Légalisation du marché en Uruguay

Ouverture de la régulation du cannabis par l’Etat

Chanvre Info a décidé de consacrer quelques articles à ce changement de cap annoncé en Amérique Latine en matière de politique de luttes contre le trafic de drogues.

Cette semaine, impossible d’y échapper, la presse mondiale a relayé en masse l’information selon laquelle l’Uruguay dépénalise le cannabis. Un tollé qui suscite inquiétudes et interrogations de la part de l’ONU et des médias. The International Narcotics Control Board (INCB) a également manifesté sa désapprobation face à ce vote historique.

Depuis que le président José Mujica et son parti de gauche Frente amplio ont proposé ce projet de loi en 2012, les campagnes en faveur de la dépénalisation du commerce de la marijuana ont fleuri dans le pays. Les médias, les avocats, les mères et les associations se sont relayés afin de préparer le peuple à ce changement de paradigme. L’enjeu de ce vote historique du 31 juillet 2013 est de permettre à l’état de contrôler le marché du cannabis afin de lutter contre les narcotrafiquants qui sèment la terreur en Amérique Latine. En effet, la consommation de cannabis à proprement dite n’est pas un délit en Uruguay, en revanche son commerce reste illégal. Cette nouvelle loi permettra à l’État de s’approprier un marché tenu jusqu’ici par les mafias.

Cette démarche s’inscrit dans une dynamique plus large adoptée par les pays sud-américains. En effet, les dirigeants de l’Uruguay, du Brésil, de la Colombie, du Mexique, du Chili, du Guatemala ont décidé d’un commun accord de produire un rapport devant l’ONU afin de changer de paradigme en matière de politique liée à la drogue. Confrontés aux luttes sanglantes entre les narcotrafiquants, ces pays ont décidé d’abandonner la politique de répression pour une ouverture vers la régulation. Car le tabou qui entoure le trafic de drogues a fait des millions de victimes depuis quarante ans. Meurtres, prisons surpeuplées, corruption et marginalisation sont des problématiques qui empoisonnent le peuple et l’État. Afin de se défaire de ces problèmes coûteux sur le plan humain et financier, les États d’Amérique du Sud ont décidé d’adopter une politique responsable et transparente en matière de drogue. Ainsi, le vote de la chambre des représentants en Uruguay est une première étape vers la gestion du marché de la drogue par l’État et pour le peuple.

Une affaire de santé publique qui vise à protéger et informer les consommateurs au lieu de les livrer à la loi la de la jungle. Il semble que le système de prohibition des drogues a montré ses faiblesses et qu’il est grand temps pour les Etats de se responsabiliser et d’offrir une politique de la drogue sécuritaire pour tous. Car comme tout le monde le sait, l’interdiction des drogues ne diminue en rien la consommation. La prohibition n’a semé que la mort et la marginalisation. Un réveil de la classe politique vers un changement intelligent qui permettra d’économiser des millions de vies et de dollars.

Le texte adopté par la Chambre des députés par 50 voix sur 96, après 14 heures de débats attend d’être validé par le Sénat. Il prévoit la constitution d’un organisme de régulation et de contrôle du cannabis qui donnera à l’État le pouvoir de contrôler le marché du cannabis de la production à la commercialisation. En outre, les pharmacies auront la possibilité de fournir les consommateurs à raison de 40 grammes par mois. Les clubs de consommateurs de cannabis auront également le droit de fournir les résidents majeurs. Sur le plan privé, les amateurs de cannabis pourront posséder 6 plants à domiciles. Ce projet vise à débarrasser les consommateurs des dangers liés à l’approvisionnement en cannabis et leur offrir la possibilité de consommer un produit traditionnel en toute sécurité.

Chanvre Info soutient cette initiative et ne manquera pas d’informer ses lecteurs sur la suite des opérations. Nous interpellons nos dirigeants politiques sur la question de la légalisation du marché du cannabis en Suisse et ne pouvons que les encourager à travailler sur ce changement de paradigme.