Madagascar : Destruction de forêts au nom de la "guerre à la drogue"
Les militaires ont mené plusieurs opérations à Analabe dans le passé, mais les "narco-trafiquants" font de la résistance.
Le Président de la République a profité de sa visite à Ambanja pour annoncer la prochaine destruction de la forêt d’Analabe, une concession de cannabis.
La guerre est déclarée. Le président Marc Ravalomanana annonce l’assaut des plantations de "jamala" dans la forêt d’Analabe, dans le district d’Ambanja. Le chef de l’Etat s’attaque ici à un problème que les régimes successifs n’ont pas pu résoudre jusqu’alors. Il reste à savoir comment le gouvernement compte s’y prendre.
Le président Marc Ravalomanana touche ici un problème sensible et récurrent dans la région. L’"industrie de jamala" dans la forêt d’Analabe est plus que florissante. En tout, le "marché" est estimé à un millier de milliards de nos anciens francs. En se basant sur les chiffres avancés par les Forces armées pendant l’"opération Famafa" de l’année dernière, la zone concernée touche près de 500 ha. Les 65 millions de pieds de cannabis ont produit plus de 270 tonnes de "jamala".
Le chef de l’Etat a confié la tâche aux militaires. Ordre a été donné au ministre de la Défense nationale, le général Petera Behajaina, de mener l’opération. "C’est vous qui m’avez demandé d’agir ainsi. Ne vous lamentez pas maintenant", a lancé le chef de l’Etat à la population et aux dirigeants locaux, sur un ton de boutade, lors de son passage à Ambanja à la fin de la semaine dernière.
La balle est désormais dans le camp du ministre de la Défense nationale. La tâche qui l’attend est complexe. Les lieux de plantation se trouvent dans des zones forestières inaccessibles. L’emplacement géographique d’Analabe est similaire aux autres zones de culture limitrophes comme Ambavamena ou Maherivaratra. Il faut depuis Ambanja près de trois jours de marche à travers la forêt et braver la forêt pour y arriver.
Une mission difficile et délicate vu l’accès de l’endroit.
Le commerce de "jamala" produit à Analabe nourrit également bon nombre de familles. Des natifs de la région avancent même l’existence de réseaux organisés pour transporter les "produits" jusqu’au port d’Ankifina, l’un des moyens d’évacuation du "jamala". Le général Raonenantsoamampianina, chef d’Etat-major général de l’Armée (Cemgam) affirme que la "tâche en soi n’est pas insurmontable. Il suffit de mettre le paquet pour y arriver". A entendre ce responsable, l’Emgam n’attend plus que les ordres pour entrer en action. Lors de l’opération "Famafa" l’année dernière, la Grande muette a mobilisé, entre autres, plus de 400 éléments, soutenus par plus d’une douzaine de voitures et des aéronefs.
Mais les précédentes expériences démontrent que la seule opération militaire de destruction des champs de "jamala" est insuffisante pour éradiquer le mal à sa racine. Entre 1998 et 2002, il y a eu plusieurs opérations ponctuelles comme Mantasaly I, II et III pour tenter d’apporter une solution permanente au problème, en vain. "Dès l’arrêt des opérations, les cultures ont repris", avancent certains techniciens. Outre ces opérations militaires, des mesures d’accompagnement sont nécessaires si l’on veut aboutir à des résultats pérennes , apprend-on. "Il faut concevoir des actions interministérielles - dont les départements de la Population ou l’Environnement et les eaux et forêts - si l’on veut réussir". Sur ce point, le chef de l’Etat a déjà annoncé "l’intégration des planteurs dans la société". A part la mesure d’intégration de la famille des planteurs, le président Marc Ravalomanana a été avare de détails sur l’opération.
Depuis un certain temps, les régimes successifs se sont cassés les dents pour trouver des solutions sur le cas d’Analabe, en vain. En décidant de s’attaquer à ce problème, le chef de l’Etat engrangerait la sympathie de l’électorat. Et cela, malgré le démenti officiel du locataire d’Ambohitsorohitra de toute action de propagande à travers ses récentes tournées.
Source : www.lexpressmada.com, 13.9.2005
Commentaires de la rédaction chanvre-info : Madagascar n’a-t-il pas des problèmes plus importants à résoudre que l’éradication de quelques plantes de cannabis dans une forêt lointaine ? Etant donné que les 49% du peuple malgache sont pauvres, que 26% des hommes et 39% des femmes sont analphabètes ? Ne serait-ce pas préférable que le président "engrangerait la sympathie de l’électorat" avec des campagnes d’alphabétisaton et la lutte contre la pauvreté et les maladies qu’avec des action spéctaculaires mais sans doute nuisibles à l’environnement fragile de la forêt ?