"Le cannabis : une plante aux multiples visages" par Stefanie (Sensi Seeds)

Article en deux parties : voici la première.


Publié par Stefanie le 15 décembre 2014

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Le cannabis : une plante aux multiples visages

Le cannabis, dont la consommation – à titre récréatif ou à titre médical – et le statut légal font l’objet de discussions musclées dans le monde entier. Le cannabis médical est progressivement légalisé ; il l’a été dernièrement dans l’Oregon, en Alaska et à Washington D.C.. La légalisation ouvre l’accès jusqu’alors verrouillé à un médicament pour les personnes qui souffrent de maladies chroniques et de maladies graves. Cela donne espoir et confiance.

Les personnes qui utilisent le cannabis ou souhaitent l’utiliser pour des raisons médicales doivent fréquemment se battre avec les idées reçues. Avec cet article, Sensi Seeds veut prouver que les consommateurs de cannabis à usage médical sont pourtant des gens tout à fait normaux, qui ont des histoires à raconter, des histoires de la vie. Aujourd’hui, cinq patients traités avec du cannabis sont présentés : cinq visages différents, cinq destins singuliers et une plante, qui leur vient en aide. Jugez-en par vous-mêmes.

Chris Vrzak

Le cannabis médical aide Chris Vrzak.

Ce patient de 36 ans qui habite à Hockenheim et souffre de TDAH a derrière lui deux accidents de moto, dont il a gardé des séquelles sous forme de douleurs chroniques au genou, dans la région lombaire et à l’épaule.

Depuis 1994, il s’intéresse au cannabis. Chris a remarqué pour la première fois en 2009 qu’avec une dérogation, on pouvait se procurer du cannabis en Allemagne. Cependant, il n’aurait jamais cru possible de faire lui aussi un jour partie des patients officiellement traités avec du cannabis en Allemagne. Lorsqu’il a raconté aux médecins que la plante lui faisait du bien et qu’il pouvait ainsi laisser tomber des médicaments aux effets secondaires sévères, tels que le Diclofenac, la tilidine et d’autres médicaments opiacés, on l’a catalogué comme toxicomane et traité comme tel.

Chris a déjà enduré beaucoup de choses : son TDAH n’a pas été traité ou a été mal traité. Depuis l’enfance, il prenait des gouttes et des comprimés, traitement qu’un médecin avait à l’époque justifié auprès du garçon de 13 ans avec l’argument que tout se calmerait à l’adolescence. Les conséquences : l’inattention, une tête submergée de pensées, une vive irritabilité, l’agressivité, des difficultés de concentration ! Peu de temps après, Chris a eu un premier contact avec le cannabis et il a remarqué que cela lui permettait de se concentrer et ainsi de mener à bien son premier cycle d’enseignement. Son médecin traitant a constaté un abus de drogue, dans son cas une dépendance au cannabis, et le jeune s’est vu prescrire du Diazepam, un produit psychotrope. Ont suivi d’interminables visites chez le psychologue, des séances avec des associations d’aide pour les drogués et une formation interrompue. Après 13 ans de dépendance à l’héroïne et à la cocaïne, deux accidents et un burnout sévère en 2012, Chris a pu remettre de l’ordre dans sa vie. Avec un changement de médecins, de bons diagnostics et des produits de substitution, il a remonté la pente.

Chris Vrzak, patient utilisant du cannabis médical.

En 2013, il a commencé à s’occuper d’obtenir une dérogation pour le cannabis auprès du BfArM (l’Institut fédéral pour les dispositifs médicaux et les produits pharmaceutiques). Avec l’aide du médecin privé bien connu en Allemagne, le Dr Franjo Grotenhermen – Président de l’ACM (Groupement pour le cannabis à usage thérapeutique) et Directeur exécutif de l’Association Internationale pour le cannabis médical (IACM) – Chris a déposé une demande d’autorisation pour pouvoir acheter des fleurs de chanvre à usage thérapeutique à la pharmacie. Sans le soutien du Dr Grotenhermen, explique Chris, cela n’aurait pas été possible du tout. En effet, tous les autres médecins assimilaient la consommation de cannabis à un comportement addictif, même s’ils ont dû eux-mêmes admettre que cette consommation lui faisait du bien.

