« Pour doper l’économie de la Jamaïque, industrialisons et exportons la marijuana ! »

Les agences pour le développement de l’île des Caraïbes veulent investir le marché du cannabis à « usage médical ».

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Gustavo Kuhn | 19.08.2009

Face à la crise, chaque économie tente de cultiver sa particularité. Pour doper le PIB de la Jamaïque, île célèbre pour son reggae et ses rastas fumeurs de joints, certains secteurs réclament une industrialisation de la culture du cannabis « à usage médical ». « Nous avons de la bonne marijuana ici ; le gouvernement devrait essayer d’impliquer des partenaires internationaux et chercher à aller de l’avant », déclare un fermier au Jamaican Observer, dans un article repris par le Courrier international.

Pour appuyer son propos, il reprend le discours des grands organismes financiers internationaux. « Tout le monde parle de libéralisation du commerce et du fait que les petits pays devraient identifier et produire ce pour quoi ils bénéficient d’un avantage concurrentiel ! » L’argument semble logique en effet, et le potentiel énorme depuis que treize Etats des Etats-Unis, principal partenaire commercial de la Jamaïque, ont autorisé la consommation « à usage médical » de la marijuana.

Et si elle soulève bien sûr des résistances, l’idée n’est pas seulement portée par des militants prolibéralisation. « L’industrie pharmaceutique a besoin de marijuana parce qu’elle entre dans la composition de plusieurs médicaments ; elle peut donc nous rapporter gros », affirme l’Association des agences de développement en Jamaïque.

Le marché est important en effet. A lui seul, l’Etat de Californie achète pour 200 millions de dollars par an de marijuana « à usage médical ». Et les Jamaïcains ne sont pas les seuls à vouloir en tirer profit. Confronté à la pire crise budgétaire de son histoire, l’Etat gouverné par Arnold Schwarzenegger lorgne lui aussi les potentiels revenus de la « ganja ». Le mois dernier, trois conseillers municipaux de Los Angeles ont appelé à réfléchir à une taxe sur la marijuana.

Une mesure déjà acceptée à Oakland, où le 22 juillet, la population a voté à 80% pour l’imposition du cannabis. La ville de la baie de San Francisco, peuplée par quelque 600 000 personnes, compte ainsi voir entrer dans ses caisses 300 000 dollars par an. Et cela, seulement sur la marijuana à « usage médical ». Car selon le fisc californien, une libéralisation du cannabis, accompagnée de sa taxation, serait encore beaucoup plus rentable : près de 1,4 milliard de dollars.