Le rapport OEDT 04 aurait du calmer la paranoïa sur le cannabis, pas l’alimenter !
Le rapport 2004 de l’Observatoire Européen des Drogues et Toxicomanies (OEDT) a déclenché un vent de panique sur le cannabis en Suisse comme en France, en Grande-Bretagne ou en Italie. Les média, les ministères concernés, des politiciens et les lobbies prohibitionnistes ont sonné la charge contre l’explosion des problèmes sanitaires et sociaux provoquée par un nouveau cannabis surpuissant. Dans le communiqué de presse présentant l’étude, l’Observatoire utilise un ton très alarmiste qu’on ne retrouve pourtant pas dans le texte intégral. A croire qu’il y a d’abord eu un travail technique objectif, puis des politiciens ont décidé d’y appliquer une grille de lecture partisane. Les média n’ont pas décortiqué le texte et ont gobé sa version politique-spectacle.
De nombreux prohibitionnistes opportunistes ont ainsi saisi l’occasion de relancer la diabolisation du cannabis avec les bons vieux arguments éculés et scientifiquement réfutés. Pourtant, ce rapport contient de nombreux éléments qui tempèrent les campagnes alarmistes de ces derniers mois. Il semble que le cannabis rende surtout schizophrène les spécialistes qui prétendent l’étudier ou le combattre. Extraits et commentaires.
"Le cannabis est la drogue illicite la plus consommée en Europe, mais seule une faible proportion des personnes qui en ont fait usage entreprennent un traitement". Pourtant la presse a parlé d’une explosion des demandes de soins.
Plein d’usagers et peu de soins
"Bien que la consommation de cannabis ait nettement augmenté dans presque tous les pays au cours des années 90 et que le cannabis soit la drogue la plus consommée, la plus grande part de cette consommation reste occasionnelle ou de courte durée". Donc la grande majorité des usagers maîtrisent leur consommation, ce n’est pas le cas avec l’alcool, les benzodiazépines et surtout le tabac et l’héroïne.
"Dans les pays où il est possible d’analyser les tendances de la consommation récente au cours du temps, on note une augmentation, quoique non spectaculaire". Mais cette croissance non spectaculaire a fait couler beaucoup d’encre et de salive.
Qu’est-ce qu’un usager abusif ?
"Il y a peu de consensus sur la définition de termes tels que "la consommation intensive", "la consommation régulière" et "la consommation problématique", et ceci rend difficile la comparaison des résultats des différentes études". De 10 joints par an à aucune quantification, ce flou scientifique alimente les phantasmes et les erreurs d’appréciation tant pour les usagers que pour les parents, les thérapeutes et les politiciens.
Pas plus en Hollande qu’ailleurs
"Une récente analyse des demandes de traitement pour le cannabis, menée par le Système national hollandais d’information sur les drogues et l’alcool (LADIS) a révélé que 29% des nouveaux patients admis en traitement en 2002 étaient déclarés comme souffrant de troubles liés au cannabis, et que les patients consommateurs de cannabis représentaient un nombre réduit de personnes, mais qui augmentait d’année en année. Le rapport notait également qu’étant donné l’ampleur de la consommation de cannabis aux Pays-Bas, la proportion de ceux qui sollicitent un traitement, bien que croissante, reste relativement faible". Cette analyse démontre aussi que les consommateurs non persécutés sont plus sensibles aux risques liés à la consommation et n’hésite plus à consulter, car les pays qui enregistrent le plus de consultations sont les plus tolérants : Pays-bas, Espagne, Portugal, Allemagne.
