Marijuana médicinale et marché concurrentiel au Canada
Deux articles différents - mais sur le même thème - le même jour dans le même média. Voici qui n’est pas courant. Et leurs chiffres fournis et propos sont parfois partiellement contradictoires. Ce n’est pas faute de vous avoir prévenu de ce qui se passe en arrière fond de la guerre aux drogues au Canada. Voila que les médias du pays du sirop d’érable ont fait la même interprétation que la nôtre : le gouvernement Harper et Santé Canada ont cloisonné la situation de sorte à manœuvrer pour favoriser une entreprise pharmaceutique particulière à rendre possible et obligatoire un marché thérapeutique du cannabis. Il a donc persécuté les patients qui cultivaient eux-mêmes leur médicament afin de réduire sérieusement cette forme de concurrence. Seulement, ces "braves gens" se sont loupés - les deux articles suivants vous rappelleront en quels points - et tout le monde canadien se retrouvent donc dans une situation totalement coincée avec seulement 15 000 patients desservis contre plus de 500 000 du marché total estimé. Pour décoincer la chose, un peu de libéralisation s’impose dans ce domaine et la question du droit à l’auto-culture de son médicament est âprement discutée. Mais nous sommes à une date proche d’élections primordiales et le gouvernement ne veut pas changer de politique avant celles-ci. Or, cette attente est perçue comme attentatoires aux libertés, intolérable et insupportable par toutes les parties. Des patients qui se battent pour le droit à l’auto-culture aux industriels qui ont investis « chéro », en sus d’avoir subits un labyrinthe de démarches auxquels se plier - pour finir par hériter d’un marché bloqué, qui ne peut pas se développer. Notez bien que ce n’est pas le potentiel économique du cannabis thérapeutique qui est remis en question, loin de là, mais c’est le blocage réalisé par le gouvernement canadien qui est critiqué au point d’en avoir sa tête sur le billot ! Alors, il y a des formules et des allusions qu’un média respectable ne peut décidément pas utiliser. Cela tombe bien, nous nous foutons du politiquement correct (seul la Vérité nous intéresse) et nous allons donc le dire à leur place : "Industriels investissant "gros" dans le cannabis médical, attention : le gouvernement harper vous a trompé et trahi ... et il a failli dans son entreprise politique. Vous risquez donc de vous faire rouler ... !". Les prochaines élections risquent d’être animées ... on les attend avec impatience !
Par Geordon Omand - La Presse Canadienne - VANCOUVER, publié le 01 mars 2015 à 15h38
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Marijuana médicinale : marché concurrentiel au Canada
PHOTO JONATHAN HAYWARD, ARCHIVES PC
Les beaux jours de la marijuana médicinale sont bel et bien terminés depuis que le gouvernement fédéral a imposé de nouvelles règles qui empêchent aux patients de faire pousser eux-mêmes leurs plantes, mais un nouveau commerce est en train de fleurir.
La permission de produire étant désormais accordée à quelques producteurs commerciaux, un nouveau secteur est en train de se métamorphoser pour devenir très concurrentiel.
Mais la situation est loin d’être la panacée « irrationnelle » dont parlent les écoles d’affaires, selon le président directeur général de la firme d’investissements Matica Enterprises, Boris Ziger. Le marché financier est devenu « complètement fou » au printemps 2014, alors que différentes entreprises ont commencé à se positionner comme producteurs de marijuana dans l’espoir d’empocher les rares investissements de l’industrie.
L’entreprise de M. Ziger a mis des millions de dollars dans la THC Dispensaries Canada, un aspirant producteur de marijuana médicinale.
Au début de cette ruée vers l’or vert, les organismes de réglementation des marchés ont mis les investisseurs en garde face au fait de mettre leurs sous dans ces entreprises, en raison d’un manque de disponibilité d’informations et de la frénésie du marché.
« C’était un marché très à la mode, les gens spéculaient, a raconté Nick Brusatore, qui possède la part majoritaire d’une compagnie aspirant à la production, Affinor Growers. Mais les gens en ont assez de la mode. Le marché est plus sage maintenant. »
De nouvelles entreprises qui tentent d’entrer dans le secteur de la production de marijuana médicale ont même du mal, à présent, à financer leurs sociétés.
