Le cannabis au Tibet par Seshata

A savoir que ce pays produit un haschisch mythique a usage "supposément religieux". Seshata précise que son usage n’est pas clairement définit. S’il est certain que la plante et sa résine puisse être utilisés dans le cadre médical, celui de sa consommation récréative est bien moins certain. Les bouddhistes et plus particulièrement les moines, rejetterons culturellement la consommation de cette plante puisque cela "affaibli l’esprit". Difficile donc de parler d’usage religieux, sauf s’ils en font de l’encens (?) Pour autant, la plante est bien cultivée, pousse même à l’état sauvage et le haschisch tibétain n’est pas une illusion ! Ce pays coupé du monde, nous réserve donc bien des mystères. Seshata va nous en dévoiler quelques-uns !


Publié par Seshata le 23 octobre 2014

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Le cannabis au Tibet

Nation à l’histoire lourdement dominée par de puissants voisins, le Tibet a profité d’une courte période d’indépendance entre 1912 et 1951. Il fut ensuite annexé par la Chine et rebaptisé Région autonome du Tibet. On pense que les Tibétains font un usage rituel du cannabis depuis des siècles, et que certains considèrent même cette plante comme sacrée.

L’histoire du cannabis au Tibet

Cannabis may have originated in the harsh cold-desert regions north of Tibet - Il semble que le cannabis soit apparu dans les régions désertiques froides au nord du Tibet (© Andrey Salikov).

Il est difficile de déterminer avec précision l’importance du cannabis dans l’histoire du Tibet, car ce que nous en savons est glané de rares traces historiques et, au-delà de ça, il n’est pas possible de faire beaucoup mieux qu’interpréter des textes religieux ambigus et s’appuyer sur des spéculations. La Région autonome du Tibet d’aujourd’hui (qui est également connue sous le nom de Xizang, et qui suit grossièrement les frontières traditionnelles établies au 18e siècle) est bordée par le Népal, l’Inde, le Bhoutan, et les provinces chinoises du Xinjiang, du Qinhai et du Sichuan. Dans toute cette région, le cannabis est utilisé depuis des siècles comme source de nourriture, de fibres et d’huile, ainsi que pour ses propriétés curatives ou enivrantes.

On répète souvent que les Tibétains ont domestiqué le cannabis vers 6000 avant JC (même si la source de cette information n’est pas claire), principalement pour la fabrication de cordes et de tissus. Plus tard, les variétés indiennes ont été importées ; celles-ci étaient apparemment beaucoup plus prisées pour leurs propriétés thérapeutiques que les variétés locales. Alors que peu de preuves archéologiques de l’utilisation du cannabis ont été découvertes au Tibet, des fouilles ont eu lieu à Mebrak et Phudzeling, dans le Haut-Mustang (connu sous le nom de Royaume de Lo jusqu’en 2008, le Mustang est maintenant un district du Népal, bien que sa culture et sa langue soient traditionnellement tibétaines). Ces fouilles ont indiqué que le cannabis était utilisé dans cette région entre 1000 et 400 avant JC.

Il est probable que le cannabis a continué à être utilisé au fil des siècles ; une collection de rouleaux manuscrits trouvés dans les grottes de Mogao, à Dunhuang (dans l’ouest de la Chine), et datés entre les 8e et 11e siècles ont été écrits en tibétain, possiblement sur du papier de chanvre. Il est probable que ces rouleaux-là ont été fabriqués à partir de fibres de mûrier, tandis que les fibres de chanvre (très probablement des bouts de tissu recyclés) étaient utilisées pour faire du papier de « chiffon », bien que le chanvre ait été le principal composant du papier en Chine depuis des siècles.

Culture du cannabis au Tibet

Tibet’s impressive capital city, Lhasa - L’impressionnante capitale du Tibet, Lhassa (© Phil).

Le chanvre constitue toujours une culture importante au Tibet, bien qu’il ne soit pas considéré comme essentiel. Les Tibétains d’aujourd’hui utilisent les graines de chanvre pour divers usages, y compris comme ingrédient dans le thé au beurre — un élément fondamental de la culture tibétaine, consommé tous les jours en abondance par la vaste majorité des habitants de cette région.

Le chanvre y est toujours une fibre textile importante, et les marchés de Lhassa sont généralement remplis de vêtements ou accessoires hauts en couleurs, fabriqués de mains de maîtres à partir de chanvre ou d’autres fibres locales. Les Tibétains des campagnes, plus pauvres, portaient traditionnellement de longs manteaux faits de chanvre grossier mais résistant, qui servaient de besace lorsqu’on les enroulait autour du corps. Dans certaines zones, les Tibétains modernes portent encore des vêtements de chanvre similaires.

