Le cannabis au Kirghizistan par Seshata
Après un article sur le cannabis en Azerbaïdjan, en voici un autre sur le Kirghizistan, un des lieux où sortent les légendaires Scythes qui ont colporté un peu de partout le cannabis dans le monde antique. La rédactrice n’en est pas à son coup d’essai et elle excelle dans la façon de nous faire voyager avec du cannabis, sans nous en faire fumer. Appréciez !
posted by Seshata on September 16th 2014
http://sensiseeds.com/fr/blog/le-ca...
Le cannabis au Kirghizistan
Traditional Kyrgyz tribes still utilise cannabis for fibre, food and drug purposes (© Eatswords). Les tribus scythes ont utilisé le cannabis pour ses fibres, pour l’alimentation et pour ses vertus psychotropes, probablement bien avant toute autre culture.
La république d’Asie centrale du Kirghizistan a une longue histoire d’utilisation du cannabis. Le cannabis est une plante indigène de la région, et les tribus scythes l’ont utilisée pour ses fibres, pour l’alimentation et pour ses vertus psychotropes, probablement bien avant toute autre culture. Après l’effondrement de l’Union soviétique, le véritable séisme politique qui s’en est suivi a favorisé l’essor du commerce moderne de cannabis.
Évolution et histoire originelle du cannabis au Kirghizistan
On situe l’origine de la plante de cannabis dans les vastes steppes d’Asie centrale, avant qu’elle ne se propage vers l’ouest en Europe et vers le sud et l’est dans toute l’Asie, aidée en cela par l’activité humaine et par le changement climatique. On suppose que la progression du couvert de glace au cours de la dernière période glaciaire a favorisé son déplacement vers le sud, et que les humains ayant repeuplé des latitudes plus au nord lorsque la glace s’est retirée ont favorisé sa réimplantation vers le nord et l’ouest.
L’utilisation de cannabis en Asie centrale est la plus ancienne de l’humanité que l’on ait pu documenter. On a pu établir que les tribus scythes anciennes qui peuplaient la région l’utilisaient tant à des fins récréatives que spirituelles. L’historien grec Hérodote a décrit les Scythes « mugissant » de plaisir après avoir inhalé la fumée de graines de cannabis brûlées (le terme « graines » désigne probablement la fleur entière contenant les graines). En tant que source historique, Hérodote n’est pas entièrement fiable, et nombreux sont ceux qui ont mis en doute la véracité de ses affirmations, mais la découverte de sépultures scythes contenant du cannabis bien conservé a prouvé qu’il disait la vérité, au moins sur ce point.
Le cannabis sauvage au Kirghizistan
The epicentre of wild cannabis in Kyrgyzstan is the area surrounding Lake Issyk-Kul (© Evgeni Zotov). L’épicentre du cannabis sauvage au Kirghizistan est la région entourant le lac Yssyk Koul, une destination touristique réputée située à 225 km au sud-est de la capitale Bichkek.
Le cannabis pousse abondamment à l’état sauvage au Kirghizistan, et les lois interdisant sa culture sont relativement strictes. Ainsi, la grande majorité du cannabis récolté chaque année provient des plants sauvages. L’épicentre du cannabis sauvage au Kirghizistan est la région entourant le lac Yssyk Koul, une destination touristique réputée située à 225 km au sud-est de la capitale Bichkek et à 100 km au sud d’Almaty, l’ancienne capitale du Kazakhstan. Le cannabis prospère également dans la vallée de Tchouï, qui chevauche la frontière entre le nord du Kirghizistan et le sud du Kazakhstan.
On estime que le cannabis sauvage couvre quelque 6 000 hectares dans la vallée de Tchouï et 7 000 hectares dans la région du lac Yssyk Koul. En dehors de la vallée de Tchouï et du lac Yssyk Koul, le cannabis pousse également dans les provinces de Talas et Jalal-Abad ; de rares cas de culture illégale de cannabis ont été signalés dans d’autres régions éloignées, habituellement dans des lieux inaccessibles pour les autorités. Au total, on estime à environ 40 000 hectares la surface de cannabis sauvage qui pousse au Kirghizistan.
Le cannabis sauvage qui pousse au Kirghizistan est essentiellement du C. ruderalis. Toutefois, à l’instar du Kazakhstan, des lignées génétiques provenant d’Inde et du Pakistan ont été introduites au fil des siècles, engendrant une diversité génétique et morphologique importante entre les différentes populations. Habituellement, les plants sauvages mesurent de 1 à 2,5 m de hauteur selon les témoignages, et produiraient jusqu’à 4 % de THC dans les fleurs femelles et souvent une résine abondante et visible.
