"Loi Santé : Marisol Touraine reconnait que « le cannabis peut avoir des vertus therapeutiques »" par Cannabis sans Frontières

Voici des passages d’une discussion qui dévoile comment fonctionne notre pays au sein des commissions ou personne du public ne fout généralement son nez ! A propos, saluons Farid Ghehioueche pour la patience qu’il a à suivre ce genre d’événements et à nous les rapporter des synthèses. Il mérite le titre de "débatologue" - spécialiste de débats autour du thème des drogues et de ce qui y est discuté ! Ainsi, ces élus sont placés sous notre loupe ... (héhé) !


Par Farid Ghehioueche, débatologue, publié le 02 avril 2015

http://cannabissansfrontieres.org/l...

Loi Santé : Marisol Touraine reconnait que "le cannabis peut avoir des vertus therapeutiques"

Alors que le pro­jet de la Santé du gou­ver­ne­ment est en dis­cus­sion à l’As­sem­blée Na­tio­nale, ci-des­sous un ré­sumé des dé­bats à la Com­mis­sion des Af­faires So­ciales.

Riches en en­sei­gne­ments quant à la per­cep­tion du "can­na­bis" par nos re­pré­sen­tants, quand au dé­tour d’un amen­de­ment (N°1852) du groupe EELV, ajou­tant un ar­ticle après l’ar­ticle 8 pour "dé­pé­na­li­ser l’usage du can­na­bis thé­ra­peu­tique", la Mi­nistre de la Santé re­con­nait qu’il " peut avoir des ver­tus thé­ra­peu­tiques " :

Ré­pon­dant au Doc­teur Ac­coyer, an­cien Pré­sident de l’As­sem­blée Na­tio­nale :

Mme la mi­nistre. Si le Gou­ver­ne­ment n’est pas fa­vo­rable à l’amen­de­ment, il ne don­nera pas dans les ca­ri­ca­tures qu’on vient d’en­tendre. Le can­na­bis peut avoir des ver­tus thé­ra­peu­tiques.

Plus tard dans le débat, mal­heu­reu­se­ment sans dis­tinc­tion de vote avec d’autres amen­de­ments contra­dic­toires mais por­tant sur la sup­pres­sion de l’Ar­ticle 9, l’amen­de­ment du dé­puté Fer­nand Siré au­rait mé­rité une meilleure écoute et da­van­tage de débat.

Enfin, on sa­luera la ré­ac­ti­vité de Jean Louis Rou­mé­gas qui ré­pon­dant à une pro­vo­ca­tion d’un élu UMP le ta­clait par cette phrase : Oui, quand le can­na­bis sera dé­pé­na­lisé : on pourra alors le taxer !.

On sa­luera à nou­veau la vo­lonté de son groupe EELV, avec un amen­de­ment à l’Ar­ticle 37bis qui "pro­pose d’étendre l’ex­pé­ri­men­ta­tion du can­na­bis thé­ra­peu­tique aux pa­tients at­teints de troubles de spas­ti­cité et de troubles neu­ro­lo­giques d’ori­gine cé­ré­brale et aux ma­lades sous trai­te­ment chi­mio­thé­ra­pique. Cela ré­pond à un be­soin réel qui im­pose de pas­ser outre les ta­bous mo­ra­li­sa­teurs".

Bien mal­heu­reu­se­ment, alors qu’au Sénat la pro­po­si­tion de loi Ben­bassa (EELV) vient d’être re­je­tée, on cherche en­core à com­prendre la ré­ponse de M. Jean-Louis Tou­raine, rap­por­teur : "Avis dé­fa­vo­rable, non point en rai­son d’un « tabou mo­ra­li­sa­teur », mais parce que, pour le mo­ment, le contrôle de l’usage du can­na­bis est in­suf­fi­sant en France".

Si l’usage du can­na­bis en France n’est pas "suf­fi­sam­ment" sous contrôle, avec une loi da­tant de 1970 aux ré­sul­tats ca­tas­tro­phiques sur le plan de la santé et la sé­cu­rité pu­bliques, n’est-il pas ju­di­cieux en 2015 au dé­tour de cette loi de com­men­cer à sé­rieu­se­ment se pen­cher sur le sujet ?