Des explications à cette faible augmentation
"La prise en compte des conséquences de l’augmentation des demandes de traitements liées au cannabis soulève les questions essentielles suivantes : ce résultat traduit-il une augmentation du nombre de personnes souffrant de troubles physiques et psychologiques liés à leur consommation de cannabis ? Si oui, est-ce la conséquence d’une augmentation de la consommation intensive normale de cannabis ? Cela reflète-t-il d’autres facteurs tels qu’une éventuelle augmentation de la puissance du cannabis ?" L’augmentation de la consommation et une prévention peu objective donc inefficace entraînent logiquement une augmentation du nombres des usages problématiques. Cette étude n’observe pas de liens évidents avec une augmentation de la consommation chronique ou l’apparition d’un cannabis plus fort.
"Cette augmentation peut-elle s’expliquer par des facteurs qui ne sont pas liés à un besoin accru d’assistance, tels que : amélioration de la couverture du système de signalement des traitements. Le développement des types de centre de traitement disponibles, et en particulier les services de traitement spécifiques destinés aux adolescents et aux jeunes (rapports nationaux Reitox, 2003). Une évolution dans la façon dont la consommation de cannabis est traitée par le système de justice pénale, au sein des écoles ou par les organismes travaillant avec les jeunes, avec une augmentation des orientations vers des traitements pour des personnes qui, autrement, n’auraient pas sollicité une assistance spontanément". La répression est bien pratique pour remplir les centres de soins, Les injonctions thérapeutiques justifient les budgets et donnent bonne conscience. Pour quelle efficacité d’un sevrage sous contrainte ? De plus, on peut douter des capacités socio-psychologiques des policiers, douaniers et surtout des magistrats qui orientent les prévenus vers ces dispositifs ou la prison. Cela risque d’être basique, le soin pour les riches et la taule pour les pauvres.
Le cannabis ne rend pas délinquant
"Dans la plupart des États membres, le cannabis est la drogue illicite la plus fréquemment mise en cause dans les infractions liées à la drogue qui sont signalées, ce qui n’a rien de surprenant étant donné qu’il s’agit également de la drogue la plus consommée. Toutefois, contrairement à d’autres drogues, telles que l’héroïne, il semble qu’il n’existe pas d’association importante entre la consommation de cannabis et les autres types d’infractions". Énième démonstration que le cannabis ne rend pas violent ou criminel, la prohibition force à côtoyer la délinquance, pas le produit.
Des effets positifs et négatifs
"Une série d’effets directs positifs comme négatifs ont été signalés. Les effets négatifs comprennent des déficits de l’attention et des difficultés de concentration, des effets défavorables sur la fonction motrice (réflexes, coordination), des troubles de la mémoire à court terme, des crises d’angoisse et de panique et la dépression. Les effets positifs comprennent l’euphorie, la relaxation et une sociabilité accrue". Cette étude reconnaît des effets positifs au cannabis. Sinon, pourquoi tant d’Européens en consomment ? Elle détermine aussi des effets négatifs contre lesquels il faut se prévenir au mieux.
"La compréhension des effets chroniques du cannabis est plus complexe pour diverses raisons, notamment parce qu’il est difficile de distinguer les effets du cannabis des effets de la consommation chronique d’autres drogues illicites, du tabac et de l’alcool. Toutefois, les principales préoccupations dans ce domaine concernent l’augmentation du risque du cancer du poumon et d’autres maladies respiratoires et une relation avec le développement de troubles psychiatriques à long terme, notamment la dépression, la psychose et la schizophrénie. Une inquiétude particulière relative à la consommation chronique est causée par le développement possible d’un comportement de dépendance". Des hypothèses sans données sérieuses pour les étayer, des pathologies concernant moins d’1% des usagers et des risques bien réels sont mélangés dans un discours très prudent et modéré. On est loin de la catastrophe sanitaire annoncée.
Pas de hausse du THC dans le cannabis importé
"Il n’y a pas eu de tendance à la hausse à long terme de la puissance de l’herbe ou de la résine de cannabis importées en Europe. Dans tous les pays de l’UE, à l’exception possible des Pays-Bas, la plupart du cannabis consommé est importé, bien que l’on manque actuellement de données systématiques sur la disponibilité de l’herbe de cannabis produite localement". L’autoproduction est une riposte individuelle contre les méfaits de la prohibition (prix, qualité, maffia...), des études locales (Zurich, Amsterdam, Londres ...) l’évalue entre 15 et 25 % du marché. La production locale en Occident représente soit une économie de survie dans des zones sinistrées, soit de nouvelles activités pour des organisations criminelles qui diminuent ainsi les risques liés à l’import-export.