Récolte saisonnière de cannabis sauvage au Kirghizistan
La récolte du cannabis sauvage commence habituellement au début du mois d’août, lorsque la production de résine a atteint son apogée. On prétend qu’une fois les têtes séparées des branches, la plante continue de produire des fleurs et peut être récoltée une seconde fois à la fin du mois d’août ou début septembre. Ceci pourrait bien être une caractéristique héritée de son ancêtre ruderalis, car de nombreux producteurs de variétés modernes à autofloraisonont constaté le même phénomène dans leurs propres plants.
La récolte revêt une forte importance pour l’économie rurale locale, en particulier durant les périodes où le tourisme est en berne (ce qui se produit souvent en raison des bouleversements politiques dans la région). Ces dernières années, les moissonneurs sont devenus de moins en moins secrets à propos de leurs activités, et il semble qu’il soit de moins en moins incongru de voir des familles entières dans les champs, des plus jeunes aux plus âgés. Les femmes sont également de plus en plus appréciées pour les travaux de récolte, car elles sont généralement moins facilement soupçonnées d’activités illégales par les autorités.
On trouve souvent du cannabis sauvage qui pousse dans les jardins des villageois. En pareil cas, ils doivent faire un choix entre arracher cette plante lucrative pour éviter d’attirer l’attention de la police ou la laisser prospérer ; dans ce dernier cas, la récolte obtenue est souvent vendue aux dealers locaux.
Production de haschich au Kirghizistan
La majeure partie du cannabis récolté est simplement séché et vendu. Toutefois, une culture dynamique de la fabrication de haschich perdure depuis des siècles, sinon des millénaires. Traditionnellement, la production de haschich en Asie centrale est entourée d’un certain rituel unique : des cavaliers nus (cavalier et cheval fraîchement lavés) traversent les champs inlassablement jusqu’à être recouverts d’une couche collante de haschich, qui est ensuite gratté et pressé pour en faire des blocs.
Il semble cependant que, de nos jours, la technique la plus courante consiste simplement à frotter les plants entre les paumes des mains pour récolter la résine collante, avant de la gratter avec une lame de couteau et d’en remplir des boîtes d’allumettes pour la vente. Il faut généralement une trentaine de minutes pour produire l’équivalent d’une paume de main pleine de résine, surnommée « chocolat ». Chaque boîte d’allumettes contient trois ou quatre « chocolats » (habituellement 15 à 25 g) et une personne met au total deux heures pour produire cette quantité.
Alors que la production de haschich est aujourd’hui illégale au Kirghizistan, les observateurs repèrent l’emplacement des plants ayant l’apparence probable du cannabis pendant la journée et reviennent la nuit pour les frotter à la main sur place – restant parfois à la tâche toute la nuit.
Trafic illégal de cannabis dans le Kirghizistan moderne
It is thought that the cannabis plant evolved in the mountainous regions that lie between Kazakhstan and Kyrgyzstan (© Fieryvoice). Il est admis que la plante cannabis a évoluée dans ces régions montagneuses qui relient le Kazakhstan au Kirghizistan. Il faut généralement environ trente minutes pour avoir la paume des mains recouverte de résine, connue sous le nom de « chocolat ».
Le Kirghizistan connaît un commerce illégal de faible ampleur pour l’opium, le cannabis et l’éphédra, tous produits sur place, ainsi que pour les amphétamines. La production locale d’opium est à petite échelle, la culture de cannabis et d’éphédra étant bien plus répandue et largement répartie. On estime qu’environ 80 % des familles dans les régions du lac Yssyk Koul et de la vallée de Tchouï sont impliquées dans la récolte illégale de cannabis, dont environ 40 % sont consommés localement et le reste est vendu en contrebande aux pays voisins, notamment la Russie.
Habituellement, les petits dealers locaux achètent du cannabis et du haschich directement auprès des villageois qui le récoltent. La contrebande est ensuite vendue à des organisations de trafic régional ou international, et poursuit ensuite son voyage hors du Kirghizistan. Les frontières du sud sont le théâtre du trafic illégal de haschich et d’opium en provenance d’Afghanistan et du Pakistan, qui passe par le Tadjikistan ou même les territoires sans loi de l’ouest de la province chinoise de Xinjiang pour atteindre le Kirghizistan, avant de quitter le pays à nouveau par ses frontières du nord et de l’ouest avec le Kazakhstan et l’Ouzbékistan.