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Pour voir la vidéo :

http://​videos.​assemblee-nationale.​fr/​video.​6568.​commission-des-affaires-sociales—projet-de-loi-relatif-a-la-sante-apres-l-article-5-suite-a-apr-18-mars-2015

Rap­port débat en com­mis­sion, Ex­traits choi­sis :

http://​www.​assemblee-nationale.​fr/​14/​rapports/​r2673.​asp

Rou­mé­gas (EELV) : A pro­pos du pro­jet de loi

La loi sur la bio­di­ver­sité, en débat ac­tuel­le­ment, nous rap­pelle l’équi­libre fra­gile qui existe entre l’état de nos éco­sys­tèmes et la santé de ceux qui y vivent. De nom­breux ci­toyens se tournent vers des mé­de­cines com­plé­men­taires et pré­ven­tives : il faut en­tendre ces choix comme le droit et le de­voir de cha­cun à se res­sai­sir de son ca­pi­tal santé par des voies douces pri­vi­lé­giant la pré­ven­tion.

Nous ap­prou­vons le choix de sé­cu­ri­ser les com­por­te­ments ad­dic­tifs, avec l’ex­pé­ri­men­ta­tion de salles de consom­ma­tion. Il s’agit de prendre en charge, de façon sa­ni­taire et so­ciale, ce qu’il faut bien consi­dé­rer comme des pa­tho­lo­gies. D’autre part, le can­na­bis thé­ra­peu­tique ne doit plus être un sujet tabou dans la me­sure où il peut sou­la­ger des dou­leurs chro­niques et que de nom­breux pays l’ont adopté avec suc­cès.

Après l’ar­ticle 8

La com­mis­sion exa­mine l’amen­de­ment AS170 de M. Jean-Louis Rou­me­gas.

M. Jean-Louis Rou­me­gas. Cet amen­de­ment vise à dé­pé­na­li­ser l’usage thé­ra­peu­tique du can­na­bis. La pro­duc­tion, la dé­ten­tion, le trans­port, l’ac­qui­si­tion ou l’em­ploi de can­na­bis ne pour­raient faire l’ob­jet de pour­suites pé­nales dès lors que l’in­frac­tion se­rait com­mise par une per­sonne obéis­sant à une pres­crip­tion mé­di­cale. Un amen­de­ment ul­té­rieur pré­ci­sera l’éten­due des pres­crip­tions mé­di­cales pos­sibles du can­na­bis thé­ra­peu­tique.

Il ne s’agit pas du tout, par consé­quent, de don­ner un pré­texte, de créer un alibi à la consom­ma­tion de can­na­bis qui n’au­rait pas de visée thé­ra­peu­tique, mais bien plu­tôt de faire en sorte que la France re­joigne les pays les plus avan­cés en la ma­tière. Sur­tout, cet amen­de­ment très sé­rieux of­fri­rait aux pa­tients at­teints de cer­taines pa­tho­lo­gies un moyen, re­connu pour son ef­fi­ca­cité, de lut­ter contre la dou­leur.

Ceux qui ver­raient là la vio­la­tion d’un tabou ne doivent pas ou­blier que les dé­ri­vés mor­phi­niques sont déjà lar­ge­ment uti­li­sés, ce qui ne re­vient en rien à en­cou­ra­ger l’usage de la mor­phine à des fins ré­créa­tives. Ne mé­lan­geons donc pas tout : il n’est ici ques­tion, j’y in­siste, que de can­na­bis thé­ra­peu­tique.

M. Ber­nard Ac­coyer. Nous sommes op­po­sés à cet amen­de­ment. Nous avons bien noté la vo­lonté d’un cer­tain nombre de col­lègues d’al­ler vers la dé­pé­na­li­sa­tion du can­na­bis ré­créa­tif – pour re­prendre le mot em­ployé à l’ins­tant par M. Rou­me­gas. Tous les moyens sont bons pour ap­pro­cher ce but, y com­pris celui consis­tant à pré­tendre que les can­na­bi­noïdes au­raient les mêmes ef­fets an­tal­giques que d’autres pro­duits dis­po­nibles dans la phar­ma­co­pée et qui ne pour­raient sa­tis­faire à ce be­soin thé­ra­peu­tique. Il y a là, évi­dem­ment, une gros­sière ma­ni­pu­la­tion de l’opi­nion pu­blique. Nous nous op­po­sons par consé­quent à cette ba­na­li­sa­tion et sou­li­gnons à nou­veau les risques qu’elle fait cou­rir pour la santé pu­blique en ma­tière de dés­in­ser­tion so­ciale, mais aussi les risques can­cé­reux et psy­chia­triques.

Mme Mi­chèle De­lau­nay. Il n’y a aucun risque can­cé­reux !

