L’histoire du cannabis au Bhoutan par Seshata !

Publié par Seshata le 24 octobre 2014

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Le cannabis au Bhoutan

Dans le Royaume du Bhoutan, pays isolé dans l’Himalaya, le cannabis est si prolifique qu’il est considéré comme nuisible et sert à l’alimentation des cochons au lieu d’être utilisé par les humains pour ses fibres ou comme stupéfiant. Comparé à ses voisins, le Bhoutan n’entretient pas une relation étroite avec la plante. Toutefois, il existe des preuves d’utilisation traditionnelle et sa consommation augmente aujourd’hui.

L’histoire du cannabis au Bhoutan

Un beau spécimen de plante de cannabis femelle en floraison, trouvée dans le Bumthang, au centre nord du Bhoutan (© Ursula).

Le cannabis s’est probablement répandu et établi au Bhoutan après la fin de la dernière période glacière, il y a environ 11 700 ans. Il est généralement admis que le cannabis est né en Asie centrale, dans la région qui englobe aujourd’hui le Kazakhstan, le Kirghizistan, l’Afghanistan, le Tadjikistan et la province chinoise du Xinjiang.

Durant la période glaciaire, les nappes glaciaires en expansion ont tout déplacé, à l’exception des espèces animales et végétales les plus robustes, des zones anciennement tempérées vers l’équateur ; on pense que les premières populations de cannabis ont trouvé refuge dans les régions du sud de l’Asie et de l’Europe orientale.

Les populations survivantes se sont à nouveau dispersées vers le nord à la fin de la période glaciaire et ont donné naissance à trois types principaux : le biotype de chanvre à larges feuilles en Chine et en Russie, le biotype de drogue à larges feuilles au Tadjikistan et au nord de l’Afghanistan et le biotype de drogue à feuilles étroites dans les régions himalayennes de l’Inde du nord, du Népal, du Bhoutan et de la Birmanie.

Au début du XXIème siècle, l’incursion d’éléments culturels étrangers tels que la télévision a introduit le concept de l’utilisation du cannabis pour ses effets stupéfiants, ce qui a entraîné une hausse de la consommation de cannabis auprès des jeunes (qui était quasiment inexistante auparavant). Il est étonnant que les Bhoutanais semblent avoir traditionnellement si peu de contact avec le cannabis, étant donné son ubiquité et le fait que la plupart des autres cultures himalayennes l’utilisent de façon intensive (sans oublier le fait que la culture bhoutanaise est étroitement liée à celle du Tibet).

Usage culturel du cannabis au Bhoutan

De nos jours, les plants de cannabis qui poussent en abondance à l’état sauvage et ornent les champs, les jardins et même les rues et les toits des villes et villages du Bhoutan sont généralement considérés comme un fléau, une nuisance et une culture servant uniquement à l’alimentation du bétail. Il semble notamment couramment utilisé pour nourrir les cochons et permet apparemment un engraissement rapide. D’après tous les rapports disponibles, l’utilisation de cannabis par les humains a traditionnellement été extrêmement rare. Aujourd’hui, alors que la connaissance du cannabis a augmenté, les taux d’utilisation restent largement inférieurs à ceux enregistrés ailleurs dans la région.

Bien que les exemples soient rares, il existe des preuves de l’utilisation historique du cannabis au Bhoutan à des fins traditionnelles, même si son usage reste encore mineur. Des arcs bhoutanais traditionnels, très semblables à des spécimens découverts en Chine, ont été fabriqués en bambou et agrémentés d’une corde en chanvre ; bien que ces objets aient parfois été remplacés par des importations américaines plus solides et plus durables, certains archers bhoutanais utilisent encore aujourd’hui des arcs traditionnels en raison de leur plus grande précision.

L’utilisation du chanvre pour la fabrication de textiles a été et reste limitée au Bhoutan en raison d’une préférence pour l’ortie géante de l’Himalaya (Girardinia diversifolia), qui représentait traditionnellement la principale fibre cultivée dans la région, et qui est également largement utilisée dans l’est du Népal. En outre, le besoin de papier a été traditionnellement satisfait avec l’utilisation de deux espèces d’arbre natives, de-nar (Daphne bholua) et mitsumata (Edgewothia papyrefera). Le cannabis est cependant répertorié comme fibre d’importance économique par le gouvernement bhoutanais dans des documents publiés par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et reste utilisé par certains Bhoutanais vivant dans les campagnes pour la fabrication de cordes, de filets et de vêtements.

Une feuille parfaite issue d’une plante découverte à côté d’une brasserie dans le district de Bumthang (© Adventures of Potli Baba).

