"Le Québec doit-il imiter le Colorado ?" par Le Journal de Montréal

LE JOURNAL, publié le vendredi 6 février 2015

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Le Québec doit-il imiter le Colorado ?

Parlons cannabis deux minutes.

Depuis le 1er janvier 2014, la production, la vente et la consommation de pot sont légales dans les États de Washington et du Colorado. Dans ce dernier, l’industrie de la vente du cannabis a généré des taxes pour l’État de plus de 60 millions $ US pour les 10 premiers mois de 2014, selon un long reportage publié en janvier dans Le Monde.

Le pot est tellement payant pour le gouvernement que les élus seront peut-être obligés de rembourser 30 millions $ US aux contribuables, en raison d’une loi de 1992 qui empêche l’État de trop taxer ses citoyens, comme nous l’apprend cet article du Libération. Il faut dire que cette drogue est taxée à 30% au Colorado, un territoire où vivent 5,4 millions d’Américains.

Environ 15 000 personnes travaillent dans la production, la distribution et la vente de la drogue au Colorado. Ce domaine a généré un chiffre d’affaires de 572 millions $ US, toujours pour les 10 premiers mois de 2014. Le pot légal a aussi attiré les touristes fumeurs d’herbe et le taux de criminalité a baissé. Alors que certains craignaient une augmentation du nombre d’accidents de la route, c’est exactement l’inverse qui s’est produit.

Par contre, notre blogueur Pierre Couture nous rappelait en septembre dernier que la légalisation de la marijuana avait été moins payante qu’anticipé pour le Colorado. Au cours des six premiers mois de 2014, les autorités ont perçu environ 20 millions $ en moins que ce qui était prévu. Le marché noir accapare toujours une partie significative de la vente de la substance verte dans cet État, ce qui crée un manque à gagner pour les élus.

Et la libéralisation du pot au Colorado fait des mécontents dans certains États voisins, où le pot demeure toujours illicite. En décembre dernier, le Nebraska et l’Oklahoma ont intenté un recours devant les tribunaux contre le Colorado pour une raison fort simple. La drogue produite légalement sur un territoire est transportée et vendue illégalement dans ces deux États.

Ne négligeons pas également les problèmes de dépendance que crée la consommation de cannabis et les ennuis de santé potentiels. En Angleterre, un jeune homme de 18 ans a reconnu récemment avoir pénétré illégalement dans des maisons de luxe pour y voler des objets, avec lesquels il voulait payer ses dettes de drogue. Le garçon avait développé une profonde dépendance à la mari.

Alors, question bien simple, en tenant compte de tous ces points, êtes-vous pour ou contre la légalisation du cannabis au Québec ?

P.-S.

Note de chanvre Info : l’article finit par un sondage - Êtes-vous pour ou contre la légalisation du cannabis au Québec ? - que la technique nous empêche de reproduire ici de façon fonctionnelle (voir sur le site).

N’allez pas croire que cette question de rentrées fiscales ne se borgne qu’à une vile cupidité à vouloir gagner de l’argent sur la misère des gens (leur addiction) ...

Si la question est posée, c’est d’une part parce que la consommation de masse existe : elle est une réalité.

D’autre part, il y a une question de Santé public et de sécurité de l’Etat qui s’y greffe (on ne peut laisser ce secteur aux seules mafias et au crime organisé !

Enfin, l’État du Québec s’est lancé dans une guerre très couteuse qui semble se diriger dans une impasse sécuritaire. Il faut donc lui forcer la main politiquement pour qu’il se calme un peu et renonce à cette seule voie !

Or, dès que l’on aborde le domaine du fonctionnement d’une nation, le nerf de la guerre c’est le pognon qui conditionne tout de la réussite ou non d’une loi, d’un projet politique, du fonctionnement des institutions ... comme de l’existence ou non de mafias !

Il est logique que l’on parle donc "flouze" au niveau de ce débat et à propos, il est question de cesser de faire de la politique à la Miss-monde en refusant de l’accepter (du genre : "l’argent de la drogue, c’est sale !") ! L’argent du cannabis est bien mieux dans les caisses d’un état que dans les poches des mafias. C’est un moyen de les "désarmer" en les privant de grosses sommes d’argent qui leur donnait les moyens d’être concurrentiels au sein des nations !

Or, la situation actuelle de prohibition au Québec, mais aussi en France, ... aux USA dans les états encore répressifs ... mène à la pire adultération des principes démocratiques (législations liberticides et gestion sécuritaire, forme polie pour désigner une dictature) et favorise tout particulièrement le développement des mafias.

Le gouvernement du Québec mène actuellement une guerre contre le cannabis sur deux fronts : le premier, modèle d’interdiction absolue qui concerne le monde des consommateurs récréatif. Le second, contre des patients qui cherchent à se soigner à moindre coup et avec le plus de libertés possibles contre une réaction étatique qui cherche à leur enlever ce droit et à placer la consommation de médicaments de cannabis sous le stricte contrôle d’un organisme étatique qui travaille pour des industriels du domaine de la pharmacopée.

Parler pognon et économie du cannabis dans un sens plus large, c’est travailler à trouver des moyens politiques et économiques capables de changer cette législation ! Au grand dam des "bien-pensants" qui ne voyaient dans cette approche, qu’une manœuvre bassement crapuleuse.

JLB