M. Oli­vier Véran, rap­por­teur. Avis dé­fa­vo­rable. Si l’on vous ar­rête dans la rue en pos­ses­sion de can­na­bis et que vous faites va­loir qu’il est des­tiné à un usage thé­ra­peu­tique propre…

M. Jean-Louis Rou­me­gas. C’est pré­cisé !

M. Oli­vier Véran, rap­por­teur. Non, ce n’est pas pré­cisé.

M. Jean-Louis Rou­me­gas. Il suf­fit de mon­trer une pres­crip­tion mé­di­cale.

M. Oli­vier Véran, rap­por­teur. Les condi­tions qui vous per­mettent de dé­mon­trer qu’il s’agit bien d’une pres­crip­tion mé­di­cale ne sont pré­ci­sées ni par le texte ni par votre amen­de­ment.

Quant au fond, le débat sur le can­na­bis thé­ra­peu­tique ne peut être traité ra­pi­de­ment et doit faire l’ob­jet d’une ex­per­tise de la part des au­to­ri­tés com­pé­tentes. On sait que la li­bé­ra­li­sa­tion de la consom­ma­tion de can­na­bis – quand bien même ce se­rait pour des rai­sons thé­ra­peu­tiques – aura un im­pact po­pu­la­tion­nel et des consé­quences sa­ni­taires.

Mme la mi­nistre. Si le Gou­ver­ne­ment n’est pas fa­vo­rable à l’amen­de­ment, il ne don­nera pas dans les ca­ri­ca­tures qu’on vient d’en­tendre.

Le can­na­bis peut avoir des ver­tus thé­ra­peu­tiques.

Mme Mi­chèle De­lau­nay. Bien sûr !

Mme la mi­nistre. C’est pour­quoi, il y a deux ans, j’ai au­to­risé la mise sur le mar­ché de mé­di­ca­ments fa­bri­qués à base de can­na­bis – cela a été le cas, d’ailleurs, dans d’autres pays eu­ro­péens. Tou­te­fois, je ré­af­firme que, d’une ma­nière gé­né­rale, le Gou­ver­ne­ment n’est fa­vo­rable ni à la lé­ga­li­sa­tion ni à la dé­pé­na­li­sa­tion de l’usage du can­na­bis.

Pour ce qui est de l’usage thé­ra­peu­tique, je suis fa­vo­rable à la mise sur le mar­ché éven­tuelle de mé­di­ca­ments iden­ti­fiés comme pou­vant avoir un effet dans cer­tains trai­te­ments – comme on l’a fait dans le cadre de trai­te­ments contre la dou­leur. Ce­pen­dant, je vois mal com­ment on va faire la dif­fé­rence entre l’usage thé­ra­peu­tique du can­na­bis et son usage à d’autres fins. Aussi, pour évi­ter toute am­bi­guïté, est-il pré­fé­rable de s’en tenir aux deux ca­té­go­ries exis­tantes. Au reste, des mé­di­ca­ments à base de can­na­bis ont déjà été mis sur le mar­ché et ne sont contes­tés par per­sonne.

M. Gé­rard Bapt. En effet, ils sont ef­fi­caces !

Mme la mi­nistre. En somme, l’usage du can­na­bis n’a pas à être dé­pé­na­lisé.

M. Ar­naud Ro­bi­net. At­ten­tion aux termes em­ployés : le can­na­bis n’a pas de visée thé­ra­peu­tique, mais an­tal­gique. Quand on veut mettre un mé­di­ca­ment sur le mar­ché, on com­pare la nou­velle mo­lé­cule à d’autres, et elle doit ré­pondre à plu­sieurs cri­tères : ser­vice mé­di­cal rendu, risques se­con­daires éven­tuels et bé­né­fices. Dès lors, je ne vois pas pour­quoi, par le biais d’un amen­de­ment, on lé­ga­li­se­rait l’usage du can­na­bis à visée an­tal­gique sans pas­ser par les exi­gences pré­vues pour les autres mo­lé­cules avant leur mise sur le mar­ché.

Dans ce contexte, le groupe UMP est for­te­ment op­posé à cet amen­de­ment.

Mme la pré­si­dente Ca­the­rine Le­mor­ton. L’un des pro­duits conte­nant du Su­bu­tex, uti­lisé no­tam­ment en cas de spas­ti­cité, bé­né­fi­cie d’une au­to­ri­sa­tion de mise sur le mar­ché eu­ro­péenne. La France n’est donc pas laxiste, mon­sieur Ro­bi­net. (NDLR : Elle pré­cise aussi qu’il est membre du CA de l’ANSM).

La com­mis­sion re­jette l’amen­de­ment.

[...]