Sa demande a pris en tout et pour tout 7 jours entre le moment où les documents sont arrivés et l’octroi de l’autorisation. Depuis octobre 2013, il est officiellement autorisé à prendre du cannabis. Jusque-là, cela n’était jamais allé aussi vite pour aucun patient ! Chris pense que cela tient au fait qu’il était déjà connu depuis 8 ans à l’institut pour la substitution avec du L-Polamidon et du Subutex.

Chris prend la vie à pleines mains. Il travaille pour son indépendance en mettant l’accent sur l’aide aux patients traités au cannabis. Il construit actuellement une plateforme d’information grâce à laquelle les visiteurs peuvent tout savoir sur l’alimentation et les modes de vie sains ainsi que sur le cannabis en tant que médicament. Il s’intéresse à la façon la plus efficace de prendre les substances actives du cannabis et d’autres herbes et huiles. Son propre vécu et l’envie de faire des expériences le poussent à mettre au point un nouveau vaporisateur, dont le prototype est déjà presque terminé. Voici le message que Chris souhaite adresser aux lecteurs de Sensi Seeds et surtout aux patients :

"Restez fidèles à vous-mêmes ! Le but est d’aller en avant ! Trouvez-vous un médecin de confiance et faites une demande d’autorisation. En Allemagne, le cannabis n’est légal que dans un cadre médical !"

Tilo Clemeur

Tilo Clemeur, patient, a reçu une autorisation d’utiliser du cannabis médical en provenance de pharmacies en 2012.

Depuis l’âge de 18 ans, Tilo souffre d’épilepsie. Dans son cas, les médicaments conventionnels ont échoué et n’ont apporté que des effets secondaires sévères. C’est pourquoi, à 44 ans, il a cherché une thérapie alternative. En 2000, il a appris que le cannabis pouvait offrir cette alternative. Mais, quand il en a parlé à son neurologue, celui-ci lui a dit qu’il « ne devait pas se laisser mener en bateau », car le cannabis n’aurait aucune utilité sur le plan médical.

Tilo a tout de même essayé le cannabis. Il en prenait dès qu’il se sentait mal. Après une année sans nouvelle crise, il a franchi le pas en abandonnant aussi les derniers médicaments conventionnels. Avec succès, puisqu’il y a désormais 8 ans qu’il n’a pas eu de nouvelle crise.

Depuis 2012, il possède une autorisation pour se procurer des fleurs de chanvre à usage thérapeutique à la pharmacie. Avant cela, il utilisait le Dronabinol. Cet habitant de Duisburg était le premier patient souffrant d’épilepsie en Allemagne à pouvoir acheter des fleurs de cannabis à la pharmacie avec la dérogation du BfArM.

Depuis un an et demi, Tilo travaille en tant que rédacteur pour le magazine « Grow ! », pour lequel il interviewe des patients et raconte leur histoire. En outre, il fournit un travail éducatif actif en donnant des conférences pour des évènements comme l’exposition Cultiva consacrée au chanvre, à Vienne, ou la Dampfparade (« Défilé de la vapeur ») à Cologne. Il dénonce le fait que les médecins ne peuvent pas prescrire facilement du cannabis, et qu’ils doivent auparavant faire une demande d’autorisation à l’Office fédéral des narcotiques, alors que d’autres médicaments tels que des opiacés forts peuvent être prescrits. De plus, de nombreux médecins ont tout simplement peur de se pencher sur l’usage thérapeutique du cannabis, et plus encore de le prescrire, parce qu’ils ne veulent pas entrer en conflit avec la loi. Il évoque également dans ses discours le coût extrêmement élevé du cannabis vendu en pharmacie : 74 euros pour 5 grammes, alors que le cannabis cultivé individuellement coûterait d’abord 2,20 euros (en comptant la première culture et les frais d’achat afférents) et ensuite 0,35 euro le gramme ! Ce qu’il veut communiquer aux lecteurs de Sensi Seeds :

