Magasins du chanvre : les razzias continuent, les dealers en profitent !

Mercredi 10 novembre 04, le magasin Chanvre-Info de Bienne à subit une perquisition de la police cantonale bernoise. Les autorités ont procédé à la saisie du stock et d’une partie du matériel informatique. Malgré cette pression, la boutique reste ouverte. Chanvre-Info poursuit son combat « Pour une politique raisonnable en matière de chanvre protégeant efficacement la jeunesse ». Il est navrant de constater que certains procureurs, juges, policiers et politiciens n’ont pas encore compris l’importance de la séparation des marchés.

Chaque razzia renvoie à la scène de rue de nombreux consommateurs de chanvre. Ces dealers sont trop souvent des VRP multicartes des drogues. Malgré lui, le cannabinophile se trouve à nouveau en contact avec des substances plus problématiques comme la cocaïne, l’héroïne ou l’extasy. Les associations de préventions, les services médicaux et la police notent une recrudescence de la consommation et de l’offre de stupéfiants variés dans les zones où les magasins du chanvre ont été fermés, par exemple dans la région de Thun. Voilà le résultat concret d’une politique d’arrière-garde, destinée à satisfaire les conservateurs au mépris du bon sens et de l’intérêt général.

De nombreuses études, notamment de la sociologue française Anne Coppel, démontrent que la répression a peu ou pas d’impact sur la consommation. Si une source disparaît, le consommateur cherchera immédiatement à la remplacer. Avec une demande comparable à celle d’un produit de grande consommation, l’offre s’organise quelque soit le niveau de répression. Malgré des milliers d’exécutions, il y encore des dealers en Chine, en Iran ou en Thaïlande.

Comparons deux politiques opposées, les USA et la Hollande. Les fournisseurs de cannabis des Pays-Bas sont sensiblement moins portés à fournir des drogues dures à leurs clients que les revendeurs des États-Unis (Reinarman, 2003). Le nombre d’usagers d’héroïne par 100 000 habitants est nettement plus élevé aux États-Unis (308) qu’aux Pays-Bas (160) (ministère de la Santé, du Bien-être et des Sports des Pays-Bas, 1995). Moins d’adolescents essaient la cocaïne aux Pays-Bas qu’aux États-Unis (Zimmer et Morgan, 1997).

Les taux de consommation sont en fait moins élevés aux Pays-Bas que dans les endroits où l’on applique encore des peines sévères pour les infractions relatives au cannabis. Selon des données récentes, seuls 21 % des citoyens néerlandais de 12-18 ans ont déjà essayé, comparativement à 38 % des citoyens américains du même groupe d’âge. Seulement 11 % des jeunes Néerlandais interrogés ont indiqué avoir fait usage de cannabis au cours du mois précédent, comparativement à 18 % des américains.

La Hollande a signé toutes les conventions européennes, fait partie de l’ONU, de l’UE, de Schengen et de l’Euroland. Les brimades douanières imposées par Chirac en 1995 ne sont plus qu’un mauvais souvenir et les USA sont le troisième partenaire commercial du pays. Les conditions de production, de distribution et de consommation sont maintenant très restrictives afin de minimiser le prosélytisme, le narcotourisme et l’exportation de masse.

Difficile de trouver des inconvénients à la politique hollandaise de séparation des marchés des drogues. Et pourtant, en Suisse, les razzias continuent. Certains de nos dirigeants ne veulent pas d’un armistice dans la « War on Drugs » américaine. Ils préfèrent suivre aveuglément les instructions des maîtres du monde et faire la guerre à leurs propres citoyens, plutôt que tester des solutions pragmatiques et efficaces.

Chanvre-Info tient à la disposition des autorités les études démontrant le bien-fondé de la séparation des marchés et l’inefficacité de la répression sur la consommation. En souhaitant que nos hommes politiques régulent rapidement cette situation critique pour notre jeunesse.

Laurent Appel