"Le cannabis : une plante aux multiples visages" (partie 2) par Stefanie (Sensi Seeds)

Publié par Stefanie le 15 décembre 2014

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Le cannabis : une plante aux multiples visages, deuxième partie

En décembre 2014, Sensi Seeds a publié un article intitulé « Le cannabis : une plante aux multiples visages » présentant des consommateurs de cannabis. Il s’agissait plus exactement de patients titulaires en Allemagne d’une dérogation les autorisant à se procurer des fleurs de chanvre à usage thérapeutique. Le but était de montrer que les visages du cannabis sont multiples. Et que derrière ces visages se cachent des personnes que le cannabis médical soulage ! À la suite de la publication de cet article, d’autres patients désireux de partager leur histoire avec les lecteurs de Sensi Seeds se sont manifestés. Nous ne demandons pas mieux ! Plus les témoignages seront nombreux, mieux ce sera. Les portraits de « nos  » patients consommateurs de cannabis sont destinés à encourager, éduquer et réveiller les consciences.

Dans la deuxième partie que nous publions aujourd’hui, nous présentons trois personnes qui consomment du cannabis thérapeutique pour soulager leurs douleurs multiples et leurs pathologies très complexes. Lisez vous-même…

Christian Schulzki

Christian Schulzki, 34 ans.

Ce natif de Berlin âgé de 34 ans souffre de douleurs chroniques à la suite de quatre opérations pour hernie discale. Les troubles quotidiens qui en découlent ne lui permettent de participer que partiellement, voire plus du tout, à la vie sociale. Le simple fait de faire ses courses pose des difficultés et est une source d’appréhension.

De plus, ce boucher de formation, qui habite désormais dans la Sarre, souffre également d’algie vasculaire de la face, aussi appelée céphalées de Horton. Cette maladie se caractérise par des crises de céphalées unilatérales d’intensité extrême qui peuvent durer de 15 à 180 minutes. « Je ne souhaite cela à personne », commente Christian en des termes bref et concis qui en disent long.

Une vie gouvernée par la douleur

L’état de santé ou, plus justement, le mauvais état de santé de Christian a un impact considérable et surtout négatif sur sa vie, ce qui l’attriste et le déprime. Lorsque ses douleurs ont commencé, il était encore capable de travailler comme préparateur de commande dans une société pharmaceutique. Il s’est ensuite essayé au métier d’opérateur dans un centre d’appels, mais il a été licencié en raison de ses problèmes de santé et des absences répétées corollaires. Depuis deux ans, Christian est chez lui et essaie de retrouver le chemin de la vie (professionnelle) : « Je n’accepte ni mes maladies, ni cet enlisement qui semble s’aggraver. » Il devrait penser à la retraite, mais il s’y refuse catégoriquement ! Il tente de reprendre pied à l’aide des formations de reconversion et du service médical du « Jobcenter » (l’agence allemande chargée de l’accompagnement des demandeurs d’emploi).

Des médicaments courants aux effets secondaires lourds

Christian : « Je n’accepte ni mes maladies, ni ce contretemps. »

La liste de médicaments de Christian est longue, très longue. Targin matin et soir, Capros pour soulager les douleurs aiguës, Novalgin en gouttes, oméprazole matin et soir, vérapamil, oxygène en cas de crise de céphalée. (Fin 2012, à l’époque où Christian prenait encore des triptans pour soulager son algie vasculaire de la face, il a dû être hospitalisé pendant 15 jours pour se faire désintoxiquer). Parmi les autres médicaments courants qu’il consommait, on peut citer la morphine, les opiacés, les anesthésiques, le Tilidin, la gabapentine, le Lyrica, le Katadolon, etc. Le cannabis lui permet désormais de réduire de trois quarts sa consommation de médicaments, voire même parfois de s’en passer complètement.

Le cannabis est un médicament ?!

Le cannabis, il y avait goûté lorsqu’il était adolescent. Il n’avait cependant pas envisagé de l’utiliser en tant que médicament, car la plante est illégale. À l’époque, il n’avait encore jamais entendu parler du cannabis thérapeutique. C’est en mars 2014 que Christian a découvert cet usage. Il a cherché des informations dans les médias et sur Internet, commençant ainsi à s’intéresser sérieusement au sujet.

En septembre 2014, il en a discuté avec son médecin algologue (spécialiste de la douleur), car cela faisait déjà trois semaines qu’il était traité par cathéter antidouleur, sans résultat. La réaction du spécialiste fut dédaigneuse, hostile : « Je ne connais pas, je ne fais pas cela. » Le médecin traitant de Christian a réagi de manière beaucoup plus ouverte et c’est ainsi que la demande d’autorisation pour se procurer des fleurs de chanvre à usage thérapeutique à la pharmacie a pris forme en novembre 2014.