L’utilisation du cannabis comme stupéfiant est par tradition largement acceptée au Tibet. Cependant, comme la Chine continue d’appliquer des politiques anti-drogue très agressives, il est probable que, socialement, son acceptation a décliné.

Mots tibétains pour le cannabis

In this photograph from 1911, the European men are wearing hemp sandals which facilitated hiking through the steep, rugged Tibetan terrain - Sur cette photo datant de 1911, les hommes européens portent les sandales de chanvre qui permettaient alors de parcourir le relief accidenté et abrupt du Tibet.

De nombreux termes utilisés dans la pharmacopée traditionnelle tibétaine sont dérivés du sanskrit, en raison des considérables échanges culturels au fil des siècles. Il y a cependant une certaine confusion pour savoir quels mots désignent en fait le cannabis.

On avance que les références à une substance appelée vijaya (« victoire » ou « donneuse de victoire » en sanskrit) dans la littérature ayurvédique sont en fait des références au cannabis ; cependant, vijaya pourrait en fait désigner Terminalia chebula, un arbre commun dont les graines sont considérées comme une panacée universelle dans la médecine ayurvédique. Il est possible que ces termes soient interchangeables dans une certaine mesure, comme cela semble être le cas pour le mystérieux enthéogène soma, ou haoma.

On a souvent avancé que le soma était le cannabis, bien que plusieurs autres candidats (ou mélanges de substances) ont également été suggérés. Certains passages du Satapatha Brahmana, un texte védique plus récent daté d’environ 700 après JC, se réfèrent apparemment à une plante nommée usana qui était utilisée pour faire du soma ; certains présument que ce mot est directement dérivé d’un ancien nom sanskrit désignant le cannabis, sana. D’autres ont également déclaré que des références à l’usana apparaissent dans la version Madhyandina de ce texte (bien qu’on ne les trouve pas ici) ; la version alternative, Kanva, ne mentionne apparemment pas cette substance.

Bien qu’il n’y ait pas de consensus sur ce sujet, des références ambigües sont signalées de temps en temps dans certains textes tibétains, dont certaines renforcent l’argument en faveur du cannabis. On dit souvent que les termes somarasta (du tibétain) et dschoma (du langage éteint Tangut, de l’ouest de la Chine) désignent le cannabis, et que ces mots sont dérivés de soma ; cette assertion n’est cependant soutenue nulle part ailleurs. Cependant, d’autres sources indiquent des termes tibétains similaires pour désigner le cannabis, y compris somaraja et somaradza, qui étaient généralement traduits par « le roi du cannabis ». Cette interprétation est également incertaine, car au moins une source alternative avance que somaradza est en fait Abelmoschus manihot, une espèce de mauve comestible ayant des vertus thérapeutiques.

Selon le CRC World Dictionary of Medicinal and Poisonous Plants (2012), les mots tibétains pour désigner le cannabis sont notamment momea, solaradza, somaradza dmanpa et myan rtsi spras. Encore une fois, il semble qu’il n’y ait que peu de preuves corroborant certains de ces termes, et myan rtsi spras est par ailleurs désigné comme étant Coptis teeta, une herbe ayurvédique bien connue.

Bouddhisme et cannabis au Tibet

Hemp seeds are sometimes ground and added to butter tea, a traditional Tibetan beverage - Les graines de chanvre sont parfois moulues et ajoutées dans le thé au beurre, une boisson tibétaine traditionnelle (© Wilson Loo).

Le débat fait rage quant à savoir dans quelle mesure le cannabis était – et reste aujourd’hui – utilisé dans les rituels bouddhistes. Il semble que sur ce sujet, comme pour de nombreuses questions liées au cannabis, on rencontre un très haut degré de spéculation, de conjonctures et de pure désinformation. Cela peut s’expliquer, au mieux, par un enthousiasme de bonne foi ou des vœux pieux mais, au pire, cela peut être catalogué comme de la pure propagande par quiconque souhaitant discréditer le mouvement pour la légalisation.

De nombreuses assertions faites par les publications pro-cannabis concernant son utilisation dans les pratiques religieuses traditionnelles ne résistent pas à un examen. Généralement, les auteurs d’articles pro-cannabis prennent beaucoup de libertés avec leurs sources anthropologiques et, là où ces sources restent hésitantes à coups de « peut-être », de « possible » et de « potentiellement », le lecteur trouvera des « certainement », des « c’est prouvé » et des « c’est connu ».

Cela dit, bien que nous ne le sachions pas avec certitude, il semble qu’au moins à certains moments, certaines tribus aient utilisé le cannabis pendant leurs rituels, mais il serait infondé, voire potentiellement offensant, de suggérer que tous ou certains Bouddhistes, tibétains ou autres, s’adonnent à ces pratiques. D’une manière générale, la doctrine bouddhiste interdit l’usage de stupéfiants – bien qu’il y ait débat pour savoir ce qui constitue exactement un stupéfiant, et si l’usage de stupéfiants peut être acceptable s’il reste personnel et qu’il ne cause aucun mal à la communauté.