Pourquoi le cannabis est-il si négligé au Bhoutan ?

Une feuille parfaite issue d’une plante découverte à côté d’une brasserie dans le district de Bumthang (© Adventures of Potli Baba).

L’utilisation du cannabis dans la médecine traditionnelle semble également limitée. Certains herboristes bhoutanais mettent en pratique le système traditionnel de médecine bouddhiste tibétaine (gSo-ba Rig-pa), qui utilise des préparations à base de cannabis. Toutefois, la forme bhoutanaise de la tradition, bien que fortement influencée par la médecine tibétaine, ayurvédique et chinoise (qui utilisent toutes le cannabis), ne semble pas inclure l’utilisation du cannabis. Une étude exhaustive de la médecine traditionnelle bhoutanaise à l’époque contemporaine ne mentionne pas du tout le cannabis, alors que l’auteur déclare que les guérisseurs traditionnels ne peuvent pas dévoiler toutes leurs ressources de peur d’attirer une attention négative ou de révéler des secrets commerciaux.

Il est possible que les habitants de la région aujourd’hui appelée Bhoutan n’aient jamais utilisé le cannabis de façon intensive. L’essentiel des documents historiques du Bhoutan a été détruit lors d’un incendie en 1827 et les fouilles archéologiques n’ont commencé qu’en 1999 ; notre connaissance actuelle de l’histoire du Bhoutan est donc extrêmement limitée. Jusqu’au XVIIème siècle, la région était occupée par des petites tribus éparpillées, généralement d’origine tibétaine, qui se faisaient généralement la guerre ou s’opposaient à des ennemis plus éloignés. Le cannabis a toutefois été utilisé par de nombreuses cultures que l’on peut également décrire comme des tribus éparpillées et guerrières, telles que les Scythes à cheval d’Asie centrale. Il existe également de nombreuses plantes alternatives qui comblent les mêmes besoin pour ce qui est du textile, du papier, des cordes et des denrées alimentaires. Cependant, on peut en dire de même pour de nombreuses cultures voisines qui utilisent encore beaucoup le cannabis.

Il semble donc possible que la relation entre le peuple bhoutanais et l’utilisation du cannabis ait été rompue en raison du développement de l’état bhoutanais ultra religieux et isolationniste au XVIIème siècle, qui était traditionnellement vivement opposé à l’usage de stupéfiants. C’est seulement aujourd’hui que le Bhoutan commence à s’ouvrir à la démocratie et à l’influence externe. La religion nationale du Bhoutan est le bouddhisme vajrayana, une école qui décourage généralement ses pratiquants à utiliser des stupéfiants ; certaines branches et sectes peuvent utiliser le cannabis lors de rituels, même aujourd’hui, mais ce phénomène est plus fréquent au Tibet et en Inde et n’a pas été observé au Bhoutan. Il est certain que la société bhoutanaise stigmatise fortement l’addiction, même si la modernité gagne du terrain sur la tradition ; ce point de vue est abandonné avec de nombreux autres concepts typiquement bhoutanais.

Cannabis cultivé et cannabis sauvage au Bhoutan

Le cannabis est remarquablement prolifique au Bhoutan et pousse à l’état sauvage dans tout le pays, même dans les zones urbaines. Il pousse communément au bord des routes, dans les jardins et les potagers, dans les terrains vagues, dans les forêts et même dans les crevasses des trottoirs ou dans les gouttières d’immeuble envahies de mauvaises herbes. Les zones particulièrement connues pour le cannabis sauvage sont le dzongkhag (district) de Thimphu à l’ouest du Bhoutan et le dzongkhag de Bumthang, une zone de vallées plates et fertiles au centre nord du Bhoutan.

Bien qu’il n’y ait pas une grande nécessité à cultiver le cannabis au Bhoutan, un certain degré d’intervention humaine se produit et les données de l’Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS) suggèrent une augmentation possible. En 2010, un total de 4 kg de cannabis a été saisi par les autorités bhoutanaises. En 2011, le volume avait atteint 75 kg—des quantités négligeables comparées au Népal ou à l’Inde, mais un signe évident que la culture (ou du moins la connaissance de la culture de la part des autorités) est en pleine croissance.

Le biotype indigène semble présenter une teneur relativement élevée en cannabinoïdes. Plusieurs races primitives bhoutanaises ont été développées à des fins commerciales par des producteurs néerlandais et américains, la variété de Thimphu étant probablement la plus connue. Thimphu est à la fois la capitale et la plus grande ville du Bhoutan ; elle se situe dans une vallée fertile à 2 350 m au-dessus du niveau de la mer dans l’ouest du pays, à moins de 200 km du Népal.