« Même nous, nous trouvons cela difficile d’amasser de l’argent, a affirmé M. Ziger, ajoutant que les nouveaux joueurs doivent travailler encore plus fort pour ce qui pourrait rapporter gros. On n’a pas vu une telle ouverture de marché depuis la levée de la prohibition de l’alcool. C’est vraiment la seule comparaison qu’on puisse faire. »
La firme de M. Ziger en est aux dernières procédures pour obtenir le permis de Santé Canada et prévoit une expansion de 10 millions de dollars pour ajouter un terrain de 14 hectares à THC Dispensaries Canada. Cela permettra à la compagnie de produire 11 000 kilogrammes de marijuana annuellement.
Malgré la féroce concurrence pour les investissements, les entreprises continuent d’appliquer pour obtenir des permis de production de Santé Canada. Au 26 janvier dernier, le ministère avait reçu plus de 1200 demandes.
Environ la moitié des demandes étaient incomplètes, 223 ont été refusées et 35 ont été retirées, selon Santé Canada. Vingt-trois permis ont été accordés, soit 15 pour la production pleinement autorisée, et huit pour la culture seulement, sur une base probatoire. L’agence traite présentement 320 demandes. Au Canada, environ 40 000 patients consomment de la marijuana à des fins médicales.
Mais l’enthousiasme des investisseurs a une fin : la légalisation. Selon Nick Brusatore, la légalisation de la marijuana verrait l’approvisionnement se tourner vers l’Argentine ou l’Uruguay où les coûts de production sont moins élevés qu’au Canada.
« Les marchés de la marijuana ne seront pas ce que les gens pensent. Ils vont s’écrouler. Point. »
Par Ariane Krol - La Presse, publié le 01 mars 2015 à 05h00 | Mis à jour le 01 mars 2015 à 05h00
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Arguments fumeux
« Le marché canadien de la marijuana thérapeutique a été créé de toutes pièces par le gouvernement Harper en interdisant aux particuliers de cultiver leurs propres plants », écrit notre éditorialiste.PHOTO ARCHIVES LA PRESSE
Investisseurs, ne laissez pas le cannabis altérer votre jugement. Les entreprises qui parlent de se lancer dans la marijuana médicale publient souvent des informations incomplètes et prêtant à confusion, signalent les gendarmes des valeurs mobilières.
L’Autorité des marchés financiers (AMF) québécoise et ses homologues de l’Ontario, de la Colombie-Britannique et de l’Alberta se sont intéressées à 62 sociétés qui avaient publicisé leur intention de s’attaquer au marché de la marijuana médicale. « Pour 40% d’entre eux, soit 25 émetteurs, le déséquilibre de l’information fournie (...) soulevait de sérieuses inquiétudes quant à la protection des investisseurs », lit-on dans un avis publié cette semaine.
La plupart de ces 25 entreprises étaient déjà inscrites à la Bourse de croissance TSX dans un autre domaine. Près des trois quarts étaient de petites sociétés minières, 16% appartenaient au secteur du pétrole et du gaz, des technologies ou de l’agriculture. Dans plusieurs cas, la seule évocation de la marijuana médicale a suffi à faire bondir leur titre.
Le hic, c’est que des renseignements essentiels sur les coûts, délais et incertitudes de l’aventure étaient passés sous silence, empêchant les investisseurs d’évaluer les risques. Les communiqués ne répondaient donc pas aux exigences des lois sur les valeurs mobilières auxquels étaient assujettis ces émetteurs. Presque tous ont dû revoir leur copie.
Le marché canadien de la marijuana thérapeutique a été créé de toutes pièces par le gouvernement Harper en interdisant aux particuliers de cultiver leurs propres plants. Selon ses estimations, près d’un demi-million de Canadiens pourraient avoir le droit de consommer du cannabis à des fins médicales d’ici 2024, générant des ventes de 1,3 milliard de dollars auprès des entreprises autorisées. Mais jusqu’ici, c’est plutôt Perrette et le pot au lait.