Tensions entre la police et les cueilleurs de cannabis
Les cueilleurs locaux de cannabis sauvage au Kirghizistan sont souvent armés de bâtons, de couteaux et (plus rarement) de fusils. De temps à autre, des tensions sont apparues entre les cueilleurs et la police envoyée pour éradiquer le commerce qui se sont soldées par des violences à plusieurs occasions. Les armes à feu sont plus souvent utilisées pour tirer en l’air pour dissuader plutôt que comme armes, mais les escarmouches au bâton et au couteau peuvent atteindre des niveaux de violence intenses. En 2005, un officier local de la brigade antidrogue a déclaré que deux de ses agents avaient été poignardés pendant une arrestation de cueilleurs de cannabis à Yssyk Koul l’automne précédent.
Bien que les opérations de la police dans les régions à cannabis du Kirghizistan soient régulières, il y a peu de chance pour qu’elles représentent une menace réelle pour cette industrie, tant en raison de la ténacité de la plante elle-même que de celle des résidents locaux impliqués dans cette activité, qui pour la plupart en dépendent totalement pour assurer à leurs familles le revenu minimum dont elles ont besoin. Les divisions antidrogue sont très largement sous-financées et les fonctionnaires reconnaissent l’importance de cette industrie pour les populations rurales démunies du Kirghizistan – ils sont aussi souvent, selon certains témoignages, enclins à accepter des pots-de-vin pour fermer les yeux sur ce commerce.
Selon certains témoignages, une « amende » non officielle de 1 000 soms kirghizes (environ 14,50 €) suffit à faire libérer une personne arrêtée – à condition que la somme soit versée immédiatement. Lorsque aucun pot-de-vin n’est pas proposé, la police peut être encline à demander une vache, un cheval ou l’équivalent de 1 000 $ (745 €) en tribut.
Éradication du cannabis au Kirghizistan
Kyrgyzstan’s capital Bishkek has seen widespread economic and social deprivation in recent years due to conflict in the region (© Zsoolt). Bishkek, la capitale du Kirghizistan connait un dénuement économique et sociale généralisée en raison du conflit régional qui c’est déroulé ces dernières années. En 2013, les autorités kirghizes ont déclaré que 154 tonnes de cannabis avaient été éradiquées.
Tout comme chez son voisin le Kazakhstan, les autorités soviétiques ont déployé des efforts incessants pour éradiquer le cannabis dans la vallée de Tchouï – brûlant les champs, pulvérisant des pesticides et procédant à l’arrachage de plants –, mais ces efforts ont été vains, et les plants ont simplement ressurgi et repoussé encore plus vigoureusement.
Après l’effondrement du régime soviétique et le bouleversement économique et politique qui s’en est suivi dans la région, le chômage a augmenté et de nombreux ruraux se sont tournés vers le cannabis comme seul moyen de tirer un revenu dont ils avaient cruellement besoin. En réaction à l’essor rapide du commerce de cannabis, les autorités kirghizes ont redoublé d’efforts pour éradiquer cette industrie. En 1994, on estimait à environ 60 000 hectares la surface de cannabis qui poussait au Kirghizistan ; la même année, les autorités annonçaient avoir détruit 15 000 hectares.
Malgré le peu d’effet de ces efforts sur l’industrie elle-même, les autorités kirghizes continuent leurs campagnes d’éradication incessantes. En 2008, les fonctionnaires d’Yssyk Koul ont annoncé le lancement de l’« Opération graine de pavot 2008 », une initiative visant à détruire l’opium et le cannabis dans la région ; en 2009, la police antidrogue d’Yssyk Koul a détruit 152 kg de plants de cannabis en une seule opération. En 2013, les autorités kirghizes ont déclaré que 154 tonnes de cannabis avaient été éradiquées au cours des huit mois précédant et incluant le mois d’août, rien que dans la région d’Yssyk Koul.