Arcs bhoutanais traditionnels en bambou avec une corde en chanvre ; bien que leur utilisation soit supplantée par des importations américaines, certains archers modernes continuent à les utiliser (© World Bank Photo Collection).

Le cannabis local de Thimphu est grand et mince, avec d’abondantes ramifications, et ressemble beaucoup à la variété Sativa classique de l’Asie du sud (les botanistes admettent généralement que ce biotype de drogue à petites feuilles est en réalité un sous-type de C. sativa sp. indica). Le Thimphu peut atteindre 3 m de haut et sa floraison complète prend plusieurs mois. La récolte finale offre une saveur aigre-douce, avec une intensité de fumée terreuse qui prend à la gorge.

Il existe très peu d’informations disponibles sur les techniques de production de haschich au Bhoutan, mais une poignée de rapports attestent de la qualité exceptionnelle du haschich bhoutanais, qui est habituellement frotté à la main, comme c’est souvent le cas dans la région himalayenne. Le trafic de cannabis au Bhoutan

Bien que très éloigné et inaccessible, le Bhoutan comporte plusieurs axes de transit importants qui le relie à l’Inde et au Tibet, ses voisins au sud et au nord respectivement. Pour les trafiquants préparés à sortir des sentiers battus, les frontières montagneuses et accidentées sont très poreuses à certains endroits. Ainsi, alors que l’importance du Bhoutan en tant que pays producteur et destinataire est limitée, il joue un rôle important dans le transit de cannabis (principalement indien) et de hachisch, ainsi que d’autres narcotiques, à destination de la Chine et du Japon.

Le Bhoutan est officiellement un état bouddhiste qui a historiquement appliqué des politiques isolationnistes dans le but de préserver sa culture contre l’influence extérieure. En raison de son éloignement géographique, de son solide leadership et de sa stabilité interne, le Bhoutan est l’un des rares pays à n’avoir jamais été soumis à un pouvoir étranger, bien qu’il ait accepté une intervention étrangère dans ses affaires en certaines occasions.

Dans les années 1970, le roi réformiste Jigme Singye Wangchuck (r. 1972 – 2006) a ouvert le pays à un tourisme limité et à l’influence extérieure, dans le but d’introduire certains avantages de la modernisation tout en préservant le mode de vie traditionnel unique du Bhoutan. À la suite à son abdication en 2006, son fils Jigme Khesar Namgyel Wangchuck a été couronné en 2008, promettant de poursuivre les politiques réformistes de son père. La modernisation a été généralement adoptée par le peuple bhoutanais, mais au prix d’une augmentation du trafic de narcotiques illicites et d’une hausse des taux de consommation d’opium et de cannabis.

L’éradication et la saisie de cannabis au Bhoutan

Une plante mâle arrivée à maturité dans le district de Punakha en août 2014, montrant les entre-nœuds allongés et les feuilles minces communes aux variétés bhoutanaises (© biodiversity.bt).

Depuis l’avènement de la télévision en 1999, les autorités s’inquiètent de plus en plus de l’augmentation croissante de la consommation de cannabis au Bhoutan, notamment parmi les jeunes. En 2002, l’OICS a indiqué que les autorités bhoutanaises tentaient d’éradiquer autant de plants de cannabis que possible ; il est impossible de connaître avec exactitude la quantité de cannabis détruite à ce jour, mais des rapports occasionnels attestent du fait que des opérations d’éradication ont bien eu lieu.

Le 31 mai 2014, l’Agence bhoutanaise de contrôle des stupéfiants a mené des opérations dans le dzongkhag de Bumthang à l’occasion de la Journée mondiale sans tabac (l’utilisation du tabac est interdite au Bhoutan depuis 2010). Près de 800 étudiants, fonctionnaires du dzongkhag et agents de police ont participé au programme, bien que l’on ignore la quantité exacte de cannabis détruite. En 2010, des efforts d’éradication ont été signalés à Thimphu ; ces opérations impliquaient apparemment aussi des étudiants et même des écoliers—un effort visant à « éduquer » les jeunes et ainsi renforcer la réprobation générale de la population à l’égard du cannabis. Cependant, le cannabis est tellement omniprésent que l’élimination complète des cultures est extrêmement difficile, voire impossible. Même si les efforts d’éradication s’avèrent fructueux, une capacité d’approvisionnement insuffisante peut être facilement comblée par des sources indiennes et népalaises.