Avec l’injonction accordée en mars dernier, juste avant l’entrée en vigueur du nouveau cadre réglementaire, les Canadiens qui détiennent un permis de production pour eux-mêmes ou pour autrui peuvent continuer à faire pousser leur marijuana. Et la cause entendue en Cour fédérale à Vancouver cette semaine ira probablement jusqu’en Cour suprême. Le marché captif promis pourrait bien ne jamais se matérialiser.
Pour l’instant, à peine plus de 15 000 patients s’approvisionnent auprès des entreprises agréées. Et ne devient pas fournisseur autorisé qui veut. Santé Canada a reçu plus de 1200 demandes et en a rejeté la majorité. Quelque 320 sont encore à l’étude et seulement 26 permis ont été accordés. Les rares promoteurs jugés dignes de confiance devront disposer de capitaux considérables pour répondre aux normes de construction et de sécurité des bâtiments, et tenir le coup jusqu’à ce que leurs plants soient approuvés.
Bref, la seule chose que puisse garantir une entreprise qui envisage de se lancer dans la marijuana médicale en ce moment, c’est beaucoup d’incertitude.
P.-S.
Note :
Extrait du premier article :
" ...la légalisation de la marijuana verrait l’approvisionnement se tourner vers l’Argentine ou l’Uruguay où les coûts de production sont moins élevés qu’au Canada ..."
D’une part, c’est faux : ces marchés ne sont pas encore développés ... l’Uruguay ne produit même pas pour elle en ce moment ! D’autre part, il suffirait d’une loi qui oblige que tout médicament à base d’extraits de cannabis naturel soit réalisé à partir de cannabis cultivés au Canada (interdire l’importation sauf en cas de nécessité absolue et provisoire). Je ne suis pas politiciens, mais ... bon, d’une autre part, encore, je ne suis pas canadien non plus (de quoi je me mêle ...) et le gouvernement actuel de ce pays ne veut pas libéraliser de cette sorte, alors cela ne sert presque à rien d’en parler aujourd’hui ! Presque ...
Sauf qu’on y sent quand même un peu de mauvaise volonté à résoudre un problème pour cause de raisons idéologiques dont de plus en plus de canadiens - et pas que des consommateurs de cannabis, loin de là - souhaitent voir la disparition.
Reste à expliquer une hypothèse qui pourrait bien se dévoiler exacte : l’industrie championne du gouvernement semble être Tilray : cette entreprise jouit d’un partenariat unique avec l’industrie pharmaceutique canadienne et d’anciens membre de la police (GRC), c’est elle qui bénéficie des plus gros prêts bancaires et budgets internes pour son développement dans cette branche médicale, enfin, c’est elle seule qui a les capacités actuelle de développer de la recherche. C’est donc la "championne" du marché captif comme le dit Ariane Krol, une embrouille législative pour permettre de persécuter les patients auto-producteurs et les forcer à s’alimenter sur un marché imposé et favorable à des entreprises pharmaceutiques "amies" et autorisées ... du racket, quoi !
Pour finir, Tilray ne le cache pas, elle est la plus grosse boite et la plus en avance dans ce domaine. Mais elle a aussi les capacités futures de racheter ses concurrents les uns après les autres ce qui laisse comprendre qu’elle convoite déjà un monopole absolu de ce secteur. Mais pour l’instant, il serait plutôt question de les laisser se développer ... ou de couler, sorte de sélection naturelle dans le monde des affaires. En fait, un petit écroulement de l’ensemble de ses concurrents ne serait pas pour lui déplaire car elle a parfaitement les moyens de supporter cette petite crise ! Tilray vient de se faire parachuter un spécialiste du développement d’entreprises pharmaceutiques dans des secteurs neufs. C’est tout vous dire du soutien dont elle dispose.
Ce n’est pas de cannabis récréatif, que nous venons de parler, mais bel et bien du cannabis thérapeutique et pourtant, constatez par vous-même la petite guerre qui est en train de se dérouler ...
JLB