Le 1er décembre 2014, Christian a envoyé cette demande au BfArM (l’institut fédéral pour les médicaments et les dispositifs médicaux) et, le 8 janvier 2015, il a été informé par téléphone que celle-ci avait été acceptée. Depuis le 30 janvier, il dispose d’une preuve écrite de cette autorisation, mais les pénuries d’approvisionnement en Bedrocan l’empêchent de pouvoir prendre son médicament régulièrement.

Voici le message que Christian souhaite faire passer aux lecteurs de Sensi Seeds

"Chaque patient qui a fumé ou consommé du cannabis sous une autre forme et qui s’en est trouvé soulagé devrait déposer une demande auprès du BfArM. Si un médecin s’y oppose ou bien si la première, la deuxième, et même la troisième pharmacie refuse de collaborer, continuez d’essayer. Allez sur les forums et informez-vous. Convainquez votre médecin. Ne vous laissez pas DÉCOURAGER ! Donc… Legalize It ! (Légalisez-le !)"

Peggy S.

Peggy : « Sans le cannabis riche en CBD, la douleur serait quasiment insupportable. »

Peggy, une jeune trentenaire qui vit en Thuringe, est lourdement handicapée avec un taux d’incapacité de 90 %. Sa carte d’invalidité porte les mentions G et B, indiquant une mobilité réduite dans la circulation routière. Elle a en outre besoin d’un accompagnement permanent dans les transports publics. Cette vendeuse de formation est en incapacité de travail depuis 2010. Elle aime passer du temps avec ses chats de race Maine Coon. Peggy prend du cannabis principalement pour soulager ses douleurs quotidiennes multiples et omniprésentes.

La pathologie complexe de Peggy

Cette Thuringienne souffre de rhumatismes, de douleurs musculaires et articulaires et de polyneuropathie, des pathologies du système nerveux périphérique. Peggy est en outre atteinte de connectivite, une maladie auto-immune qui peut en principe affecter n‘importe quel organe. Ces troubles s’accompagnent de vascularites, du syndrome de Gougerot-Sjögren, du syndrome de Raynaud et d’une insuffisance pancréatique exocrine.

À cela s’ajoutent une névralgie du trijumeau, qui est une forme de douleur faciale, une paralysie du côté droit du visage (paralysie faciale) ainsi que des spasmes involontaires des muscles de ce même côté droit du visage. La paralysie faciale est due à une infection zostérienne (zona) touchant le visage. Peggy souffre par là même d’une névralgie post-zostérienne (des douleurs nerveuses extrêmement fortes).

Gastrite, ostéoporose, endométriose, maladie cœliaque, intolérance au lactose et au fructose, asthme et allergies viennent alourdir la liste. Une liste qui, il faut malheureusement bien le dire, n’est pas exhaustive.

Moins de médicaments grâce au cannabis

Avant de recourir à la thérapie à base de cannabis, Peggy a essayé tous les opiacés disponibles ainsi que divers antiépileptiques, antidépresseurs et somnifères pour soulager ses douleurs, notamment les douleurs rhumatismales dans le corps et les douleurs nerveuses au visage. Elle a aussi testé la cortisone ainsi que les traitements de base contre les rhumatismes tels que le méthotrexate (MTX), l’azathioprine (AZA), le Quensyl et les immunoglobulines.

Le cannabis soulage Peggy bien plus efficacement que les antiépileptiques, surtout pour ce qui est des névralgies faciales. Depuis qu’elle utilise du cannabis, elle ne prend plus que de la cortisone et, comme opiacé, de l’oxycodone, dont elle a déjà réussi à diminuer le dosage.

Le soutien du médecin algologue

Peggy et l’un de ses chats adorés.

Après que Peggy a eu épuisé tous les traitements, son médecin algologue lui a recommandé des gouttes de dronabinol. Depuis 2014, elle possède une dérogation pour acheter des fleurs de chanvre à usage thérapeutique et est ravie que son médecin se soit montré favorable à un traitement à base de cannabis et l’ait soutenue pour déposer la demande.

Sans cannabis enrichi en CBD, les douleurs, notamment les douleurs nerveuses dans le visage, seraient très difficilement supportables », explique la jeune femme.

Les ruptures d’approvisionnement en Bedica et en Bediol ne facilitent pas les choses

Malheureusement, son cannabis (Bedica et Bediol) a souvent été indisponible au cours des derniers mois. Peggy explique que chaque jour sans Bediol ni Bedica la ramène en arrière. Les douleurs faciales reviennent aussitôt. De nouvelles poussées de rhumatismes ne tardent pas elles non plus à survenir. Cela l’oblige par conséquent à reprendre davantage de cortisone et d’analgésiques.

" Malheureusement, la caisse d’assurance maladie [allemande] ne prend pas en charge le cannabis et il faut se battre chaque mois pour réunir la somme colossale dont on a besoin, entre 245 à 500 euros, quand on ne bénéficie que de la couverture de base. J’aimerais que le cannabis soit enfin pris en charge par l’assurance maladie pour les personnes malades, et aussi que des mesures soient enfin prises pour résoudre le problème d’indisponibilité, parce qu’il n’est pas normal de devoir s’inquiéter chaque mois pour ses médicaments.  »

Une aide quotidienne

Désormais, Peggy a besoin d’une aide quotidienne non seulement à l’extérieur, pour se déplacer dans la circulation, mais également à l’intérieur, pour les activités de la vie quotidienne.