D’où vient le cannabis ?
"Le Maroc constitue la première source mondiale de résine de cannabis, devant l’Afghanistan et le Pakistan. On relève également des sources dans d’autres pays d’Asie centrale, dans la Fédération de Russie, au Liban et en Albanie". Si la Hollande, l’Afghanistan, la Colombie ou l’Albanie font souvent les gros titres scandalisés, notre ami le Roi du Maroc est toujours bien traité. Pas de fumigation des champs de kif à l’horizon. Etrange...
"Les pays producteurs d’herbe de cannabis sont éparpillés dans le monde entier. Les pays producteurs les plus mentionnés en 2001 étaient l’Albanie, la Colombie, l’Afrique du Sud, la Fédération russe, la Jamaïque et les Pays-Bas". Il n’est pas fait mention de cartels suisses qui envahiraient le marché européen, encore un phantasme.
"Hormis en Europe, la majeure partie du trafic d’herbe de cannabis a lieu à l’échelle régionale, c’est-à-dire qu’il est qu’elle est produite et consommée localement ou dans des pays voisins". Même en Europe, la production anglaise, française et même suisse ou hollandaise est avant tout destinée au marché local.
Le cannabis hollandais n’est que deux fois plus fort
"D’après les informations disponibles sur la part de marché des différents produits à base de cannabis, la puissance effective est restée relativement stable dans presque tous les pays pendant plusieurs années, à un niveau de 6 à 8%. La seule exception est les Pays-Bas, où, en 2001, elle a atteint 16%". Il n’y a donc pas de modifications substantielles dans le temps. Les Hollandais arrivent au double de la moyenne européenne et non pas cinq à dix fois plus. On est loin des 25 ou 40 % de THC dénoncés par les média.
"Aux Pays-Bas, la résine de cannabis produite localement a une teneur en THC particulièrement élevée, mais cette substance est encore peu courante dans ce pays et presque inconnue ailleurs". Il faut d’énormes quantités de plantes et beaucoup de manutention pour produire ces résines haut de gamme. Son prix très élevé et sa faible disponibilité rendent ce produit marginal.
Le cannabis "maison" aussi
"L’herbe de cannabis cultivée en intérieur à l’aide de méthodes intensives (par exemple, des systèmes hydroponiques avec un éclairage artificiel, une reproduction par des boutures et le contrôle de la durée du jour) possède généralement une teneur en THC supérieure à la drogue importée. Bien que la fourchette de puissance de l’herbe de cannabis "maison" se recoupe avec celle du cannabis importé, la puissance moyenne du cannabis "maison" peut être deux à trois fois supérieure à celle du cannabis importé". Aucune étude scientifique approfondie ne démontre une augmentation sensible des risques avec l’augmentation de la puissance. Les crises de panique ou d’hypoglycémie concernent des usagers inconscients de la force du produit et des petits malins qui ont cherché et dépassé leur limite. Il n’a pas été observé de suffisamment de dommages irréversibles pour valider cette théorie.
Les délire de la presse populaire
"Les déclarations émises dans les médias populaires selon lesquelles la puissance du cannabis a été multipliée par 10, voire plus au cours des dernières décennies ne sont pas étayées par les données limitées provenant des États-Unis ou d’Europe. Les changements les plus marqués en termes de puissance ont été observés aux États-Unis, mais il faut savoir qu’avant 1980 la puissance antérieure du cannabis aux États-Unis était faible par rapport aux normes européennes". Il semble que les études alarmistes prennent comme étalon le foin mexicain plein de branches et de graines des sixties ou le marocain période "Tchernobyl". Les prohibitionnistes préfèrent que les usagers s’empoisonnent avec des produits frelatés plutôt qu’ils ne consomment du cannabis de qualité. Si le cannabis des babas était si faible en THC, pourquoi l’avoir interdit ?
