"Le cannabis est moins nocif que le tabac : nouvelle étude" par Seshata (Sensi Seeds)

Il y a apparemment une faute de frappe dans le titre auquel il faut rajouter le mot "étude à la fin ! ("Le cannabis est moins nocif que le tabac : nouvelle" devient "Le cannabis est moins nocif que le tabac : nouvelle étude)


Par Seshata le 27/06/2016

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Le cannabis est moins nocif que le tabac : nouvelle (étude).

cannabis Une étude révolutionnaire de 20 ans comparant les effets sur les poumons de la fumée de cannabis et de celle du tabac a démontré qu’alors que le tabac était nuisible, le cannabis ne l’était pas. Le domaine de la santé s’ajuste à cette étude et à d’autres similaires et les sociétés d’assurance santé commencent même à couvrir les frais de cannabis médicinal !

Les preuves ne cessent de s’accumuler : le cannabis n’est pas nuisible aux poumons (© pexels.com)

Une étude scientifique révolutionnaire publiée en 2012 (Association de l’exposition à la marijuana et des fonctions pulmonaires sur une période de 20 ans, Pletcher MJ et coll.) a comparé les effets sur les poumons de la fumée de cannabis et de celle du tabac.

Des milliers de sujets ont été suivis sur une période de 20 ans afin de dresser le portrait complet des effets potentiels et d’établir un lien de causalité, contrairement à toutes ces études qui ne font que se pencher sur une courte période et ne parviennent qu’à démontrer une corrélation.

Malgré les années déjà passées depuis sa publication, l’étude demeure l’une des études les plus rigoureuses et fiables à avoir comparé les effets du cannabis à ceux du tabac, et son influence est encore actuelle. Récemment, deux sociétés d’assurance vie canadiennes ont déclaré que dorénavant, les fumeurs de cannabis ne seraient plus classés dans la même catégorie à risques élevés à laquelle appartiennent les fumeurs de tabac, évoquant que la recherche actuelle ne fournissait aucune preuve comme quoi le cannabis entraînait «  à long terme des risques de cancers ou de maladies comme le fait le tabac  ».

Dans cet article, nous nous pencherons sur les résultats de cette étude et d’autres études similaires qui l’ont suivie. Nous discuterons des changements pratiques qui découlent de ces résultats et qui ont depuis affecté l’industrie des soins de santé.

Quel était l’objet de l’étude ?

Fumer du cannabis et du tabac peut causer de l’inflammation, mais seulement le tabac cause des dommages à long terme (© Blausen.com Staff)

Il est maintenant fermement établi que la fumée de cannabis contient les mêmes composés que la fumée de tabac, mais subsiste encore une controverse quant à savoir laquelle est la plus dommageable pour la santé. Des études préalables ayant analysé les effets de la fumée de cannabis ont déterminé qu’elle pouvait causer de l’inflammation et des dommages aux muqueuses des poumons, en plus d’augmenter la toux, la production de mucosités et le sifflement respiratoire – tous des symptômes aussi associés au tabagisme.

En revanche, aucune étude n’est parvenue à établir une association claire entre la consommation de cannabis et les fonctions et maladies pulmonaires à long terme. L’étude en question avait donc pour objectif d’éclaircir la situation une fois pour toutes. Partout dans le monde, le cannabis devient de plus en plus important dans le domaine des soins de santé, et le nombre d’utilisateurs augmente chaque année, reflétant une légitimité croissante. Dans ces circonstances, il est crucial de bien connaître les effets du cannabis et des incorporer convenablement aux pratiques cliniques.

Sur une période de plus de deux décennies (de mars 1985 à aout 2006), les chercheurs ont suivi plus de 5000 participants, consignant leur consommation de cannabis et de tabac ainsi que leurs fonctions pulmonaires. L’étude a mesuré les habitudes de consommation actuelles et a estimé l’exposition cumulée à vie pour les deux types de fumée afin de déterminer de possibles associations.

Comment ont été recueillies les données ?

Les données ont été recueillies dans le cadre de l’étude Coronary Artery Risk Development in Young Adults (CARDIA), qui a entrepris de compiler des données depuis 1985 et prévoit le faire jusqu’en 2018. L’objectif de CARDIA est d’étudier l’influence de variables telles que la race, la taille, la mesure du tour de taille, le tabagisme et l’exposition à la fumée secondaire sur les risques de développer une maladie cardiaque.

CARDIA a donc sélectionné de façon aléatoire 5115 sujets appartenant aux deux groupes raciaux les plus importants (blanc/non hispanique, noir/non hispanique) à partir de quatre communautés américaines. Au moment du recrutement, les participants étaient en bonne santé et âgés de 18 à 30 ans. De plus, ils ont dû fournir un consentement éclairé écrit afin de participer à l’étude. Comme les participants n’ont pas été recrutés spécifiquement en fonction de leurs habitudes de tabagisme et de consommation de cannabis, cette importante cohorte est à même de représenter les habitudes de consommation de tabac et de cannabis à l’échelle des Etats-Unis.