Le Kirghizistan est désormais un narco-État en raison de la corruption et de la pauvreté
Le Kirghizistan est considéré comme un pays producteur mineur. Le trafic d’héroïne, d’opiacés apparentés et de haschich en provenance d’Afghanistan et du Pakistan et transitant par le pays est un sujet de préoccupation bien plus grave pour les autorités kirghizes. Le Kirghizistan est une nation pauvre disposant de peu de ressources, qui a subi de nombreux bouleversements politiques et économiques depuis l’effondrement de l’Union soviétique. La guerre civile qui a fait rage chez son voisin le Tadjikistan (1992-1997) a provoqué d’importantes turbulences régionales, et en 2005 le Kirghizistan a connu sa propre « Révolution des tulipes » qui a provoqué une chute importante de la fréquentation touristique du pays, et la seconde révolution du Kirghizistan de 2010 a totalisé pas moins de 2 000 morts, provoquant le déplacement de près de 400 000 personnes et une récession économique généralisée.
Par conséquent, le trafic de stupéfiants est devenu si endémique qu’il existe peu d’activités économiques non liées, et la corruption généralisée de la police et de la classe politique ne fait que pérenniser et soutenir cette industrie. On estime qu’environ 20 % de l’héroïne produite en Afghanistan transite par le Kirghizistan, désormais qualifié de narco-État par certains en raison de sa dépendance envers ce commerce.
Lois, arrestations et peines pour des faits liés au cannabis au Kirghizistan
Hashish is hand-rubbed into small pieces known as ‘chocolates’ before being packaged for sale. Haschisch réalisé à la main, petits morceaux appelés « chocolats » en état avant d’être conditionnés pour la vente. Le trafic ou la production de produits stupéfiants, y compris le cannabis et le haschich, sont passibles de quatre à huit années d’emprisonnement.
Le Kirghizistan prévoit des peines relativement clémentes pour les délits liés aux produits stupéfiants. La possession ou la culture de petites quantités sans intention d’en faire commerce se solde généralement par une peine de service d’intérêt général ou par une amende, mais peut être passible d’une peine pouvant aller jusqu’à deux ans d’emprisonnement. Le trafic ou la production de produits stupéfiants, y compris le cannabis et le haschich, sont passibles de quatre à huit années d’emprisonnement.
La majeure partie de la violence qui s’est emparée de la région au cours de ces dernières années est le fruit d’affrontements entre les différents groupes ethniques qui l’occupent – Tadjiks, Ouzbeks, Kazakhs, parmi tant d’autres ; comme c’est si souvent le cas, les groupes de trafiquants ont également tendance à se regrouper par ethnie. Ainsi, bon nombre des arrestations faites au Kirghizistan concernent des citoyens étrangers – en particulier des Tadjiks, à cause de l’importante proportion de drogues transitant au Kirghizistan en provenance du Tadjikistan.
En février 2014 à Osh, une ville située au sud du Kirghizistan qui a été le théâtre d’affrontements ethniques importants ces dernières années, un citoyen tadjik a été interpellé au volant d’un véhicule contenant plus de 20 kg de haschich afghan dissimulé, alors que seulement quelques jours plus tôt un autre citoyen tadjik avait été arrêté pour la possession de 690 g de haschich.
Achat et utilisation de cannabis au Kirghizistan
In 2009, the largest-ever bust in Kyrgyzstan led to the seizure of 172kg of hashish. La plus grosse saisie jamais effectuée au Kirghizistan : 172kg de haschich. S’il est facile de trouver du cannabis et du haschich presque partout au Kirghizistan, la prudence est toutefois de rigueur pour éviter d’attirer l’attention des autorités.
Dans la région du lac Yssyk Koul ou dans la vallée du Tchouï, on peut se procurer du cannabis pour presque rien, voire gratuitement si l’on sait où chercher et à qui demander. Une boîte d’allumettes pleine de haschich coûte habituellement entre 300 et 350 soms (4 à 5 €) au point d’origine, mais son prix peut atteindre 20 à 25 € ailleurs. Si la même boîte parvient en Russie, elle y sera vendue entre 200 et 250 €.
S’il est facile de trouver du cannabis et du haschich presque partout au Kirghizistan, la prudence est toutefois de rigueur pour éviter d’attirer l’attention des autorités. Le prix, la qualité et l’origine du produit disponible varient en fonction du lieu – dans le Sud, le haschich afghan est très courant, alors que dans les régions du Nord le cannabis et le haschich de production locale dominent.
Nous travaillons actuellement à la compilation d’informations actualisées sur l’utilisation du cannabis et la législation dans tous les pays du monde. À cette fin, nous acceptons volontiers vos contributions, conseils, opinions et corrections.