Elle dispose depuis peu d’un fauteuil roulant, car elle n’est plus capable de marcher dehors ou de rester longtemps debout. Les rhumatismes, l’ostéoporose et les nombreuses fractures ne lui permettent plus de vivre sans cet accessoire.

Faire de nécessité vertu : les passe-temps de Peggy

La jeune femme de 30 ans se passionne pour la cuisine à base de chanvre et de cannabis. En raison de ses nombreuses intolérances, elle est obligée de cuisiner des plats fraîchement préparés tous les jours. Ses allergies lui ont ainsi permis de découvrir un nouveau passe-temps auquel elle s’adonne avec plaisir. Peggy utilise ainsi de la farine de chanvre, des graines de chanvre et du cannabis achetés en pharmacie.

Elle s’occupe également avec beaucoup d’affection de ses chats et de ses poissons. Elle aime les animaux en général.

Michael Autrum

Michael pratique le handibasket (basket-ball en fauteuil roulant).

Originaire de Weißwasser, Michael vit avec son bulldog Tyson à proximité de Starnberg.

Michael souffre d’un syndrome douloureux chronique de niveau III sur l’échelle de Gerbershagen. Dans son cas, les douleurs ne sont pas symptomatiques d’une pathologie spécifique, mais constituent une maladie en soi. Au stade III, celui de Michael, il n’est possible d’atténuer les douleurs que chez 30 % des patients, même avec des traitements multidisciplinaires. Michael ne fait pas partie de ces 30 %. Il souffre de douleurs chroniques, mais ce n’est pas tout. Il est également atteint d’asthme allergique, de BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive), d’arthrose, d’omarthrose (usure du cartilage de l’articulation de l’épaule) et d’un œsophage de Barrett (maladie du reflux). Il en est par ailleurs déjà rendu à son troisième stimulateur cardiaque. Ce cuisinier de formation est à la retraite pour invalidité à 38 ans.

Un cocktail de médicaments

Opiacés, Lyrica, inhalateur pour l’asthme, Fortecortin, Prednisolone : ce sont là les médicaments classiques que Michael prend chaque jour.

Toutes les 15 heures, il reçoit deux litres d’oxygène pour soulager sa BPCO. La nuit, il est relié à un détecteur d’apnée du sommeil. Alors, pour réussir à dormir ne serait-ce que quatre à cinq heures, il prenait des somnifères.

Le cannabis lui a permis de diminuer de moitié la consommation de la plupart des médicaments et même de totalement en abandonner certains. Par exemple, il a réduit sa consommation quotidienne d’opiacés de 96 mg à 12 mg. Depuis qu’il prend le traitement à base de cannabis, il n’a plus du tout besoin non plus de somnifères, d’inhalateur pour l’asthme ni de Fortecortin.

Des fleurs de chanvre à usage thérapeutique provenant de la pharmacie

Depuis septembre 2014, Michael possède une dérogation pour se procurer des fleurs de chanvre à usage thérapeutique. C’est par le biais des médias et d’Internet qu’il est entré en contact avec d’autres patients traités au cannabis, comme Claudia Russo que Sensi Seeds avait présentée dans la première partie de la série « Le cannabis : une plante aux multiples visages ». À la mi-août 2014, un médecin bien connu en Allemagne, le Dr Grotenhermen, a reçu Michael à son cabinet et, à la fin du mois, le patient tenait le certificat médical entre ses mains. Par ailleurs, il disposait également des certificats de son pneumologue et interniste. Curieusement, il n’a fallu que dix jours à Michael pour compter parmi les patients allemands traités au cannabis titulaires d’une dérogation.

Un film destiné à encourager

Un film sur les patients traités au cannabis devrait prochainement voir le jour : «  Vis ta vie comme Michael  ». L’objectif de Michael avec ce film est de donner le courage aux personnes handicapées de ne pas abandonner. Il y parlera également de ses expériences personnelles avec le cannabis. Sensi Seeds tiendra les lecteurs informés au sujet de ce film.

L’esprit d’équipe et le plaisir de jouer au basket

Michael ne se laisse pas abattre par les contraintes liées à la maladie et le fauteuil roulant : il joue au basket en fauteuil à l’USC München. Ce qu’il apprécie le plus : l’exercice physique, l’esprit d’équipe, les activités communes et le plaisir de jouer. Il ne reste pas enfermé chez lui à cause de son handicap.

Sa devise pour se motiver :

"La résignation, c’est le début de la fin !"

Il y aura une troisième partie, cher lecteur, nous pouvons d’ores et déjà vous le promettre. Si vous souhaitez vous aussi nous faire part de votre histoire, nous vous invitons à laisser un commentaire. Nous vous contacterons.

P.-S.

Note : la troisième partie n’est pas encore publiée.