Le cannabis en Azerbaïdjan d’après Seshata.
Publié par Seshata, le 11 Septembre 2014
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Le cannabis en Azerbaïdjan
La République d’Azerbaïdjan s’étend sur la frontière divisant l’Europe et l’Asie. C’est une région cruciale sur l’itinéraire de contrebande traditionnel par lequel transitent chaque année des milliers de tonnes de haschich et d’héroïne provenant d’Afghanistan et du Pakistan, et destinées à l’Europe et à la Russie. L’Azerbaïdjan produit également de petites quantités de cannabis et d’opium.
Histoire du cannabis en Azerbaïdjan
Le cannabis pousse dans la région occupée aujourd’hui par l’Azerbaïdjan depuis des millénaires, et est utilisé au moins depuis le 9e siècle av. J.-C.
Le cannabis pousse dans cette région occupée aujourd’hui par l’Azerbaïdjan depuis des millénaires, et est utilisé au moins depuis le 9e siècle av. J.-C. par les tribus scythes à cheval qui occupaient la région. Par ailleurs, cette région étant peuplée par l’homme depuis pas moins de 700 000 ans, il est probable que son utilisation soit en fait bien antérieure à ce que l’archéologie a pu nous permettre d’établir jusqu’à maintenant.
L’Azerbaïdjan moderne (historiquement, la région était appelée « Arran » par les Perses et « Albanie caucasienne » par les historiens modernes) est coincé entre les anciens territoires de la Perse et de l’Empire ottoman, tous deux riches d’une tradition ancestrale de consommation de cannabis et de haschich. L’Azerbaïdjan a été entièrement ou partiellement occupé ou annexé par ces deux empires à divers moments de son histoire. En outre, les Sumériens, les Assyriens, les Scythes, les Arméniens et l’Empire hellénique d’Alexandre le Grand y ont tous exercé une certaine influence à un moment ou un autre de l’histoire. Ainsi, sa littérature, ses arts, ses sciences et sa culture ont été énormément influencés par de nombreuses grandes civilisations – et le cannabis occupe une grande place dans cette culture.
Utilisation du cannabis en médecine traditionnelle azerbaïdjanaise
Diverses préparations à base de cannabis sont utilisées en médecine traditionnelle azerbaïdjanaise actuelle
En raison de la culture très ancrée du savoir et de la littérature en Azerbaïdjan, nous disposons d’une foule de textes médicaux et pharmacologiques rédigés en perse, en arabe et en azéri ancien datés entre le 9e et le 18e siècle et que les universitaires actuels peuvent utiliser. Les références au cannabis y sont extraordinairement nombreuses, et il est clair que les savants de l’Azerbaïdjan médiéval faisaient un usage intensif de textes grecs, indiens et même chinois pour développer leur propre connaissance et leur propre pharmacopée.
Les manuscrits médiévaux témoignent de l’usage de différents termes pour désigner le chanvre et les variétés psychotropes. En azéri ancien, le mot kinnab est utilisé pour désigner les deux, alors qu’en azéri médiéval le terme kanaf désigne le chanvre tandis que le terme banj ou hashish désigne les variétés psychotropes et leurs produits. La graine de chanvre est appelée shahdanah (du perse) ou habb al-malik (de l’arabe), ces deux termes signifiant « graine royale ». Naisha, qui veut dire « joie », est un terme dérivé de l’arabe utilisé pour décrire les feuilles de cannabis séché, tout comme le terme anasha. Ganja (têtes fleuries), lutki (cannabis trempé dans du vin), mudra (lutki avec de l’opium et de la jusquiame) et charas (haschich frotté à la main) sont des termes également très usités à l’époque médiévale, qui proviennent tous de l’Inde ou du Sind (correspondant au Pakistan moderne).
La médecine azerbaïdjanaise de l’époque médiévale était probablement plus influencée par la médecine indienne, et à ce titre les écrits indiens sont très souvent cités et le cannabis y est utilisé en grande partie de la même manière que celle décrite dans ces textes indiens. Toutes les parties de la plante étaient utilisées ; même les racines étaient trempées pour en faire une décoction ou hachées pour en faire des cataplasmes, pour leurs propriétés antiseptiques et antipyrétiques. Le cannabis était utilisé pour soigner diverses affections, y compris le catarrhe, les flatulences et les nausées. On en faisait également usage pour stimuler l’appétit, aiguiser la mémoire et réduire les symptômes de la diarrhée. Une excellente analyse extrêmement approfondie de l’utilisation du cannabis en médecine traditionnelle est consultable à cette adresse.
