"La livraison par drone existe déjà… dans les prisons américaines" par Jean-Michel Normand, journaliste au Monde
Le Monde Blog -Publié le 24 avril 2015 par Jean-Michel Normand, journaliste au Monde
La livraison par drone existe déjà… dans les prisons américaines
Das Clink - Clark County By Joe
La France – et plus récemment le Japon – ne sont pas les seuls pays que préoccupent les incursions de drones dans des périmètres hautement sensibles. Aux États-Unis, où un DJI Phantom s’est écrasé en début d’année dans les jardins de la Maison Blanche – son pilote, auteur d’une fausse manœuvre, n’a finalement pas été poursuivi –, les autorités pénitentiaires se sentent dépourvues face à ce risque, comme le souligne une récente enquête du New York Times qui provoque un certain émoi. Celle-ci fait apparaitre une recrudescence des tentatives de contrebande organisées par voie aérienne.
Il y a quelques semaines, les caméras de surveillance de la prison de Bishopsville, en Caroline du Sud, ont repéré un petit quadripcoptère, toutes lumières clignotantes, à proximité de l’établissement pénitentiaire. Le pilote a été aperçu fuyant dans les bois. A proximité, ont été retrouvés un drone bon marché et sa télécommande. Retenu par la clôture électrifiée, un paquet contenant un téléphone cellulaire, du tabac et du cannabis a été saisi.
Certes, la tentative avait échoué. Tout comme une autre, en janvier devant la prison de Bennetsville, également en Caroline du Sud, où le même genre de petit appareil télécommandé s’était risqué sans succès à déposer 55 grammes de drogue et un chargeur de téléphone à l’intérieur de l’enceinte. En deux ans, trois autres opérations ont été déjouées aux Etats-Unis mais les autorités pénitentiaires se demandent si bien d’autres livraisons par drones n’ont pas abouti.
La directrice de la Lee Correctional Institution, à Bishopsville, se demande ainsi comment un détenu a bien pu se procurer les dix-sept téléphones portables qui ont été saisis dans sa cellule il y a quelques semaines. La commercialisation de drones de loisirs "low cost", dont le prix de vente n’excède pas la centaine de dollars, constitue un contexte favorable à la livraison de produits ou d’objets divers au-delà des murs des prisons. Il est possible de multiplier les vols et la perte d’un appareil n’a rien de vraiment grave. L’autre intérêt de ce modus-operandi est qu’il est beaucoup plus simple, et moins cher, à mettre sur pieds que les techniques habituelles consistant à corrompre le personnel pénitentiaire, à introduire des colis dans le linge arrivant dans l’établissement ou à jeter par dessus les grilles des paquets ayant l’apparence d’une banale pierre.
Rawdonfox
Comment détecter un drone en approche ? Les prisons américaines se sentent assez démunies. Les mécanismes traditionnels qui empêchent les importuns de s’approcher des murs (à Bishopsville, des dizaines de ruches ont été installées pour dissuader la contrebande) ne sont, de toute évidence, plus guère adaptés. En Caroline du sud, de nouveaux miradors, encore plus hauts que les précédents, ont été érigés afin de faciliter l’observation des alentours, mais leur efficacité ne semble pas du tout acquise. Dans ces conditions, le résultat de l’appel à projets lancé par le gouvernement français afin de mettre au point des systèmes de détection des drones illégaux sera observé de près par l’administration pénitentiaire. Et pas seulement aux Etats-Unis. Mais il est vrai que les entreprises françaises ne sont pas les seules, loin s’en faut, à travailler sur les systèmes de détection de drones.