC – a été mis au point par André Ravachol en 1998. Depuis, il ne connaît qu’une seule application commerciale : la fabrication de bottes.
Et pourtant, tout est possible avec ce plastique qui résiste à l’eau, au soleil et qui est à la fois extensible et très résistant. Si bien qu’André Ravachol, designer de métier, a décidé de le faire fabriquer en feuilles et de les confier à des étudiants d’écoles de design pour qu’ils inventent de nouvelles applications. Le matériau se travaille assez facilement puisqu’il se coupe au cutter, se perce et peut même être thermoformé. Le tout en gardant une couleur brune qui lui vient, évidemment, du chanvre et lui donne un côté très naturel. « Proche du cuir », dit même l’une des étudiantes. En respectant le produit, sa proximité avec la nature, les douze étudiants en ont fait un maillage pour transat, un sac de course tressé, un cabas qui s’adapte au portage de tout objet lourd, un porte-bouteilles, une poche pour faire pousser des légumes sur ses fenêtres, un hôtel à insectes à monter par des enfants, une pochette à fixer sur un cadre de vélo, une ceinture très mode et même une enceinte nomade. Des créations qui seront peut-être appelées à être commercialisés car elles seront présentées, en septembre, au salon de l’accessoire de mode « Première classe ».
L’enjeu, au-delà du développement du Plasticana, c’est aussi de donner plus de visibilité à la fibre de chanvre. Aujourd’hui, Pierre Bonnot, directeur de FRD, le confirme : certes, elle entre de plus en plus dans la composition de certains plastiques jusqu’à représenter entre 5 et 40 kg dans les voitures récentes, mais elle reste confinée à des plastiques qui ne se voient pas. Les propriétés du plastique de chanvre appréciées par les industriels sont aujourd’hui sa légèreté et sa capacité à isoler phoniquement l’habitacle. Pourtant, toute la filière travaille à normaliser l’usage du chanvre. C’est l’ambition du projet Sinfoni (normalisation, garantie de la qualité et des volumes) mais aussi du portail Agrobiobase, du pôle IAR, qui met en avant tous les produits biosourcés. Avec l’école de design, le plastique au chanvre sort du moteur pour devenir un produit tendance et… peut-être pousser les industriels à le mettre en avant.