Vajrayāna, Mahayana, soma et cannabis

Tibetan ’temple ball’ hashish is similar to its better known Nepalese counterpart, and may have traditionally been even more prized - Le haschisch tibétain sous forme de temple balls est comparable à son équivalent plus connu venu du Népal, et il se peut qu’il ait été plus prisé encore tout au long de l’histoire.

Dans le bouddhisme Vajrayāna (tantrique), il semble que le cannabis faisait partie des pratiques rituelles traditionnelles ; cette littérature fait de fréquentes références à des enthéogènes dont on pense généralement qu’il s’agit probablement du cannabis et du datura. On dit que les pratiquants organisaient le rituel afin que le pic d’ivresse coïncide avec l’apogée du rituel. Le Vajrayāna est considéré comme la branche « ésotérique » du bouddhisme et, en tant que tel, il est souvent associé avec l’usage de substances psychoactives, bien plus que les deux autres principales formes, Mahayana et Theravāda.

Il est possible que les écritures et l’art Mahayana fassent également allusion à l’usage de cannabis : Certaines statues tibétaines décrivent Bouddha tenant un bol de mendiant rempli de feuilles dentelées (apparemment censées représenter du soma), qui paraissent similaires à des feuilles de cannabis. La tradition Mahayana soutient également que Siddhartha Gautama a vécu pendant six années en ne mangeant qu’une seule graine de chanvre par jour pour l’aider sur son chemin de l’illumination, avant d’obtenir le statut de Bouddha – bien que certains pensent que la vraie intention de ce texte est de parler d’un grain de riz par jour.

Il est important de noter qu’aujourd’hui la majorité des bouddhistes modernes déteste la prise de drogue en général, car elle est considérée comme affaiblissant l’esprit. De fait, dans une interview de Time Magazine de février 2014, le Dalai Lama (qui reconnaît et soutient l’usage médical du cannabis) a été prompt à affirmer qu’il n’utilisait pas de cannabis personnellement, et qu’il était « considéré comme un poison » à moins d’être administré comme médicament par un médecin.

Certains blogueurs ont vu cela comme une prise de position politique destinée à gagner l’appui des États-Unis et des autres pays occidentaux (qui sont en train de se distancer du leader exilé en réponse aux pressions chinoises), et la réfutation d’un aspect important de la culture tibétaine – mais d’autres arguent que l’usage du cannabis n’a jamais été généralisé au Tibet, et qu’il ne fait pas nécessairement partie du quotidien de la majorité des Tibétains.

La culture du cannabis au Tibet

Cannabis is reportedly cultivated in the Kyi Chu River valley south of Lhasa - Certaines informations montrent que du cannabis est cultivé dans la vallée de la rivière Kyi Chu, au sud de Lhassa (© So_P).

On pense généralement que le cannabis est apparu en Asie centrale, vers le Kazakhstan pour certains, au nord de l’Afghanistan ou au Tadjikistan pour d’autres. Un autre argument avance que le cannabis trouve son origine soit sur les rives du fleuve Irtysh qui coule depuis la Mongolie, au bord sud du désert de Gobi, jusque dans les plaines sibériennes occidentales, soit dans le désert du Taklamakan, situé au nord du Tibet, dans la Région autonome ouïghoure du Xinjiang, au nord-ouest de la Chine.

D’où qu’aient été originaires les premiers plants qu’on pourrait appeler cannabis, ils se sont rapidement répandus pour s’établir en Asie centrale et en Asie orientale, avec des adaptations locales en réponse aux pressions des divers environnements. Au Tibet, il semble que le biotype local soit de type chanvre, avec de robustes fibres et une faible production de cannabinoïdes.

Cette hypothèse paraît raisonnable étant donné que les premières traces historiques indiquent que le cannabis avait pour les Tibétains de ce temps-là beaucoup plus d’importance en tant que fibre ou aliment qu’en tant qu’enthéogène. C’est pour cela que la variété sauvage qu’on trouve aujourd’hui dans cette région répond toujours à cette description (bien que certains spécimens sauvages trouvés aujourd’hui peuvent s’être échappés de cultures et présenter un taux de cannabinoïdes plus élevé que les vraies variétés natives). Le dur climat et le relief accidenté favorisent également les variétés de cannabis les plus robustes, plus proches du chanvre.

Les données sur la culture moderne du cannabis ne sont que partielles, mais l’on sait qu’il est cultivé dans la vallée de la rivière Kyi Chu, à environ 80 km au sud de la capitale du Tibet, Lhassa. Du cannabis sauvage pousse également un peu partout dans le reste du pays, là où le relief le permet.