A pro­pos de la pres­crip­tion d’hé­roïne mé­di­ca­li­sée, on sa­luera le cou­rage de cet amen­de­ment du dé­puté Fer­nand Siré :

M. Fer­nand Siré. En 2013, en effet, le Conseil d’État a consi­déré comme illé­gale l’ou­ver­ture de salles de shoot. On ne peut donc ac­cep­ter un ar­ticle pro­po­sant une telle ex­pé­ri­men­ta­tion avec des pro­duits dont on ne connaît pas l’ori­gine et qui sont four­nis par des dea­lers. Ces salles se­raient des zones de non-droit, le dis­po­si­tif en­cou­ra­ge­rait for­te­ment l’ex­clu­sion et l’État se ren­drait com­plice d’une so­ciété ma­lade.

Un amen­de­ment pour­rait plu­tôt pré­voir la créa­tion d’un centre stric­te­ment en­ca­dré par des équipes mé­dico-so­ciales et des­tiné à ac­cueillir les usa­gers ma­jeurs de sub­stances psy­choac­tives ou clas­sées comme stu­pé­fiants. Ces per­sonnes bé­né­fi­cie­raient d’une prise en charge mé­di­ca­li­sée avec pres­crip­tion de pro­duits dont l’uti­li­sa­tion se­rait gra­duée dans le des­sein d’ef­fec­tuer une dés­in­toxi­ca­tion. En cas d’im­pos­si­bi­lité, on leur four­ni­rait la dose mi­ni­male. Ces trai­te­ments se­raient pres­crits par une or­don­nance sé­cu­ri­sée et, comme pour la mor­phine, se­raient four­nis gra­tui­te­ment pour ôter leur puis­sance aux dea­lers et pour évi­ter à cer­tains d’en être par­fois ré­duits à voler ou à se pros­ti­tuer pour pou­voir ache­ter ces pro­duits.

Cette so­lu­tion ho­no­re­rait la France : nous ai­de­rions ces gens sans fa­vo­ri­ser les dea­lers et la dé­lin­quance liée à la four­ni­ture de pro­duits stu­pé­fiants.

[...]

Après l’ar­ticle 11

La Com­mis­sion est sai­sie de l’amen­de­ment AS193 de M. Jean-Louis Rou­me­gas.

M. Jean-Louis Rou­me­gas. Nous pro­po­sons de créer une taxe sup­plé­men­taire sur les ci­ga­rettes, la « taxe mé­gots », pour tenir compte de la pol­lu­tion qu’en­gendre le ta­ba­gisme et de la charge que re­pré­sente le net­toyage pour les col­lec­ti­vi­tés lo­cales, aux­quelles son pro­duit sera af­fecté.

M. Élie Aboud. Ac­cep­tez-vous d’ajou­ter au tabac les sub­stances dan­ge­reuses comme le can­na­bis ?

M. Jean-Louis Rou­me­gas. Oui, quand le can­na­bis sera dé­pé­na­lisé : on pourra alors le taxer !

M. Jean-Pa­trick Gille, pré­sident. Notez que ce n’est pas le tabac qui se­rait taxé, mais les filtres. Et il peut y en avoir dans les joints…

Mme Mi­chèle De­lau­nay. Un mégot suf­fit à pol­luer cinq cents litres d’eau et met des an­nées à dis­pa­raître to­ta­le­ment.

M. Jean-Louis Tou­raine. Douze ans !

Mme Mi­chèle De­lau­nay. Je ne sais pas s’il est en­vi­sa­geable d’in­tro­duire une taxe au dé­tour d’un amen­de­ment, mais c’est un au­then­tique pro­blème, qui mé­rite toute notre at­ten­tion.

M. Oli­vier Véran, rap­por­teur. Quand on jette un mégot sur la voie pu­blique, on est pas­sible d’une amende.

[...]

Après l’ar­ticle 37 bis

La Com­mis­sion est sai­sie de l’amen­de­ment AS297 de M. Jean-Louis Rou­me­gas.

M. Jean-Louis Rou­me­gas. L’amen­de­ment pro­pose d’étendre l’ex­pé­ri­men­ta­tion du can­na­bis thé­ra­peu­tique aux pa­tients at­teints de troubles de spas­ti­cité et de troubles neu­ro­lo­giques d’ori­gine cé­ré­brale et aux ma­lades sous trai­te­ment chi­mio­thé­ra­pique. Cela ré­pond à un be­soin réel qui im­pose de pas­ser outre les ta­bous mo­ra­li­sa­teurs.

M. Jean-Louis Tou­raine, rap­por­teur. Avis dé­fa­vo­rable, non point en rai­son d’un « tabou mo­ra­li­sa­teur », mais parce que, pour le mo­ment, le contrôle de l’usage du can­na­bis est in­suf­fi­sant en France.

La Com­mis­sion re­jette l’amen­de­ment.

Voir en ligne : Pour voir la vidéo du débat de la Commission des Affaires Sociales