Le cannabis dans la médecine traditionnelle azerbaïdjanaise moderne
Avec l’avènement de la République socialiste soviétique d’Azerbaïdjan (RSSA) en 1920, la pratique de la médecine traditionnelle a accusé un retard conséquent et durable ; les forces d’occupation soviétiques avaient ordonné la fermeture des échoppes d’apothicaire traditionnelles et brûlé un nombre incalculable de textes arabes ayant trait à la médecine et à divers autres sujets savants. Toutefois, avec la dissolution de l’Union soviétique en 1991, les restrictions sur la pratique de la médecine traditionnelle ont été assouplies et les remèdes à base de cannabis ont refait surface dans plusieurs régions rurales du pays.
Diverses préparations à base de cannabis sont utilisées en médecine traditionnelle azerbaïdjanaise moderne. Les feuilles sont utilisées pour soigner l’angine phlegmoneuse (inflammation des amygdales, une complication courante de l’amygdalite), les maladies urinaires et la prostatite. On les trempe également parfois dans de l’arag (un spiritueux comparable à la vodka) pour traiter la colique et les douleurs gastro-intestinales, ou encore on les écrase dans l’eau pour traiter les tumeurs, l’inflammation et les furoncles. Les graines sont bouillies dans du lait et données en décoction pour traiter l’asthme, la bronchite et la laryngite, ou grillées pour traiter les parasites de l’intestin. Les fleurs femelles sont utilisées pour soigner les rhumatismes et le diabète.
Culture de l’utilisation du cannabis en Azerbaïdjan
Au-delà de son utilisation en médecine, le cannabis est également prisé de longue date pour sa fibre, ses qualités nutritionnelles et ses propriétés enivrantes. Tout au long de la période médiévale, la fibre était utilisée pour produire des fibres d’étoupe, qui sont grossières et cassées pour être utilisées comme rembourrage, et de la filasse, une fibre imprégnée au goudron de pin et traditionnellement utilisée comme produit de calfatage (pour l´étanchéité des navires et des bâtiments) et pour jointer les tuyauteries en fonte. Divers autres textiles, notamment la toile de sac et la voilure, étaient également fabriqués avec de la fibre de cannabis. À l’instar de toute l’Europe orientale et l’Asie centrale, les graines de cannabis étaient couramment utilisées en cuisine ou pressées pour produire de l’huile ; dans ce dernier cas, la pâte de graines résiduelle était utilisée comme aliment du bétail.
Pour obtenir l’effet enivrant, on mélangeait habituellement les feuilles et les fleurs séchées à du tabac pour le fumer en cigarettes ou en pipes, ou l’on collectait la résine pour fabriquer du haschich. Il ne fait aucun doute que l’utilisation du cannabis comme produit psychotrope a perduré pendant des siècles, et était suffisamment répandu pour être mentionné dans des sources contemporaines ayant survécu jusqu’à nos jours. Au 16e siècle, le poète turc de la tribu d’Oghuz, Muhammed Fuzuli, écrivait un poème en turc ancien – langue dont provient l’azerbaïdjanais et le turc modernes – dont le titre est Beng ü Bâde (haschich et vin), dans lequel le poète nous met en garde contre l’abus de ces deux substances enivrantes tout en caricaturant des personnages politiques importants de l’époque.