La plupart des produits de contrebande saisis au Bhoutan transitent par la ville méridionale de Phuntsholing, qui se situe juste à la frontière de la ville de Jaigaon, dans le Bengale occidental—bien que d’autres villes frontalières servent également de postes avancés dans le trafic. Il n’existe pas de rapports concordants, mais il convient de noter qu’en janvier et février 2010, 85 arrestations liées au trafic de drogues ont été effectuées, dont 26 à Phuntsholing. Comme indiqué précédemment, on a enregistré des saisies totales de 4 kg en 2010 et de 75 kg en 2011. L’utilisation de cannabis augmente, mais les autorités ont constaté que les jeunes semblent préférer les médicaments synthétiques ; c’est ce que confirment les saisies importantes de Nitro Sun, une benzodiazépine, et Relipen, un antalgique hallucinogène.

Lois, arrestations et peines pour des faits liés au cannabis au Bhoutan

Le code pénal du Bhoutan stipule que les crimes au Bhoutan sont classés en fonction de leur gravité et associés à des sanctions spécifiques sur cette base. La classification la moins grave est la violation, qui entraîne des sanctions financières ; ensuite, dans l’ordre de gravité se trouvent l’infraction mineure, le délit et le crime, passible d’au moins trois ans d’emprisonnement. Cette plante femelle en floraison a été découverte près de Punakha en février 2014 et, même si elle présente des signes de carence ou de problème de pH, la grande quantité de cristaux est évidente (© biodiversity.bt).

Cette plante femelle en floraison a été découverte près de Punakha en février 2014 et, même si elle présente des signes de carence ou de problème de pH, la grande quantité de cristaux est évidente (© biodiversity.bt).

Les crimes sont sous-divisés en degrés, le premier degré étant le plus grave (passible d’un emprisonnement à vie) et le quatrième degré étant le moins grave (passible de trois à cinq ans d’emprisonnement).

La culture, la production et la fabrication en toute illégalité de substances contrôlées au Bhoutan sont considérées comme des crimes du quatrième degré et sont donc passibles d’un emprisonnement de trois à cinq ans. La transaction illégale de substances contrôlées constitue un crime du deuxième degré et est passible d’un emprisonnement de neuf à quinze ans. La possession est considérée comme une infraction mineure (passible d’un à douze mois d’emprisonnement) ou un délit (passible d’un à trois ans d’emprisonnement) si la quantité est jugée suffisante pour être destinée à la vente.

Pour tenter de réduire les taux de consommation de drogues au Bhoutan, les autorités proposent des services d’aide aux consommateurs réguliers depuis l’adoption de la loi de 2005 sur la toxicomanie. Si un individu accepte volontairement ces services, il ne sera pas poursuivi ni identifié publiquement.

Achat et utilisation de cannabis au Bhoutan

Le cannabis peut être cueilli à l’état sauvage. En règle générale, les moissonneurs s’aventurent dehors à la faveur de la nuit pour cueillir les têtes, laissant les plantes là où elles sont. Il est conseillé de faire preuve de discrétion, car le cannabis n’est pas socialement accepté comme stupéfiant et la police est impatiente d’appliquer les réglementations interdisant la récolte illicite de la culture sauvage. Toutefois, dans les zones rurales reculées où le cannabis est particulièrement abondant, la présence des forces de l’ordre est minime, voire inexistante.

Dans les zones urbaines telles que Thimphu ou Punakha (l’ancienne capitale du Bhoutan), il est recommandé de trouver un bon contact local plutôt que de faire ses propres provisions, en raison du risque accru d’attirer l’attention indésirable des forces de l’ordre. Les bons contacts locaux ne devraient pas être difficiles à trouver, car le cannabis est omniprésent et son utilisation comme stupéfiant ne cesse de croître parmi les jeunes des villes. Des écoliers participent aux efforts d’éradication à Thimphu, la capitale du Bhoutan, en 2010 (© bhutanobserver.bt).

Des écoliers participent aux efforts d’éradication à Thimphu, la capitale du Bhoutan, en 2010 (© bhutanobserver.bt).

Le meilleur cannabis proposé est généralement celui qui pousse localement. Les « bâtons » qui poussent localement (branches séchées non traitées) sont plus courants que le hachisch, de toute évidence, et la variété la plus fréquente est apparemment la Thimphu. En outre, le hachisch en provenance du Népal et de l’Inde est parfois disponible, et habituellement de bonne qualité. Il est difficile de fournir des informations tarifaires précises, mais les rapports indiquent généralement qu’une once (28 g) de bâtons de bonne qualité coûte en général environ 6 000 Ngultrum bhoutanais (75 €).

Le Bhoutan applique des réglementations strictes sur le nombre de touristes autorisés à visiter le pays chaque année. L’an dernier, le pays a autorisé seulement 7 000 visiteurs étrangers à entrer ; la majorité a payé une taxe obligatoire de 200 $ (155 €) par jour.