No bank for legal marijuana (pas de banque pour la marijuana légale) !

Les banques étasuniennes avaient déjà annoncées leur refus de s’occuper de comptes d’entreprises du cannabis thérapeutique mais le gouvernement US et le président Obama était intervenu pour autoriser et normaliser la démarche. Enfin, il faut croire que la parole du gouvernement n’est pas un engagement suffisant au regard des banques. Le même problème se pose aujourd’hui avec le cannabis récréatif : pour la loi fédérale, cela reste du trafic de drogue et aucune banque ne sera assez folle pour accepter un tel argent. Ce que certains états autorisent, le fédéral l’interdit et cela crée une situation particulière qui bloque tous les rouages des processus commerciaux ... du financement de base et du compte courant jusqu’au investissements et à la recherche ! En tout cas, cela les complique fortement. Ce refus de banques est à interpréter non pas comme une hostilité prohibitionniste déguisée, mais comme une demande officielle d’éclaircissement de cette situation absurde. Si le gouvernement assure par écrit qu’il ne poursuivra pas (plus jamais) ces entreprises et donne son feu-vert aux banques, elles s’empresseront vite de ce retourner vers cette manne d’argent qu’elles convoitent depuis un bon petit moment déjà ! Hé ! l’économie étasunienne se casse la gueule ... et la morale déontologique, dans ces moments-là, est souvent rangée au fond des tiroirs ! Hier, ils étaient tous contre, la main sur le cœur, aujourd’hui, ils sont tous pour, la main sur le portefeuille !


Mardi 24 Juin 2014 par Lucie Robequain / Correspondante à New York

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Le cannabis reste illégal au niveau fédéral. Les banques ne veulent pas risquer de perdre leur licence.

Le dispensaire River Rock est l’un des lieux branchés de Denver. Installé à la périphérie de la ville, il présente des plants de cannabis sur une surface de 3.000 m2. Depuis quelques années, la banque Wells Fargo finance son expansion. Mais elle vient de décider d’interrompre sa relation avec le dispensaire. « Notre conseiller bancaire savait ce que nous faisions, mais pas ses supérieurs hiérarchiques. Quand ils l’ont appris, ils ont décidé de fermer nos comptes », raconte l’un des fondateurs de l’entreprise, Earnest Blackmon.

Le cas est loin d’être isolé. Et pour cause : la marijuana a été autorisée dans l’État du Colorado, mais reste illégale au niveau fédéral. Les banques, qui accumulent les déboires juridiques aux États-Unis, n’ont pas envie de jongler avec les subtilités de la loi. La plupart ont donc décidé de ne pas faire affaire avec l’industrie du cannabis. Barack Obama a pourtant promis qu’aucune banque ne serait poursuivie pour de telles raisons. Mais sa parole n’a pas de valeur légale. « Tant que les banquiers n’auront pas un document écrit qui garantit leur impunité juridique, ils craindront de perdre leur licence », poursuit Earnest Blackmon.

Certains entrepreneurs jouent les malins. Kayvan Khalatbari, qui dirige le plus vieux dispensaire de Denver (Denver Relief), a créé un holding portant un nom neutre, HKS. «  Notre conseiller bancaire sait qu’il s’agit de Denver Relief mais ses supérieurs ne le savent pas forcément  », explique-t-il. Le jeune homme évite de payer ses fournisseurs via son compte bancaire, car cela révélerait la nature de ses activités. « Nous les payons en cash uniquement », poursuit-il. Il n’utilise le compte que pour payer les factures « politiquement correctes » (l’électricité, les impôts et les salaires).

« Traités comme des truands »

« Beaucoup d’entrepreneurs font comme nous », poursuit-il. « Les banques constituent un réel problème », reconnaît Lewis Koski, chargé de mettre en œuvre la réforme pour l’État du Colorado. Le secteur, qui engrange 800 millions de dollars par an, ne se finance pratiquement qu’en cash. Les banques sur Internet semblent moins regardantes. Elles proposent des taux d’intérêt rédhibitoires, d’environ 18 %, et pas forcément de carte bancaire. « Nous sommes traités comme des truands », s’énerve Bob Eschino, chez Incredibles.

La situation pourrait évoluer. Une banque du Colorado semble prête à financer ouvertement l’industrie, en commençant par quelques entreprises, dont Denver Relief. « Cela va permettre de tester l’état d’esprit du gouvernement fédéral », explique Kayvan Khalatbari. Si l’opération est payante, elle devrait inspirer les autres banques.

L. R., Les Echos

Note : les images ne faisaient pas parti de l’article et ont été rajoutées en illustrations !