Les participants ont d’abord passé un examen préliminaire, et se sont ensuite soumis à quatre examens de contrôle réguliers. Les fonctions pulmonaires ont été mesurées aux années 0, 2, 5, 10 et 20. Au terme de la vingtième année, 69 % des participants faisaient toujours partie de l’étude.

Les fonctions pulmonaires ont été mesurées à l’aide de deux indicateurs : le volume expiratoire maximal en une seconde (VEM1), et la capacité vitale forcée (CVF). Le premier indicateur consiste à mesurer le volume maximal d’air qui peut être expiré en une seconde suivant une inspiration profonde, et le second, le volume total d’air qui peut être expiré suivant une inspiration profonde sans égard à la variable temps.

Quels ont été les résultats de l’étude ?

Certaines sociétés d’assurances continuent injustement de considérer les consommateurs de cannabis comme des fumeurs de cigares ou de cigarettes (© pexels.com)

En ce qui concerne le tabac, les résultats ont confirmé ce qui était anticipé : le VEM1 et la CVF diminuaient en fonction de l’exposition actuelle et cumulée – une autre preuve que le tabac cause des dommages pulmonaires à long terme.

Cependant, les résultats dérivés de la consommation de cannabis étaient surprenants : une exposition légère au cannabis (actuelle et cumulée) augmentait la CVF, et une exposition légère cumulée augmentait également les résultats de VEM1. Cela signifie que, comparativement aux individus qui n’ont jamais été exposés à la fumée de cannabis, la capacité pulmonaire totale des consommateurs de cannabis a augmenté au cours des vingt années qu’a duré l’étude !

De plus, la CVF et le VEM1 ont montré une augmentation graduelle lorsque comparés à « l’intensité actuelle de la consommation de cannabis » (déterminée comme étant des épisodes de consommation dans les 30 jours précédents). Cela signifie que plus les participants fumaient fréquemment, meilleure était leur capacité pulmonaire.

Les grands fumeurs de cannabis n’ont toutefois pas obtenu d’aussi bons résultats à long terme. L’augmentation observée dans le VEM1 cumulé atteignait éventuellement un seuil, ou commençait à diminuer avec une exposition plus importante. Cependant, une « très importante consommation de marijuana » était associée à un VEM1 cumulé « dont la valeur n’était pas significativement différente de la valeur de base » et une CVF « demeurant significativement supérieure à la valeur de base  ».

Ces données suggèrent que même une consommation importante de cannabis ne cause pas une diminution de la capacité pulmonaire totale à long terme (en fait, l’exposition au cannabis peut même offrir une protection ou une amélioration), et qu’en dépit d’une légère réduction de la capacité d’expirer de l’air dans la première seconde, les effets demeurent négligeables.

Le VEM1 est un indicateur important et devrait habituellement être équivalent à 70-80 % de la CVF ; s’il chute en deçà de 65 %, il indique un rétrécissement des voies respiratoires – un symptôme possible d’une bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO). Ainsi, une « forte  » consommation de cannabis n’est pas associée à l’augmentation des risques de contracter une BPCO, bien qu’il soit préférable pour les individus à risque de développer une telle maladie de limiter leur consommation de cannabis.

D’autre part, le fait qu’une légère consommation augmente le VEM1 cumulé procure une autre preuve des effets bronchodilatateurs du cannabis, ce qui en retour démontre une fois de plus son potentiel pour traiter l’asthme lorsque consommé légèrement, et sans tabac.

L’étude a été acclamée puisqu’elle représente un jalon scientifique important : en effet, elle a de loin surpassé la durée d’exécution de la grande majorité des études similaires, en plus de parvenir à établir une association à long terme à même de fournir une preuve de causalité, et non seulement de corrélation. Cette étude (en plus des autres études qui se sont penchées sur le tabac) nous permet enfin de déclarer que le tabac cause des dommages et des maladies pulmonaires, alors que le cannabis n’en cause pas.

Les autres recherches sur le cannabis, le tabac et la santé pulmonaire

En 2015 ont été publiés les résultats d’une autre étude importante, cette fois-ci effectuée par des chercheurs de l’université Emory à Atlanta (Géorgie), qui cherchait à déterminer si l’exposition à la fumée de cannabis avait une incidence sur la santé pulmonaire à partir d’un large échantillon représentatif composé d’adultes américains âgés de 18 à 59 ans. Il s’agit de l’analyse transversale la plus étendue à avoir été effectuée dans le but de connaître l’incidence de la consommation de cannabis sur la santé pulmonaire.