Un taux de THC très fluctuant
"La conclusion globale de cette étude est que quelques modifications minimes de la teneur en THC ont été observées dans certains pays et sont en grande partie dues à l’apparition relativement récente du cannabis de culture domestique au sein de l’UE. En outre, on peut noter que la teneur en THC des produits à base de cannabis est extrêmement variable". La culture du cannabis n’est pas une science exacte, Beaucoup de cultivateurs obtiennent des résultats moyens voire médiocres. Même les cannabiculteurs expérimentés peinent à maintenir un niveau constant de qualité.
Le cannabis puissant a toujours existé
"La puissance du cannabis n’est qu’un facteur parmi d’autres dans le calcul de la dose qu’une personne recevra sur une période donnée. Le mode d’administration, la manière de fumer, la quantité de cannabis fumée au cours d’une séance et le nombre de séances effectuées par un individu sont tout aussi importants, voire plus, pour calculer son niveau d’exposition au risque. Le cannabis à haute puissance a toujours été disponible dans une certaine mesure, et les inquiétudes à ce sujet ne datent pas d’aujourd’hui". Enfin une analyse crédible tant sur les modes d’usages que sur l’histoire de la qualité des produits. Les usagers aux cheveux blancs se souviennent du temple ball, du black Bombay, du gris d’Anatolie ou du libanais rouge, sans oublier le zamal mangue-carotte, la Saint-Vincent fils rouges, la Santa Martha Gold ou les Thaï sticks. Il y a toujours eu de la merde et du bon. La théorie fumeuse du cannabis surpuissant a déjà été utilisée dans les années 30 par le sulfureux Anslinger, le père de la prohibition US comparait alors le chanvre agricole américain et la marijuana mexicaine, puis dans les années 70/80 à l’époque de Reefer Madness 2. Réchauffée, elle fait encore des ravages.
Les consommateurs s’adaptent
"Il importe également de noter qu’il n’est pas clair si les consommateurs de cannabis modifient leur comportement afin d’atteindre l’effet désiré du dosage. C’est pourquoi des recherches s’avèrent encore nécessaires afin de déterminer jusqu’à quel point le cannabis à haute puissance nécessite forcément des doses élevées". En effet, l’usager informé mettra moins de cannabis dans son joint pour obtenir l’effet désiré. De même, il est possible de se mettre minable avec du cannabis faible en THC. Fumer moins pour le même effet est un facteur de réduction des risques, notamment pulmonaires, et non pas l’inverse. Seul un système réglementé permettrait aux usagers de savoir avec certitude ce qu’ils consomment et d’imposer des normes sanitaires.
Le cannabis moins dangereux que les autres drogues
"Les effets de la dépendance ou de l’abus du cannabis semblent moins graves que ceux des autres drogues. La plupart des consommateurs intensifs de cannabis semblent être des jeunes gens relativement bien intégrés, qui sont plus exposés au risque d’autres problèmes sociaux (accidents de la circulation, abandon de la scolarité ou perturbations familiales) qu’à celui de la délinquance, et les interventions devraient être appropriées et ne pas créer d’autres problèmes ou aboutir à l’exclusion". D’autres problèmes comme la prison, de fortes amendes, le contrôle judiciaire ou sanitaire, l’exclusion de l’école, la perte d’un emploi, les drames familiaux mais aussi la tentation de la délinquance et de l’argent facile, l’exposition à d’autres substances... Pour tenir compte de cette recommandation, il faut réglementer la production, la distribution et la consommation. La prohibition d’un produit dont l’abus est moins grave que ceux des drogues légales n’est pas une intervention appropriée pour des jeunes et surtout moins jeunes gens relativement bien intégrés.