Les rebelles du camp de Mahmouda avaient faim
Wal Fadjri (Dakar)
Publié sur le web le 4 Janvier 2006
Amadou Diouf
La faim chasse le loup hors des bois. Ce vieil adage pourrait s’appliquer aux rebelles du cantonnement du Mfdc de Mahmouda. En effet, ces combattants qui revendiquent les attaques de Diouloulou de ce week-end, justifient leur acte par le fait qu’ils avaient faim. Las d’attendre les promesses en vivres du gouvernement sénégalais, ils ont braqué pour manger.
Les attaques de ce week-end à Diouloulou (en Casamance) seraient l’oeuvre du cantonnement du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (Mfdc) de Mahmouda, si l’on en croit une source proche de ce camp rebelle. Une attaque qui s’est soldée par l’enlèvement du sous-préfet de Diouloulou, Gorgui Mbengue, et la mort du chauffeur de ce dernier. Cependant, selon notre interlocuteur, les combattants de Mahmouda regrettent qu’il y ait eu mort d’homme. Leur intention, à en croire notre source, c’était de rappeler ses promesses au gouvernement du Sénégal. En effet, souligne notre interlocuteur, les autorités sénégalaises leur avaient promis de les soutenir en vivres, mais aussi financièrement. En échange, poursuit notre source, ils pouvaient s’adonner à la culture du chanvre indien et cesser ainsi les braquages. "Mais, depuis juillet 2005, nous n’avons rien reçu", auraient confié à notre interlocuteur les combattants de Mahmouda. "Les attaques et le kidnapping du sous-préfet de Di ouloulou étaient une manière pour eux de se rappeler au souvenir de l’Etat du Sénégal", indique notre interlocuteur qui commente : "Le sous-préfet est le représentant au niveau local de l’Etat, le fait de s’attaquer à ce symbole est un message non codé lancé à l’endroit des autorités sénégalaises".
Au président du Collectif des cadres casamançais, Pierre Goudiaby Atépa, les combattants de Mahmouda lui reprocheraient la même chose qu’au gouvernement du Sénégal. Ils accusent, selon notre source, l’architecte-conseil du chef de l’Etat de n’avoir pas, non plus, tenu ses promesses. Ce dernier, rappellent-ils, leur avait promis, lors des rencontres de San Domingo (Guinée-bissau) initiées par le Collectif des cadres casamançais et en présence de l’abbé Diamacoune Senghor, de les soutenir, avec l’appui de la Croix-Rouge, en denrées de première nécessité. Mais, depuis, ils n’ont rien reçu, déclare notre source. "C’est la source de leur colère", affirme-t-elle. Et d’ajouter : "Ils ne pouvaient plus attendre, ils avaient trop faim".
On se rappelle que les combattants du Mfdc avaient, lors de la rencontre à San Domingo, le 20 décembre dernier, lancé un cri de détresse pour attirer l’attention de l’abbé Diamacoune Senghor sur leur difficile condition d’existence. Selon une source proche de l’aile armée du Mfdc de Mahmouda, les combattants de ce cantonnement ne voyant rien venir, ont décidé de passer à l’acte en planifiant et en exécutant les attaques de Diouloulou. Une réunion se serait même tenue avant ces attaques et ils auraient tenu au courant certains responsables du Mfdc. "Nous allons nous réunir, mais sachez que tout ce qui va se passer après, c’est nous", auraient déclaré les combattants de Mahmouda, selon, en tout cas, notre source.
Les combattants de Mahmouda qui en sont à leur troisième braquage, depuis jeudi dernier, réitèrent, cependant, leur position en faveur de la paix et du processus enclenché dans ce sens. Notre source à qui les combattants de Mahmouda ont fait cette confidence, ajoute que ces derniers renouvellent leur engagement derrière l’abbé Diamacoune Senghor.