Encore une fois, les chercheurs ont déterminé qu’une consommation légère de cannabis (auto-évaluation de la part des participants : en tant qu’étude transversale, il est impossible de suivre les sujets durant 20 ans) n’était pas associée à une détérioration de la santé pulmonaire, et qu’elle ne causait pas une diminution du VEM1. De plus, les auteurs ont noté que l’exposition à la fumée de cannabis pourrait conférer des effets protecteurs pour les poumons, et que les fumeurs de tabac, en fumant aussi du cannabis, pourraient atténuer les effets nuisibles du tabac.

L’étude a également mentionné que les consommateurs réguliers de cannabis étaient plus sujets à présenter des symptômes de bronchite, bien qu’ils ne montraient aucune preuve de détérioration pulmonaire, et que ces symptômes de bronchite diminuaient ou n’étaient pas présents chez les consommateurs qui vaporisaient le cannabis.

En 2013 paraissait un examen intitulé Les effets de la fumée de marijuana sur les poumons (Tashkin, D.P.) qui arrivait à la conclusion que l’exposition à la fumée de cannabis n’était pas associée avec le développement du cancer, de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), d’emphysème ou d’emphysème kystique, en notant ceci : « de plus en plus de preuves indiquent qu’une consommation de cannabis régulière, même lourde, est loin de causer autant de dommage aux poumons que le tabagisme  ».

Comme nous pouvons le constater, la recherche scientifique est parvenue à accumuler une quantité considérable de preuves fiables pointant vers l’innocuité relative de la consommation de cannabis en matière de santé pulmonaire. Il est rassurant de constater que la science parvient enfin à changer l’opinion populaire au sujet du cannabis, parfois dans des domaines complètement inattendus – au cœur du monde le plus corporatif qui soit, celui des sociétés d’assurances.

L’influence de la recherche sur le cannabis sur l’industrie des assurances

Vaporiser au lieu de fumer le cannabis minimise les effets à court terme (© andrewmalone)

Récemment, deux sociétés canadiennes d’assurances ont modifié leurs politiques qui depuis longtemps classaient les consommateurs de cannabis dans la même catégorie que les fumeurs de tabac (et qui pouvait occasionner des primes trois fois plus élevées). À présent, Sun Life et BMO Assurance considéreront certains consommateurs de cannabis comme étant non-fumeurs lorsque ces derniers contracteront une assurance vie avec eux.

Sun Life, la première ayant annoncé son changement de politiques, admet tous les fumeurs de cannabis qui ne consomment pas de tabac, alors que BMO Assurance couvre les fumeurs de cannabis qui ne fument pas plus de deux joints par semaine et qui ne consomment pas de tabac.

Voilà ce qu’a déclaré Sun Life au sujet de son changement de politiques : « Les sociétés de notre domaine suivent de près les études scientifiques et mettent à jour leurs politiques en fonction des nouvelles découvertes ». Elle a poursuivi en disant que les individus seraient évalués « comme étant des non-fumeurs, à moins qu’ils consomment du tabac ».

Bien que les études médicales en question n’aient pas été nommées, il est très probable que les recherches que nous venons d’analyser aient joué un rôle important dans ces changements de politiques, et qu’elles inciteront sans doute d’autres sociétés d’assurances à procéder à de tels changements dans l’avenir.

Assurances pour les consommateurs de cannabis aux E-U et en Europe

La situation américaine est encore plus surprenante. Alors que les consommateurs américains de cannabis médicinal ont souvent des problèmes et paient des primes plus élevées que les non-fumeurs, un rapport de Bloomberg.com publié en juin 2015 déclarait que 29 % des sociétés d’assurance vie américaines possédant des politiques officielles pour les consommateurs de cannabis considéraient ces derniers comme étant non-fumeurs.

Certaines sociétés d’assurances (par exemple, New York Life Insurance Co.) basent leurs politiques sur la fréquence de la consommation – une consommation légère à modérée n’occasionne pas de primes supplémentaires, alors qu’une forte consommation récréative affecte les primes. Cette distinction est quelque peu discriminatoire à la lumière du fait que bien que certaines études ont trouvé un lien entre une grande consommation et la réduction à long terme des fonctions pulmonaires, aucune étude jusqu’à présent ne démontre un lien avec des maladies pulmonaires précises.

Ainsi, aux États-Unis, les consommateurs légers et modérés de cannabis, surtout ceux affectés de conditions médicales justifiant la consommation de cannabis, ne devraient pas avoir tant de mal à trouver une bonne assurance vie s’ils cherchent de manière sélective. Cependant, la situation se complique pour les grands consommateurs récréatifs qui doivent payer des primes plus élevées en dépit de la paucité marquée de preuves suggérant que de fortes consommations occasionnent des dommages ou des maladies pulmonaires.

Les résultats des efforts de légalisation du cannabis portent leurs fruits, ce qui est encourageant. Plus que jamais, nous devons poursuivre la mission d’exposer au grand jour tous les faits au sujet du cannabis.