La Hongrie en révolte contre la loi anti-drogues

La Hongrie, fidèle allié des USA dans sa guerre contre le terrorisme mondial, n’est pas moins inspirée par les méthodes de son Grand Frère quand il en est question des drogues. Rien d’étonnant donc que la loi hongroise anti-drogues introduite en 2003 soit aussi fortement inspirée par la guerre anti-drogues américaine.

En vertu de cette loi, les consommateurs de drogues sont pour simple possession passibles d’une peine de prison allant jusqu’à deux ans, ou bien à sa place ils peuvent choisir une cure de désintoxication de six mois. Le gouvernement hongrois prétend que les consommateurs de drogues ne sont pas des « criminels » mais des « malades » ayant besoin de traitement médical. D’après le verdict de la Cour Constitutionnelle de la fin de l’année passée, l’utilisation des drogues entraîne « la perte de liberté personnelle » et donc il est admissible de restreindre cette même liberté en son nom. D’après l’avis de la Cour, le seul moyen pour lutter efficacement contre les drogues illégales est la persécution criminelle.

En pratique, cette loi est rarement pleinement appliquée grâce à la réticence des juges qui se rendent compte de son absurdité. Mais les consommateurs de drogues sont souvent pénalisés par des hautes amendes, sont arrêtés pour plusieurs jours et dépouillés de leur liberté, soumis aux procédures humiliantes des tests urinaires ou bien sont envoyés aux cures de désintoxication même s’ils avaient tout simplement fumé un pétard une ou deux fois dans leur vie. La police fait des raids sur les rave-parties ou dans des clubs où les policiers contrôlent les visiteurs pour détecter des pupilles dilatées et des yeux rouges afin de découvrir les usagers potentiels. Des milliers de jeunes gens qui avaient commis le terrible crime d’avoir fumé la marihuana sont ainsi criminalisés - d’après les statistiques gouvernementales il y a en Hongrie quatre mille de détentions par an et 90% pour la simple possession de drogue - le plus souvent pour du cannabis.

Au début de cette année, un comité parlementaire a été établi pour essayer de réviser la loi courante et d’introduire une législation plus en ligne avec les tendances européennes. C’était justement pour attirer l’attention du grand public à cette question que les activistes hongrois du mouvement des libertés civiques et du mouvement pour la réforme de la loi anti-drogues ont organisé ce printemps une action de désobéissance civile. A première vue, elle pourrait paraître comme un poisson d’avril. En effet, il s’agissait du contraire - c’était en réalité une action « d’obéissance » civile.

Tout a commencé à la fin de mars quand trois activistes se sont présentés à la station de police en confessant l’utilisation passée de marihuana et en demandant à être soumis aux testes urinaires qui le prouvent. Ils avaient été imités par quelques dizaines d’autres activistes et même par des personnalités très en vue dans la vie culturelle hongroise comme l’écrivain Julia Langh, une grand-mère de 63 ans qui a confessé à la police plus de 40 ans d’usage de marihuana sans que cela lui pose des problèmes quelconques - ce qui a assuré une grande publicité à toute l’action et a attiré l’attention des média qui jusqu’alors avaient plutôt esquivé le sujet.

Les « criminels » qui s’étaient rendus à la police ont été relâchés après des tests urinaires et depuis ils attendent l’avis officiel de poursuites ou bien pourront choisir le traitement de désintoxication - un choix que sera laissé de côté par la plus grande majorité parmi eux. La réaction des média hongrois à cette action de protestations civiles a été très intense et en général positive. Les arrestations faisaient la une des journaux nationaux et il y a eu très peu d’articles négatifs, venant surtout de la presse de l’extrême droite. Les activistes ont été invités à la télévision et à la radio, les média ont relancé une discussion publique sur la législation anti-drogues et plus d’une cinquantaine d’experts en la matière ont signé une lettre de soutien adressée au gouvernement et demandant la décriminalisation.

« Lorsque la police arrête les gens devant des caméras de la télé, cela démontre l’irrationalité et l’injustice de la loi en vigueur. En plus c’est aussi une espèce de comming out pour notre mouvement, » dit Peter Sarosi de L’union de libertés civiques dont les avocats accompagnaient les personnes se dénonçant à la police. Celle-ci avait déjà informé certains de ceux qui se sont dénoncées que leur confessions et tests urinaires n’étaient pas suffisants pour lancer une poursuite criminelle - ce que, vue la situation, les activistes trouvent absurde. D’après eux, cela n’est qu’un autre exemple des controverses qui entourent cette loi et ne fait que prouver le manque de légalité des arrestations passées faites par la police dans les rave-parties et des clubs.

Le but de cette action était aussi de démontrer que les consommateurs de drogues ne sont pas toujours des déchets de la société comme le prétend le gouvernement, mais que ce sont aussi des gens très respectables avec une vie tout à fait normale. « Nous ne croyons pas aux traitements forcés, ni à la médicalisation de l’utilisation de chanvre, » dit Peter Juhasz, le porte-parole de l’association Kendermag (Graine de chanvre) qui organise les protestations. « Tout est une question de sincérité et de fair-play. Si vous êtes un consommateur de drogues, vous risquez tous les jours d’être arrêté. C’est seulement une question de chance si vous restez en liberté. Uniquement pour avoir fumé un pétard il y quelques semaines, vous pouvez être forcé à passer par une procédure très humiliante et perdre votre liberté. En Hongrie il n’y a que 1-2% d’utilisateurs de drogues qui sont des utilisateurs à problèmes et même eux ne méritent pas d’être emprisonnés mais aurait plutôt besoin d’un service gratuit et efficace qui améliore leur qualité de vie. Par notre action, nous voudrions montrer au public que nous sommes des bons citoyens respectant la loi. »

Les organisateurs des protestations espèrent d’obtenir que les consommateurs des drogues ne soient pas punis par la loi, une sorte de dépénalisation, en faisant peut-être de la possession une offense administrative, qui soit punie par des sanctions civiles dans le cas où la personne enfreindrait l’ordre public.

Bushka Bryndova

Source : Hungarian Civil Liberties Union