Patients ou consommateurs à titre récréatif, battez-vous pour vos droits. Nous savons bien que l’interdiction ne fait que du mal. Nombreux sont ceux qui doivent rendre leur permis de conduire, simplement parce qu’ils ont fumé un joint trois jours plus tôt. La culture individuelle est refusée aux patients, malgré le fait qu’il y ait constamment et des semaines durant des ruptures d’approvisionnement et qu’ils doivent se débrouiller autrement. Montrez que vous existez et que nous avons tous droit au cannabis. »

Claudia Russo

Claudia Russo, patiente utilisant du cannabis médical.

Cette Berlinoise d’adoption âgée de 42 ans est veuve et a une fille adulte. La liste de ses maux est longue : hépatite, troubles du rythme cardiaque, cancer, asthme chronique, troubles de stress post-traumatique, ostéochondrose, protrusion discale généralisée avec phénomène de vide, fractures de la colonne vertébrale, syndrome de la colonne lombaire, spondylarthrose, troubles du sommeil liés à la douleur, dépressions, syndrome douloureux chronique, cancer de l’utérus.

Claudia est une patiente traitée avec du cannabis officiellement depuis mars 2014. La plante ne lui était toutefois pas inconnue jusqu’alors. Elle utilise le cannabis depuis déjà de nombreuses années, car cela l’aide à bien des égards et apaise son âme. Il a fallu environ 6 mois pour qu’elle ait l’autorisation de consommer du cannabis. « L’attente, la souffrance et les lettres qui repoussent éternellement l’échéance donnaient l’impression que ça ne finirait jamais », raconte Claudia.

Claudia Russo est une activiste du cannabis et aide d’autres patients à déposer leur demande d’autorisation d’utilisation de cannabis médical.

Lorsqu’elle a eu le cancer et que les traitements avec des cellules souches l’ont presque tuée, elle a désespérément cherché une issue dans la naturopathie. Un jour, elle est tombée sur une vidéo à propos de l’huile Rick-Simpson. Elle s’est informée et a commencé à en produire elle-même. Les résultats étaient surprenants, mais elle trouvait la substance immangeable. Alors, elle a commencé à développer la production d’huiles pour une grande variété d’usages. Le cancer de Claudia est maintenant en rémission. Elle ne prend aucun autre médicament : que du cannabis !

Claudia a beaucoup à dire sur les médecins, les caisses d’assurance-maladie et organismes similaires. C’est pourquoi, malgré son incapacité de travail, elle se déplace beaucoup à titre bénévole. Le travail la maintient en vie et lui fait oublier la douleur. Claudia effectue un travail sur la drogue, conseille les malades, les personnes âgées, les toxicomanes, les parents inquiets et elle a une petite boutique dans laquelle elle vend les tableaux qu’elle peint. Elle est très active en matière de politique de la drogue et aide les autres pour leurs demandes d’autorisation de consommer des fleurs de chanvre à titre thérapeutique. Son message :

"HEMP IS HOPE… NOT ONLY DOPE" (le chanvre, c’est l’espoir… pas seulement la drogue)

Alexander Jähn

Alexander Jähn, patient utilisant du cannabis médicinal, a besoin de 30 flacons de cannabis médical fourni par Bedrocan, par mois.

Cet Allemand de 32 ans est marié et a un enfant. Depuis 2002, Alexander est un malade traité avec du cannabis pour la douleur, des paralysies et des convulsions spastiques, qui sont les séquelles d’un grave accident de la circulation. Avant l’accident, Alexander était commerçant ; maintenant, il ne peut plus travailler.

