Opération "rétrovirus" : quand la lutte antidrogue française s’attaque aux gros poissons !

Par Eric Pelletier, publié le 14/03/2014

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Blanchiment de l’argent de la drogue : les révélations de l’opération Rétrovirus

Comment faire sortir de France les fortunes colossales dégagées par le trafic de cannabis ? Une enquête "hors norme" de la police judiciaire met en évidence l’ingéniosité des trafiquants.

Les circuits de l’argent du cannabis ont été mis au jour par l’opération "Retrovirus" (afp.com/Philippe Huguen)

Blanchiment de l’argent de la drogue : les révélations de l’opération Rétrovirus

De la poudre d’or dans du café moulu ; des lingots fondus puis transformés en bijoux portés par des cohortes de passeurs ; des liasses de billets (jusqu’à 25 millions d’euros par an et par transporteur) transitant en voiture de la région parisienne à la Belgique : la direction centrale de la police judiciaire vient de briser net une filière de blanchiment de l’argent de la drogue.

L’opération " Rétrovirus ", déclenchée les 8 et 10 mars, illustre l’ingéniosité des trafiquants pour faire sortir de France les fortunes générées par le trafic de résine de cannabis qui sature certains quartiers. Celui-ci génère, selon le parquet de Paris, un chiffre d’affaires total de 3 milliards d’euros par an, dont une petite partie seulement est investie sur le lieu de vente.

Des banquiers blanchisseurs mis en concurrence

Les surveillances de l’Office central de répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) ont débuté il y a un an. A l’origine du trafic, les producteurs marocains cherchent à récupérer les bénéfices de la vente de résine de cannabis en évitant le circuit bancaire classique, de plus en plus surveillé par les Etats. " Ils font appel à des " banquiers " officieux qui proposent leur services dans une sorte de bourse aux blanchisseurs, résume Jean-Marc Souvira, le patron de l’OCRGDF. Peu leur importe les méthodes employées ensuite : celui qui propose le prix le bas l’emporte. "

Dans le cas d’espèce(s), le " banquier en chef " adoubé par les producteurs, était, selon les enquêteurs, un ressortissant indien, officiellement en chômage, vivant en Seine-Saint-Denis et ne roulant pas sur l’or - du moins en apparence. Ses hommes récoltaient auprès des dealers locaux les bénéfices de la vente, comme le ferait une société de transport de fonds auprès de commerçants à la fin d’une journée de travail. Ces collecteurs prenaient alors la route ou le train vers Anvers, en Belgique, conservant une partie en numéraire, changeant l’autre en or.

Dubaï, plaque tournante ; l’or envoyé en Inde

Etape suivante : les Emirats arabes unis, véritable " plaque tournante de ce trafic ", selon l’un des sous-directeurs de la PJ, Philippe Veroni. D’autres " mules " (passeurs) cachaient dans leurs bagages trois kilos d’or par personne, ou le reliquat de billets. Après un dépôt dans des bureaux de change peu scrupuleux de Dubaï, les sommes en liquide étaient virées sur les comptes des producteurs marocains dans un délai n’excédant pas une semaine après la vente, selon un enquêteur. Voilà pour l’argent.

L’or, lui, empruntait la route des Indes. Il était à l’occasion transformé en bijoux portés par des voyageurs indiens de retour au pays. Ou mélangé à du café moulu... " Nous avons pu observer qu’un kilo de café était à moitié vidé et mélangé avec l’équivalent de 500 g d’or. A l’arrivée à Madras, en Inde, un simple tamisage permettait de récupérer le métal précieux", détaille Jean-Marc Souvira. Le chef de l’organisation implanté en France aurait reconnu avoir ainsi exporté 200 kilos d’or entre la Belgique et l’Inde.

Lors d’une conférence de presse tenue jeudi, alors que les gardes à vue se terminaient, le procureur de la République de Paris, François Molins, a estimé qu’il s’agissait " d’un des plus importants réseaux de blanchiment de résine de cannabis opérant sur le territoire national jamais démantelé. " Treize personnes ont été interpellées. Par ailleurs, 2,3 millions d’euros en espèces et en bijoux, un appartement ainsi que 9 kg d’or ont été saisis en France et en Belgique, selon le parquet.

La comptabilité du réseau saisie par les policiers ferait apparaître que les sommes collectées ont atteint " au moins 170 millions d’euros en espèces en moins d’un an ".