Cannabis sauvage et cannabis cultivé en Azerbaïdjan
Le type C. ruderalis pousse couramment à l’état sauvage dans les montagnes du Grand Causase
Tout comme chez ses voisins le Kazakhstan et le Kirghizistan, les types de cannabis que l’on rencontre en Azerbaïdjan sont extrêmement variés. On y trouve du C. ruderalis qui pousse couramment à l’état sauvage dans les montagnes du Grand Causase, au Nakhitchevan (une enclave d’Azerbaïdjan, cernée par l’Arménie et jouxtant la Turquie et l’Iran) et dans les régions rurales du Haut-Karabagh entre la Koura et l’Araxe, la première étant un fleuve et la seconde un de ses affluents. Au fil des générations, ces plantes sauvages ont été sélectionnées pour produire des cultivars fibreux et psychotropes, qui à leur tour se sont répandus dans la nature et ont influencé le patrimoine génétique global. En outre, il est probable que des variétés à forte teneur en cannabinoïdes provenant d’Inde et du Pakistan ont été introduites en Azerbaïdjan au fil des siècles, comme cela a été le cas un peu partout ailleurs en Asie centrale.
La culture de cannabis en Azerbaïdjan est limitée ; la culture à petite échelle de cannabis et de pavot à opium est plus courante dans le sud du pays, et la récolte est habituellement consommée localement ou dans la région transcaucasienne. Bien qu’elle ne soit pas largement répandue, la culture de cannabis en Azerbaïdjan n’en est pas pour autant négligeable, loin de là : en 2011, l’Azerbaïdjan faisait état de cinquante-neuf cas de cultures ayant donné lieu à des saisies de 20,6 kg de pavot à opium et de 3,4 tonnes métriques ™ de cannabis. Aucun rapport ne semble indiquer l’existence d’une production de haschich en Azerbaïdjan, mais étant donné sa proximité avec des producteurs traditionnels de haschich comme la Turquie et l’Iran, il est probable qu’une production confidentielle existe dans certaines régions.
Les rapports faisant état de cultures de cannabis sont rares ; toutefois, en 2013, une procédure conduite par le ministère azerbaïdjanais de l’Écologie et des Ressources naturelles aurait révélé la présence de 29 plants de cannabis d’une hauteur allant de 1 à 3,5 m, dans la forêt d’Arilig située dans la réserve naturelle d’État de Zagatala, au nord-ouest de l’Azerbaïdjan.
Trafic illégal de cannabis en Azerbaïdjan
La contrebande entrant en Azerbaïdjan pénètre par sa frontière du sud avec l’Iran, mais peut également atteindre sa capitale Bakou en provenance de régions situées de l’autre côté de la mer Caspienne
En raison de la situation stratégique de l’Azerbaïdjan au carrefour de l’Europe, de l’Asie et de la péninsule Arabe, le pays est devenu une plateforme de transit incontournable pour l’héroïne, l’opium et le haschich, principalement produits en Afghanistan et au Pakistan. La majeure partie de la contrebande entrant en Azerbaïdjan pénètre par sa frontière du sud avec l’Iran, mais peut également atteindre sa capitale Bakou en provenance de régions situées de l’autre côté de la mer Caspienne, comme le Turkménistan. Les difficultés récurrentes que rencontre l’Azerbaïdjan pour sécuriser ses frontières, auxquelles s’ajoute la sécurité accrue chez ses voisins la Géorgie et la Turquie, n´ont fait que renforcer ces dernières années son attrait pour les trafiquants.
Les difficultés pour contrôler les frontières proviennent en partie de l’instabilité récurrente à l’intérieur et autour du Haut-Karabagh, une enclave autonome cernée par le territoire azerbaïdjanais, qui a été revendiqué par l’Arménie en raison de sa forte composition ethnique arménienne. L’Azerbaïdjan et l’Arménie ont connu différents conflits territoriaux depuis la dissolution de la très éphémère République démocratique fédérative de Transcaucasie (de février à mai 1918), qui ont engendré des modifications des frontières créant de graves tensions entre les différents groupes ethniques.
Le conflit le plus récent s’est déroulé entre 1988 et 1994 (bien que les violences aient persisté jusqu’à très récemment, en 2012) et a été la cause d’un chômage généralisé, de déplacements de populations et d’une grande instabilité économique. Le printemps arabe de 2011 a également eu pour conséquence l’intensification de la répression en Azerbaïdjan alors que les autorités tentaient de prévenir les menaces perçues contre le gouvernement. Cette atmosphère n’a fait que rendre encore plus attrayant le trafic de produits stupéfiants pour les populations azerbaïdjanaises démunies ; en outre, selon certaines rumeurs, la culture et le trafic de stupéfiants seraient retranchés dans les territoires d’Azerbaïdjan occupés par l’Arménie pour financer le conflit.