Avant qu’il soit officiellement autorisé à utiliser du cannabis à titre thérapeutique, les médecins ont essayé de gérer ses douleurs avec de la tilidine, de la morphine, du Tramal, du Fentanyl et d’autres médicaments. Alexander a dû attendre 3 mois après le dépôt de sa demande pour obtenir l’autorisation de se procurer des fleurs de chanvre à usage thérapeutique auprès de la pharmacie.

Il connaissait déjà le cannabis depuis l’enfance, mais c’est seulement après être tombé malade qu’il a remarqué à quel point cela le soulage. Ce qu’il veut dire aux lecteurs de Sensi Seeds :

Herb Is The Healing ! » (L’herbe est la guérison !)

Ralf Herrmann

Ralf Herrmann, patient utilisant du cannabis médical.

Ce quadragénaire d’Heidelberg est papa d’une petite fille. Ralf prend du cannabis pour traiter son TDAH, une hernie discale et de l’arthrose à l’épaule. Sensi Seeds l’avait déjà présenté dans le passé en proposant son portrait.

D’abord du Ritalin pour le TDAH, du Vioxx, puis des comprimés de médicament opiacé pour les douleurs ainsi qu’un antidépresseur contre les changements d’humeur – Ralf a rejeté tout cela. Ce cocktail de médicaments était trop dangereux pour lui. Il a fumé du cannabis et a été catalogué comme étant un toxicomane. Pourquoi il a fait ça ? Parce qu’il allait tellement mieux comme ça et il contrôlait ses douleurs.

À partir de 2001, Ralf a pu prendre du Dronabinol. Son médecin traitant de l’époque le lui avait prescrit, parce qu’aucun autre médicament n’avait pu le soulager correctement et surtout sans effets secondaires.

Durant l’été 2010, le site internet de l’ACM a attiré son attention sur le cannabis vendu en pharmacie. Après avoir trouvé un médecin qui voulait bien le soutenir pour déposer la demande, il a franchi le pas. Après des appels téléphoniques interminables, il a fallu 2 mois à Ralf pour recevoir l’autorisation du BfArM d’acheter du cannabis à la pharmacie. Cela a toutefois pris plusieurs années pour qu’il soit autorisé à consommer du cannabis. Depuis décembre 2010, il a une autorisation pour se procurer des fleurs de chanvre à usage thérapeutique et il est heureux d’avoir choisi la voie du cannabis. Avec la remise de la dérogation, Ralf a l’impression d’être enfin reconnu par la société. Ralf Herrmann Sensi Seeds blog (2)

Ralf Herrmann durant une manifestation pour les droits des patients utilisant du cannabis médical.

En décembre 2010, il y avait environ 60 patients qui étaient considérés comme étant incurables et avait l’autorisation d’acheter du cannabis à la pharmacie. Aujourd’hui, ils sont presque 300. Malheureusement, pour le moment, aucune caisse d’assurance-maladie allemande ne prend en charge les coûts du traitement ; les patients doivent supporter les frais du cannabis totalement seuls.

Ralf faisait partie des patients qui se sont rendus au tribunal administratif de Cologne au milieu de l’année 2014 pour défendre le droit à la culture individuelle du cannabis.

Malheureusement, il ne fut pas de ceux dont l’action en justice pour la culture individuelle a été couronnée de succès. Mais cela ne veut pas dire que Ralf va en rester là ; il a fait appel. Sa devise :

Legalize it worldwide. » (Légalisez-le dans le monde entier)

Ralf est chauffagiste de métier, mais ces dernières années, il a travaillé comme électronicien pour les systèmes IT. En service sur le terrain, Ralf avait sa propre voiture de société et travaillait sur la route de manière autonome. Mais pour des raisons personnelles, il a un jour quitté son travail.