" OISE Le caïd creillois de la drogue victime d’un deal avec une juge ?" par le Courier Picard

Nous avons déjà publié sur cette affaire qui implique une "magouille de juge" illégale (et frauduleuse d’un point de vue procédure) pour impliquer une autre personne. L’article du Courrier Picard semble confirmer ce "crime" (procédure illégale et immorale) et apporte son lot de précisions supplémentaires.


Par GAUTIER LECARDONNEL, publié le 24 juillet 2015

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OISE Le caïd creillois de la drogue victime d’un deal avec une juge ?

L’évasion de Benahbdelak en 2008 à Beauvais (photo : Dominique TOUCHART)

Le jour où vous arrêterez l’activité de cette personne, vous porterez un gros coup à l’importation de cannabis en France  ». Cette « personne  », c’est Mohamed Benabdelhak, 35 ans, un caïd qui a grandi à Creil. Cette phrase est issue d’un témoignage effectué sous X dans le cadre d’une enquête portant sur un vaste trafic de drogue, instruite à Bordeaux. Ce témoin, qui était présenté comme une bonne connaissance de Bombé (son surnom), présentait le Creillois comme le cerveau. Avec ces déclarations, le juge d’instruction disposait de son principal élément à charge contre Mohamed Benabdelhak. Le vent a semble-t-il tourné.

Sur les hauteurs de Creil, il se murmurait que celui qui avait balancé Benabdelhak était le Gros Mourad. La rumeur n’en est plus une. Car Mourad J., 36 ans, a pris la plume. En avril dernier, il a envoyé une lettre du Maroc où il s’est réfugié, aux avocats de Benabdelhak. Gros Mourad, qui a grandi à Creil lui aussi, explique qu’il a passé un incroyable deal avec le juge d’instruction : « Le pacte était le suivant : signer la déposition sous X déjà préparée contre Mohamed Benabdelhak, en échange de ma libération un mois plus tard ».

Une remise en liberté exceptionnelle

Gros Mourad, qui s’était fait interpeller avec pas moins d’1,6 tonne de shit dans son véhicule, sort effectivement de la prison de Liancourt deux mois plus tard, après 18 mois de détention provisoire. Cette remise en liberté est exceptionnelle compte tenu de l’ampleur de la saisie de drogue et du fait que Mourad J. a déjà été condamné !

Les avocats de Benabdelhak, Mes Berton et Vigier, ont demandé que la juridiction de Bordeaux soit dessaisie. Face au refus, ils ont décidé de saisir la cour de Cassation.

Du fond de sa cellule dans une prison près de Toulouse, où il est à l’isolement depuis 16 mois, Mohamed Benabdelhak continue son combat judiciaire. Le Creillois, que les autorités considèrent comme l’un des principaux importateurs de cannabis en France, a obtenu une première victoire en octobre dernier, devant le tribunal correctionnel de Beauvais. À l’issue de son procès auquel il a assisté par visioconférence, détendu mais déterminé, il a été relaxé alors que 10 ans de prison avaient été requis contre lui. Le trentenaire était accusé d’être à la tête d’un trafic qui inondait l’Oise, d’avoir ainsi importé 1,5 tonne de cannabis entre 2007 et 2008. Cette affaire avait commencé par la saisie de 580 kg de shit dans une maison à Ravenel, près de Saint-Just-en-Chaussée. Les magistrats ont estimé que les preuves étaient insuffisantes pour entrer en voie de condamnation.

Mohamed Benabdelhak compte bien aboutir au même résultat à Bordeaux si la procédure va jusqu’au procès. Là encore, et depuis le début, il clame son innocence. « C’est un acharnement judiciaire ! On sait que depuis les faits de 2008, ça ne passe pas. Et c’est trop facile de dire à chaque fois que c’est Mohamed le principal suspect », commente son épouse.

Les faits de 2008, c’est cette spectaculaire évasion qui a eu lieu à Beauvais. Alors que Benabdelhak avait été extrait de prison pour être entendu par un juge d’instruction, un commando d’hommes encagoulés et porteurs d’armes de guerre, avait braqué les gendarmes pour le libérer. Le Creillois s’était enfui au Maroc, tandis que les membres du commando étaient interpellés en Allemagne. Avec cette évasion, Benabdelhak est entré dans le grand banditisme. D’autant qu’après son arrestation en Belgique, un deuxième commando s’était attaqué à la prison où il était détenu, sans succès.

En défense, Benabdelhak ne désarme pas. Cette lettre, envoyée par Gros Mourad, met un peu plus d’essence dans son moteur. Son épouse en est convaincue : « Depuis 2004, il s’est rangé. Il sortira par la grande porte ».

GAUTIER LECARDONNEL


Les faits

Novembre 2008

Un commando armé s’attaque aux gendarmes à Beauvais. Benabdelhak part en cavale au Maroc.

Mai 2012

Il écope de 10 ans de prison pour importation de 1.5 t de cannabis dans l’Oise.

Janvier 2014

Il est interpellé en Belgique.

Avril 2014

Un commando tente de le faire évader.

Octobre 2014

Il est relaxé du trafic de drogue à Beauvais. Il avait fait opposition de son premier procès.

Il sera jugé en septembre pour l’évasion de Beauvais


Déjà audiencé l’an dernier mais repoussé plusieurs fois, le procès de Mohamed Benabdelhak pour son évasion de 2008 lors de laquelle un commando armé s’est attaqué à des gendarmes à Beauvais, est prévu au mois de septembre. Mais ses avocats s’opposent à ce jugement. La raison ? Le Creillois, en cavale au Maroc, a déjà été jugé dans ce pays pour ces faits. Il a été condamné à deux ans de prison ferme, peine qu’il a exécutée. Pour la défense du Creillois, il n’y a pas lieu de juger un homme deux fois pour les mêmes faits, et cela serait une entorse aux accords franco-marocains.