Cette instabilité persistance offre également des conditions idéales pour l’essor de la corruption. En 2013, on a signalé que les autorités azerbaïdjanaises avaient faussement accusé certains activistes politiques de délits inventés de toutes pièces afin de pouvoir les incarcérer et les réduire au silence. Selon le rapport, des douzaines d’activistes, de journalistes et de défendeurs des droits de l’homme ont été arrêtés depuis 2011, et bon nombre auraient subi de mauvais traitements aux mains de la police.
Lois, arrestations et peines pour des faits liés au cannabis en Azerbaïdjan
Les autorités azerbaïdjanaises ont faussement accusé des activistes politiques de délits inventés de toutes pièces pour pouvoir les mettre en prison
Selon les lois de l’Azerbaïdjan, la possession de stupéfiants en quantités jugées trop importantes pour représenter la consommation personnelle, mais sans intention de vendre, est passible d’une peine pouvant aller jusqu’à trois années d’emprisonnement. La possession dans le but d’en faire commerce, ainsi que la production, la culture et le trafic transfrontalier de stupéfiants sont passibles de 3 à 7 années d’emprisonnement. En cas de violence, la peine est comprise entre 5 et 8 ans, et si le délit est commis par une bande organisée, la peine est portée à 7 à 12 ans. Si le tribunal juge qu’une personne arrêtée en possession de stupéfiants doit suivre un traitement de désintoxication, il peut délivrer une ordonnance obligatoire à laquelle devra se plier l’inculpé, sous peine d’une condamnation plus lourde. La consommation répétée de produits stupéfiants est passible de 2 à 5 ans de prison ou de trois années d’« assignation à résidence ».
En 2011, l’Azerbaïdjan a saisi 557 kg de produits stupéfiants, dont 299 kg de cannabis, 165 kg de haschich, 52 kg d’héroïne et 14 kg d’opium. Ce chiffre marque un recul important par rapport à 2010, dont les saisies totalisaient 1,86 tm. En 2011, 2 341 personnes ont été arrêtées pour des délits liés au trafic de stupéfiants.
En 2013, 29 plants cultivés de cannabis furent découverts dans la forêt d’Arilig, au cœur de la réserve naturelle du Zagatala
Le cannabis et le haschich abondent dans tout le pays, et l’on peut habituellement s’en procurer facilement à des prix raisonnables
Les cas sont individuellement des petites affaires (les gros chargements sont plus protégés par les trafiquants et par les fonctionnaires corrompus à leur botte, et passent pour la plupart sans encombre). En 2014, le propriétaire d’une épicerie de la capitale Bakou a été arrêté après avoir été pris en flagrant délit de vente de petites quantités de cannabis à ses clients « sous le comptoir ».
En 2012, un chargement d’armes et de produits stupéfiants, dont 4 kg de cannabis, a été intercepté à la frontière avec l’Iran. Enfin, en 2011, un villageois dans la région de Gadabay (Gədəbəy), à l’ouest de l’Azerbaïdjan, a été arrêté alors qu’il tentait de ventre 5,4 kg de cannabis.
Achat et utilisation de cannabis en Azerbaïdjan
Malgré la relative sévérité des lois antidrogue en Azerbaïdjan, le cannabis et le haschich abondent dans tout le pays, et l’on peut habituellement s’en procurer facilement à des prix raisonnables. Il est important d’éviter d’attirer l’attention des forces de police. Habituellement, il suffit de se renseigner auprès des jeunes, sur les marchés ou dans les bars, pour trouver un approvisionnement de qualité acceptable. Généralement, le produit proposé est de qualité basse à moyenne, et trouver un produit de bonne qualité pourra nécessiter quelques efforts supplémentaires et quelques bons contacts locaux.
Nous travaillons actuellement à la compilation d’informations actualisées sur l’utilisation du cannabis et la législation le concernant dans tous les pays du monde. À cette fin, nous acceptons volontiers vos contributions, conseils, opinions et corrections.
P.-S.
Infos sur l’Azerbaïdjan