La production traditionnelle de haschisch au Tibet

La production tibétaine de haschisch est comparable à ce que l’on trouve dans le reste de cette région du monde, en particulier au Népal, dans le nord de l’Inde et au Bhoutan. Des rapports anecdotiques du milieu du 20e siècle laissent entendre que le hasch tibétain était célèbre pour sa qualité particulièrement haute et que, même dans les autres régions renommées pour leur propre production, comme le Népal, il y avait une forte demande pour la variété tibétaine.

Le haschisch tibétain est malaxé à la main à partir de plants frais ; la chaleur et la pression créées par l’action de la main provoquent la décarboxylation et la transformation des acides cannabinoïdes en cannabinoïdes. Comme au Népal, le haschisch de la plus haute qualité est roulé en boules de la taille d’une boule de pétanque ; ces temple balls (littéralement « boules de temple ») étaient traditionnellement empilées à l’entrée des temples, où elles étaient vendues par les moines résidents afin de réunir des fonds pour l’entretien du temple et les besoins quotidiens.

Selon la plupart des rapports, le haschisch tibétain, lorsqu’il est de haute qualité, est malléable et très sombre – presque noir – et l’on n’y retrouve pas à l’intérieur la couleur verte qui caractérise souvent les échantillons en provenance du Pakistan ou de l’Inde. Son effet est cérébral et il ne cause aucune fatigue ni somnolence.

Le trafic de cannabis au Tibet

This image, purportedly taken in Tibet, shows workers assessing the crop at a hemp farm. Cette photo, supposée avoir été prise au Tibet, montre des travailleurs évaluant la récolte d’une ferme de chanvre.

De nos jours, le haschisch tibétain est impossible à trouver en dehors du Tibet ou de la région alentour. Quelques rapports datant des années 60 ou 70 mentionnent des consommateurs occidentaux ayant accès à des temple balls tibétaines, sans doute trafiquées en petites quantités par les backpackers et les hippies visitant le pays. Depuis la création de la Région autonome du Tibet en 1951, les mouvements des personnes au départ ou à l’arrivée au Tibet ont été interdits à plusieurs occasions. La dernière de ces interdictions date de 2012, mais elle a été allégée en 2013.

Il est probable que le commerce inter-régional de haschisch tibétain dure depuis des siècles même si, étant donné la difficulté à entrer ou sortir du Tibet, le commerce a décliné, ce qui était prévisible. Le haschisch était traditionnellement transporté en petites quantités par chameau jusqu’au nord-est de l’Afghanistan, en passant par le corridor du Wakhan, un passage étroit qui relie la province chinoise du Xinjiang à l’Afghanistan, et qui sert de zone tampon entre le Tadjikistan et le Pakistan. Le corridor du Wakhan fait traditionnellement partie d’une des routes sud de l’ancienne route de la soie, qui reliait l’Orient à l’Occident à partir du 2e siècle avant JC. D’autres routes pratiques pour le transport du haschisch tibétain passaient par l’Asie centrale, la péninsule arabe et la Turquie, pour arriver jusqu’en Chine ou en Asie du Sud-est.

Il est intéressant de noter qu’à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle, afin de faire face à une pénurie locale, l’administration britannique en Inde supervisait l’importation de haschisch en provenance d’Afghanistan et d’Ouzbékistan, par le Xinjiang (alors nommée le Turkestan chinois), le Tibet et les territoires adjacents. Ce commerce avait apparemment déjà lieu avant le règne britannique, mais il s’est alors intensifié car le hasch afghan ou ouzbek avait de longue date la réputation d’être de haute qualité. Arrestations et peines pour des faits liés au cannabis au Tibet

Comme le Tibet est sous le contrôle de la République populaire de Chine, son système légal suit celui de Pékin. Il est ainsi possible d’y être condamné à mort pour trafic de drogue – et, contrairement à plusieurs pays disposant de lois comparables, la Chine procède activement et avec enthousiasme aux exécutions prévues. L’année dernière, trois personnes ont été exécutées en Chine pour trafic de drogue, et quatre en 2012. En 2009, quatre Tibétains ont été exécutés à Lhassa, même s’il n’est pas clair que leur condamnation ait été prononcée pour trafic de drogue.

Achat et utilisation de cannabis au Tibet

En raison de la situation actuelle au Tibet, il n’est pas possible de fournir des informations fiables ou récentes sur l’achat ou l’utilisation de cannabis dans ce pays.

Nous travaillons actuellement à la compilation d’informations actualisées sur l’utilisation du cannabis et sa législation dans tous les pays du monde. À cette fin, nous acceptons volontiers vos contributions, conseils, opinions et corrections.